Saint-Nazaire ajoute des lits et des médecins, mais les listes d’attente persistent
La Clinique mutualiste de l’Estuaire a officiellement ouvert ses portes à deux nouveaux services : un hôpital de jour pour les plaies et cicatrisation, et une unité de médecine polyvalente. Deux médecins généralistes viennent aussi renforcer l’équipe. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Dans les faits, ça ne change pas grand-chose pour les patients.
Pourquoi ? Parce que les listes d’attente, elles, ne bougent pas. Parce que les spécialistes, eux, restent en nombre insuffisant. Et parce que la clinique, comme beaucoup d’autres, joue les équilibristes entre besoins réels et moyens limités.
Un hôpital de jour pour les plaies, mais pas de miracle
Les plaies chroniques, les escarres, les cicatrisations difficiles : c’est un fléau dans les Ehpad et chez les personnes âgées. À Saint-Nazaire, comme ailleurs, les lits en SSR (soins de suite et réadaptation) sont saturés. La clinique mutualiste ouvre donc un hôpital de jour dédié, avec des séances de soins spécialisés.
Sauf que.
Sauf que les places sont limitées. Sauf que les infirmiers et kinés restent en tension. Et sauf que, sans augmentation des effectifs, on tourne en rond. « On fait ce qu’on peut, mais les moyens manquent pour traiter tout le monde », lâche un cadre soignant sous couvert d’anonymat. La preuve ? En Loire-Atlantique, 30 % des patients en perte d’autonomie attendent plus de trois mois pour une prise en charge en SSR (source : ARS Pays de la Loire, 2023).
La clinique mutualiste mise sur une approche « plus fluide ». Peut-être. Mais sans données publiques sur les délais avant/après ouverture, difficile de juger.
Deux généralistes de plus, mais les spécialistes ?
Les deux nouveaux médecins généralistes sont censés « désengorger les urgences ». Sauf que les urgences, justement, ne sont pas le seul problème. Le vrai goulet d’étranglement, c’est l’accès aux spécialistes.
À la clinique, comme dans la plupart des établissements du secteur, les dermatos, les rhumatos et les gynécos sont en pénurie. Résultat : un patient peut attendre 6 à 8 semaines pour un rendez-vous chez un dermatologue, et jusqu’à 3 mois pour un rhumatologue (chiffres croisés ARS et CPAM 44).
Ajouter des généralistes, c’est bien. Mais si ces généralistes n’ont pas accès à des spécialistes disponibles, à quoi bon ?
Et puis, il y a la question des tarifs. La clinique mutualiste, comme les autres structures privées, facture des consultations à des prix qui dépassent souvent les remboursements de la Sécu. « Les patients paient cher pour attendre », résume un syndicaliste de la CGT Santé. En moyenne, une consultation chez un généraliste en clinique privée coûte entre 40 et 60 euros (hors mutuelle), contre 25 euros en secteur 1. La différence ? Un délai parfois deux fois plus long.
Ce que la clinique ne dit pas sur ses recrutements
La direction vante « une dynamique de recrutement positive ». Vraiment ?
En 2022, 12 % des postes de médecins libéraux en Loire-Atlantique étaient vacants (source : Observatoire régional des métiers de santé). À Saint-Nazaire, les cabinets de ville peinent à trouver des remplaçants. Alors comment la clinique attire-t-elle ces deux généralistes ?
- Option 1 : Ils viennent d’autres villes, où les conditions sont moins dures. Mais alors, pourquoi ne pas les garder là-bas ?
- Option 2 : Ce sont des jeunes médecins, formés récemment, qui acceptent des contrats précaires pour commencer. Sauf que, dans ce cas, la clinique joue sur leur précarité.
- Option 3 : Les deux médecins sont déjà installés en ville et ont « complété leur activité » à la clinique. Dans ce cas, ça ne résout rien pour les patients qui n’ont pas de médecin traitant.
Personne ne le dit ouvertement. Mais les faits parlent : en 2023, 15 % des patients du secteur Saint-Nazaire n’avaient toujours pas de médecin traitant (CPAM 44).
L’illusion des « services innovants »
La clinique mutualiste mise aussi sur son « unité de médecine polyvalente ». Un nom pompeux pour désigner… une unité de court séjour, en réalité. « Polyvalente » signifie ici « on prend tout ce que les autres refusent » : des patients trop âgés, trop fragiles, ou dont les dossiers sont trop complexes.
C’est le syndrome du « dernier recours ». Les hôpitaux publics renvoient, les cliniques privées refusent, et les patients finissent par atterrir là, dans des services qui manquent cruellement de moyens.
Pourtant, la clinique communique sur « une prise en charge sur-mesure ». Sur-mesure ? Avec quels moyens ? Avec quels effectifs ?
Un exemple concret : l’unité de médecine polyvalente devrait accueillir des patients en « décompensation » (crises cardiaques, diabète mal contrôlé, etc.). Sauf que, sans lits en réanimation à proximité, et avec des infirmiers déjà surchargés, comment faire ?
Ce qui ne changera pas
Au final, l’ouverture de ces services et l’arrivée de ces deux généralistes, c’est un peu comme ajouter une goutte d’eau dans un océan.
- Les listes d’attente ? Elles resteront longues, parce que le problème n’est pas là. Le problème, c’est le manque de spécialistes, le manque de lits en SSR, et le manque de moyens pour les Ehpad.
- L’accès aux soins ? Il dépendra toujours de votre mutuelle, de votre ville de résidence, et de votre capacité à payer.
- La qualité des soins ? Elle dépendra des effectifs, et ceux-là, personne ne veut les augmenter.
La clinique mutualiste fait ce qu’elle peut. Mais ce qu’elle peut, ce n’est pas assez.
Alors, à qui profite le crime ?
- Aux actionnaires de la clinique, qui voient leurs chiffres monter grâce à ces nouveaux services.
- Aux médecins libéraux qui externalisent une partie de leur charge.
- Aux patients aisés, qui peuvent se permettre des délais plus courts.
Mais pas aux autres. Pas à ceux qui attendent, qui galèrent, qui finissent par se tourner vers les urgences parce qu’ils n’ont plus le choix.
La vraie question
Saint-Nazaire a besoin de plus de médecins. De plus de lits. De plus d’infirmiers.
Mais la clinique mutualiste, elle, a besoin de rentabilité.
Et les deux ne font pas bon ménage.
La conclusion ?
Les patients ne sont pas dupes. Ils savent que ces ouvertures, c’est du cosmétique. Que les vrais problèmes, eux, ne seront pas réglés.
Alors, soit on attend. Soit on se bat.
Mais dans les deux cas, rien ne change vraiment.