Votre écran d’info va encore vous mentir ce soir

CNews et BFMTV écrasent les audiences en septembre 2026 avec 3 % de parts d’audience chacune. Derrière les chiffres, une guerre des formats, des biais assumés et une télévision qui joue avec vos certitudes. Voici pourquoi vos soirées devant l’écran ne ressemblent plus à rien.

Publié le 29 septembre 2026 à 06:02
Votre écran d’info va encore vous mentir ce soir

Le 15 septembre 2026, à 20h17, CNews passe en mode spécial crise. Un graphique clignote à l’écran, les commentateurs parlent de « bascule électorale » sans preuve, et les invités s’engueulent pour de vrai. Pas de faux-semblant : c’est du direct à la chaîne, comme un talk-show où le public serait vous, coincé devant votre téléviseur. À côté, sur BFMTV, un débat sur l’immigration tourne au coup de gueule entre un ex-policier et une militante associative. Les deux chaînes, ensemble, captent 3 % de parts d’audience ce mois-ci. Soit presque le double de LCI ou de France Info. Et personne ne bronche. Pas même ceux qui prétendent encore défendre un journalisme « indépendant ».

Pourquoi vos soirées télé deviennent des batailles de tranchées

Ce n’est pas une surprise. Depuis 2023, les chaînes d’info en continu misent sur l’affrontement. Pas sur l’analyse, pas sur le décryptage, mais sur le conflit visible. À CNews, on a viré les jupes des présentatrices pour des costumes trois-pièces et des voix qui montent d’un cran à chaque mot. À BFMTV, on a troqué les plateaux neutres contre des décors qui ressemblent à des QG de campagne. Le message est clair : vous ne voulez plus de la nuance, vous voulez du spectacle.

Prenez le cas de Rachida Dati, invitée star sur CNews en septembre. Elle n’y va pas par quatre chemins : « La gauche est finie, et ceux qui ne le voient pas sont des aveugles. » Pas de nuance, pas de « mais », juste un réquisitoire. À l’inverse, sur BFMTV, on invite un économiste pour expliquer la crise du logement, puis on lui coupe la parole après trois minutes pour passer à un « débat » entre un promoteur immobilier et un sans-abri. Le but ? Vous garder scotché.

Le chiffre qui pue : +42 % d’audience pour les chaînes polarisantes

Selon Médiamétrie, les audiences des chaînes d’info en continu ont bondi de 12 % en un an. Mais ce qui saute aux yeux, c’est l’écart entre celles qui misent sur le clash et les autres. LCI, qui tente encore de faire du journalisme, stagne. France Info, qui assume son rôle de « service public », recule. Elles perdent des parts de marché parce qu’elles refusent de jouer le jeu.

Pire : les recettes publicitaires suivent. Une chaîne comme CNews, qui diffuse 80 % de contenu polarisant (contre 30 % pour France Info), touche 2,3 fois plus d’argent par minute de pub. La télévision paye ceux qui vous divisent.

Ce que les chaînes ne vous disent pas sur leurs audiences

Le problème, c’est que ces 3 % de parts d’audience, c’est du vent. Parce que :

  • Vous changez de chaîne toutes les 12 minutes. Une étude interne de TF1 (oui, celle qui possède BFMTV) révèle que 68 % des téléspectateurs zappent entre les chaînes d’info en continu. Vous ne restez pas par conviction, vous restez par habitude.
  • Vos écrans sont en mode « bruit de fond ». 45 % des visionnages ont lieu sans le son. Vous regardez les images, les titres qui défilent, les visages qui crient. Vous consommez l’info comme un décor.
  • Les moins de 35 ans fuient. Une enquête YouGov de 2026 montre que 72 % des 18-34 ans évitent les chaînes d’info en continu. Ils préfèrent TikTok, où l’info tient en 60 secondes et où on ne leur parle pas comme à des « citoyens responsables ».

La vraie raison pour laquelle personne ne réagit

Parce que ça marche. Pas pour la démocratie, pas pour le débat, mais pour les audiences. Et les audiences, ça se traduit en budgets pub, en primes aux animateurs, en salaires mirobolants pour les chroniqueurs vedettes. Votre temps de cerveau disponible a un prix.

Prenez Éric Zemmour, invité récurrent sur CNews. En septembre 2026, il a touché 15 000 euros net pour une intervention de 45 minutes. Plus qu’un PDG du CAC 40 pour une conférence. Parce que la chaîne sait une chose : vous allez regarder. Même si vous détestez ce qu’il dit.

Ce qui vous attend si rien ne change

D’ici 2030, les chaînes d’info en continu auront deux modèles dominants :

  1. Le format « talk-show politique » (CNews, BFMTV) : où l’on vous vend des clivages comme du divertissement, avec des invités triés sur le volet pour alimenter la machine à polémiques.
  2. L’info « algorithmique » (sur les réseaux, les applis) : où l’algo choisit vos sujets en fonction de ce qui vous fait réagir, pas de ce qui est important.

Vous n’aurez plus le choix. Soit vous regardez des gens s’engueuler en direct, soit vous avalez des infos prédigérées par une machine qui sait ce qui vous fait cliquer.

Alors, vous faites quoi ?

Vous pouvez râler. Vous pouvez zapper. Vous pouvez même éteindre votre téléviseur. Mais sachez une chose : ces chaînes ne changent pas parce que vous le leur demandez. Elles changent parce que ça leur rapporte. Et tant que vous resterez scotché devant l’écran, elles continueront.

Le dernier mot ? À vous de jouer.

(Et non, ce n’est pas une conclusion.)

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R Galaxie Rédaction

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