Berne serre la vis sur les chômeurs partiels sans prévenir

Depuis 2020, les indemnités pour réduction d’horaire ont sauvé des milliers de postes. Maintenant, le Conseil fédéral les étrangle. Pourquoi cette décision tombe à pic… et qui va trinquer ?

Publié le 22 octobre 2026 à 08:04
Berne serre la vis sur les chômeurs partiels sans prévenir

Un mail, un clic, et tout bascule

Le 1er janvier 2024, si vous étiez en chômage partiel à Berne, vous avez peut-être reçu un mail. Pas un message de félicitations, pas une prime. Juste une ligne sèche : « Vos indemnités seront recalculées à la baisse dès le 1er juillet. » Pas de négociation, pas d’explication détaillée. Juste un chiffre en moins sur votre compte en banque. Le Conseil fédéral a décidé ça en catimini, comme on range un jouet cassé au fond du placard. Sauf que cette fois, le jouet, c’est la stabilité de 300 000 travailleurs suisses depuis 2020.

24 mois, c’est fini. Enfin, presque.

Officiellement, la durée maximale des indemnités pour réduction d’horaire de travail (RHT) reste à 24 mois… jusqu’au 31 janvier 2027. Après ? Personne ne sait encore. Le Conseil fédéral joue les fourbes : il annonce une « transition progressive vers la normale », mais sans préciser ce que « normale » veut dire. Est-ce que « normale » rime avec « précarité » ? Avec « retour à l’ancien système » ? Avec « merde » ?

Prenez l’exemple de la CFF. En 2020, pendant le premier confinement, 12 000 employés ont basculé en RHT. Aujourd’hui, certains traînent encore leur misère avec des indemnités amputées de 30 à 40 %. « On nous a dit que c’était temporaire, se plaint Marc, contrôleur à Lausanne. Trois ans plus tard, on nous serre encore la ceinture. » Sauf que Marc, comme des milliers d’autres, n’a pas le choix : soit il accepte la baisse, soit il démissionne. Et dans un marché du travail déjà tendu, qui va embaucher un gars avec un CV troué par des périodes de sous-emploi ?

Le vrai problème ? Personne ne contrôle les chiffres.

Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) sort des rapports lisses, avec des courbes qui montent et descendent comme un yoyo. « La situation s’améliore », clament-ils. Sauf que les données brutes disent autre chose. Selon une étude de l’Université de Saint-Gall (2023), 42 % des entreprises ayant recouru à la RHT en 2020 n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’activité d’avant-crise. 42 %. Pas 20 %. Pas 10 %. Presque la moitié.

Pourtant, le Conseil fédéral fait comme si tout allait bien. « Les mesures ont rempli leur rôle» a déclaré Albert Rösti, le ministre de l’Économie, en mars dernier. Rôle rempli ? Pour qui ? Pour les actionnaires des grandes entreprises qui ont profité des aides sans embaucher ? Pour les PME qui ont licencié après avoir touché les subventions ? Pour les travailleurs qui, aujourd’hui, voient leur pouvoir d’achat fondre comme un glaçon au soleil ?

La vraie raison ? L’argent.

Les indemnités RHT ont coûté 12,7 milliards de francs depuis 2020. 12,7 milliards. C’est le budget annuel de la Confédération. C’est l’équivalent de tous les salaires des enseignants suisses pendant deux ans. Assez pour construire 12 hôpitaux de taille moyenne. Assez pour faire taire les critiques sur les dépenses publiques, ou presque.

Sauf que voila : la crise est terminée. Enfin, presque. Les prix de l’immobilier explosent, les loyers aussi. Les salaires, eux, stagnent. Et le Conseil fédéral, lui, a décidé que c’était le moment de « responsabiliser » les travailleurs. Traduction : « Vous avez trop profité du système, maintenant on vous punit. »

Ce qui va changer ? Tout.

D’ici 2027, les règles vont se durcir. Plus de 24 mois de RHT ? Adieu. Les indemnités vont être recalculées en fonction des « besoins réels » de l’économie. Sauf que personne ne sait ce que « besoins réels » signifie. Est-ce que c’est « embaucher moins » ? « Licencier plus » ? « Faire travailler les gens à temps partiel indéfiniment » ?

Prenez le cas des hôpitaux. En 2021, 80 % des établissements ont recouru à la RHT pour faire face à la surcharge. Aujourd’hui, certains soignants enchaînent les mandats de 6 mois, avec des indemnités qui ne couvrent même pas la moitié de leur salaire. « On nous demande de tenir, mais personne ne nous dit comment faire» grogne Sophie, infirmière à Genève. « Si on refuse, on est remplacé par des intérimaires. Si on accepte, on crève. »

Le piège ? Personne ne proteste assez fort.

Les syndicats jouent les modérés. « Il faut une transition progressive », disent-ils. Les partis de gauche pleurnichent dans les médias. Les patrons, eux, se frottent les mains. Parce que quand les indemnités baissent, c’est toujours les travailleurs qui trinquent.

Pourquoi ça marche ? Parce que c’est facile.

Serrez les boulons, réduisez les aides, et hop : la crise est oubliée. Les médias passent à autre chose. Les politiques font semblant de s’en soucier. Et les travailleurs ? Ils continuent de serrer les dents.

Sauf que cette fois, ce n’est pas une crise passagère.

Les loyers montent. Les salaires stagnent. Les indemnités chutent. Et le Conseil fédéral, lui, regarde ailleurs. Comme s’il n’y avait pas de lien entre les deux.

Alors, que faire ?

Rien. Pour l’instant.

Parce que protester, c’est compliqué. Parce que manifester, ça ne change rien. Parce que voter, ça ne sert à rien quand les partis sont tous d’accord pour serrer la vis.

Alors on attend. On attend que les indemnités disparaissent complètement. On attend que les entreprises se disent « Enfin, on peut licencier sans culpabiliser ». On attend que les travailleurs, épuisés, lâchent prise.

Et après ?

Après, ce sera trop tard pour se plaindre.

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R Galaxie Rédaction

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