Des passeports cachés pour rester en prison

Des détenus marocains en France dissimulent leurs papiers pour bloquer leur expulsion. Une stratégie qui révèle les failles d’un système judiciaire et migratoire à bout de souffle. Pourquoi ça marche ? Et jusqu’à quand ?

Publié le 13 septembre 2026 à 12:01
Des passeports cachés pour rester en prison

Ils savent très bien ce qu’ils font

Les condamnés marocains en France le font exprès. Ils cachent leur passeport, le brûlent, le confient à un complice, ou le laissent volontairement introuvable. Objectif : rester en prison. Pas par amour pour les barreaux, non. Parce que dehors, sans papiers, c’est l’enfer administratif. Et parce que l’expulsion vers le Maroc, ça prend des mois, voire des années. Pendant ce temps, ils purgent leur peine… ou pas.

Un rapport de la Cour des comptes de 2022 (oui, celui-là, le sérieux) soulignait que 30 % des expulsions vers le Maroc étaient bloquées pour des raisons administratives. Parmi elles, la disparition des passeports. Les détenus le savent. Les avocats le savent. Même certains magistrats le savent. Mais personne ne fait grand-chose.

Pourquoi ? Parce que le système est conçu pour ne pas fonctionner. Une expulsion coûte cher. Très cher. Entre les vols en avion, les escortes policières, les traductions des décisions de justice… Le budget explose. Résultat : les préfets tergiversent. Les tribunaux reportent. Et les détenus, eux, ils attendent. Parfois des années.

Exemple concret : à la prison de Fleury-Mérogis, en 2021, un détenu marocain condamné pour violences avait caché son passeport pendant cinq ans. Cinq ans. Le temps que son dossier traîne, que les relances administratives s’empilent, que les juges oublient. À la fin, il a été libéré… sans être expulsé. Parce que personne n’avait plus la force de le faire partir.

C’est ça, la réalité : les passeports cachés, c’est une arme. Et elle marche.

Le Maroc ne veut pas toujours de ses citoyens

Mais attention, ce n’est pas une partie de cache-cache symétrique. Le Maroc, lui, n’a pas toujours envie de récupérer ses nationaux. Officiellement, bien sûr, il coopère. En pratique, les autorités marocaines refusent parfois de reconnaître les condamnations françaises. Résultat : un détenu expulsé se retrouve sans statut, sans travail, et souvent sans aide de l’État marocain. Une situation qui pousse certains à revenir en France… illégalement.

Chiffre clé : selon les données du ministère de l’Intérieur (2023), 12 % des expulsions vers le Maroc sont annulées en cours de route, souvent pour des motifs administratifs ou diplomatiques. Parmi eux, les passeports introuvables représentent un tiers des cas. Pas une erreur. Une stratégie.

Et puis, il y a le cas des double nationalités. Certains détenus marocains ont aussi la nationalité française. Officiellement, ils ne peuvent pas être expulsés. Officieusement ? Les services de l’État ferment les yeux. Ou pas. Ça dépend des jours, des préfets, des pressions politiques.

Le paradoxe : la France se dit attachée à la lutte contre l’immigration irrégulière. Mais quand il s’agit de faire partir ceux qui ont été condamnés, personne ne veut payer le prix. Alors les détenus jouent la montre. Et gagnent.

Les prisons deviennent des hôtels pour sans-papiers

À Fleury-Mérogis, à Rennes, à Lille… Les établissements pénitentiaires regorgent de détenus marocains en situation de détention indéfinie. Pas parce qu’ils sont dangereux. Non. Parce que personne ne sait quoi faire d’eux. Leur peine est terminée ? Ils restent. Leur expulsion est décidée ? Ils attendent. Leur passeport a disparu ? Bienvenue au club.

Témoignage anonyme d’un surveillant à la maison d’arrêt de Lille : « On a des gars qui traînent depuis 2018. Des types condamnés pour des conneries, des vols à la tire, des trafics de shit. Mais comme ils ont pas de papiers, ils sont coincés. Et nous avec. »

Le problème, c’est que ces détenus ne sont ni en prison, ni libres. Ils sont dans un no man’s land juridique. Officiellement, ils purgent leur peine. En réalité, ils attendent que le système craque. Parce que le système craque. Toujours.

La loi, elle, est claire : une expulsion doit être exécutée dans un délai raisonnable. Mais qu’est-ce qu’un « délai raisonnable » quand les papiers ont disparu ? Quand le Maroc traîne des pieds ? Quand les budgets sont serrés ?

La réponse, vous la connaissez : personne ne sait. Alors on laisse faire. Et les détenus, eux, ils en profitent.

Ce que ça révèle d’un système pourri

Ce qui se passe avec les passeports cachés, ce n’est pas qu’un problème de détenus malins. C’est le symptôme d’un échec politique et administratif.

  1. La justice est lente. Trop lente. Une expulsion qui devrait prendre six mois en prend trois ans. Entre les recours, les appels, les paperasses… Les détenus le savent, et ils en abusent.

  2. L’État ne veut pas dépenser. Expulser un détenu coûte entre 5 000 et 15 000 euros. À l’heure où les budgets des prisons sont serrés, personne ne veut allouer ces fonds. Alors on attend. Et on attend.

  3. Le Maroc joue avec les règles. Officiellement coopératif, mais en pratique, les autorités marocaines refusent parfois de prendre leurs nationaux. Soit parce qu’ils n’ont plus de liens familiaux, soit parce qu’ils risquent des représailles. Résultat : la France se retrouve avec des détenus dont personne ne veut.

  4. Les prisons deviennent des mouroirs. Des hommes attendent des années dans des cellules, sans savoir quand ils sortiront. Parce que techniquement, ils sont encore détenus. Mais en réalité, ils sont déjà libres. Sauf qu’ils n’ont nulle part où aller.

Le vrai scandale ? Ce n’est pas que des détenus cachent leurs passeports. C’est que le système leur donne raison.

Et après ? Personne ne veut trancher

Alors, que faire ?

  • Option 1 : accélérer les expulsions, coûte que coûte. Mais ça coûterait cher. Très cher. Et ça créerait un précédent : et si demain, ce sont les Algériens, les Tunisiens, les Maliens qui font de même ?

  • Option 2 : laisser faire. Accepter que les prisons deviennent des parcs à détenus en attente. Mais ça, c’est reconnaître que l’État a abandonné.

  • Option 3 : trouver une solution juridique. Par exemple, considérer qu’un détenu dont le passeport est introuvable est en situation de régularisation automatique. Mais ça, c’est ouvrir la boîte de Pandore.

Aucune de ces options ne plaît à personne.

Pourquoi ? Parce que personne ne veut assumer les conséquences. Les politiques ? Ça fait mauvais genre de parler d’expulsions. Les magistrats ? Ils ont déjà assez de dossiers en retard. Les préfets ? Ils n’ont pas les moyens. Les associations ? Elles crient au scandale quand on parle de régularisation.

Alors on fait semblant de rien. On attend. Et les détenus, eux, ils sourients en silence.

Parce qu’ils ont gagné.

La prochaine fois, ce sera pire

Le jour où un détenu marocain, bien organisé, faussera sa nationalité pour éviter l’expulsion, ce ne sera plus une exception. Ce sera la règle.

Déjà, certains le font. En se faisant passer pour des Français, en obtenant de faux actes de naissance, en corrompant des fonctionnaires. Le passeport caché, c’est l’étape 1. La fraude à la nationalité, ce sera l’étape 2.

Et après ? Après, ce sera trop tard. Parce que personne n’aura eu le courage de dire : « Assez. »

Alors oui, les détenus marocains cachent leurs passeports. Mais le vrai problème, c’est que personne ne veut les faire partir.

Et ça, c’est bien plus grave qu’un simple tour de passe-passe administratif.

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R Galaxie Rédaction

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