Pourquoi vos barres chocolatĂ©es fondent-elles avant mĂȘme d’ĂȘtre achetĂ©es ?

La canicule a fait fondre les ventes de chocolat en Suisse. À Courtelary, l’usine Camille Bloch en paie le prix fort. Et si le froid revenait trop tard ?

Publié le 13 octobre 2026 à 22:04
Pourquoi vos barres chocolatĂ©es fondent-elles avant mĂȘme d’ĂȘtre achetĂ©es ?

Le stock qui ne se vend pas

C’est une scĂšne qu’on voit partout en Suisse cet Ă©tĂ© : les rayons chocolatĂ©s, Ă  moitiĂ© vides. Pas parce qu’on a tout mangĂ©, non. Parce que le soleil a tout ramolli. À Courtelary, dans le Jura bernois, l’usine Camille Bloch, spĂ©cialisĂ©e dans les chocolats fins et les pralines, a senti le coup de chaud sur ses chiffres. Daniel Bloch, le directeur, l’assume sans dĂ©tour : « La canicule a niquĂ© nos ventes. Les gens achĂštent moins, et ceux qui osent craquent pour des formats plus petits, ceux qui tiennent dans une poche sans fondre en trois minutes. »

Le problĂšme, c’est que le chocolat, c’est comme le vin : ça se dĂ©guste quand il fait frais. À 35 degrĂ©s dans la rue, mĂȘme un bonnet de nuit ne sauve pas une tablette. Les Suisses, habituĂ©s Ă  leur chocolat de qualitĂ©, hĂ©sitent. RĂ©sultat : les ventes ont chutĂ© de 12 % sur le trimestre, selon les estimations internes de l’entreprise. Pas une catastrophe, mais assez pour que les entrepĂŽts regorgent de stock invendu et que les prĂ©visions de fin d’annĂ©e soient revues Ă  la baisse.

Le piÚge des marchés

Pourtant, Camille Bloch n’est pas une PME en difficultĂ©. L’entreprise, fondĂ©e en 1925, Ă©coule normalement plus de 50 millions de francs par an de chocolat haut de gamme. Le problĂšme, c’est que la canicule a rĂ©vĂ©lĂ© une faille dans la stratĂ©gie des fabricants : personne ne s’attendait Ă  ce que la chaleur joue les saboteurs.

Les supermarchĂ©s, eux, ont adaptĂ© leur offre en vitesse. Moins de tablettes, plus de barres individuelles ou de mini-format. « On a vu des gens acheter des chocolats comme on achĂšte des glaces : en vitesse, pour Ă©viter qu’ils ne collent aux doigts », raconte un responsable d’une grande surface jurassienne. Sauf que les clients ne reviennent pas forcĂ©ment. Le chocolat, c’est un plaisir de patience. Quand il faut le manger debout dans le mĂ©tro pour Ă©viter qu’il ne fonde, le plaisir s’envole.

Et puis, il y a le stock. Les usines ont produit comme d’habitude, en misant sur un Ă©tĂ© « normal ». RĂ©sultat : des palettes entiĂšres de chocolat blanc, trop sensible Ă  la chaleur, traĂźnent dans les entrepĂŽts. « On pourrait tout liquider en promo, mais Ă  quel prix ? » lance Bloch. Le chocolat de qualitĂ©, ça se vend cher. Le liquider, c’est brader son image.

L’espoir (trop) fragile du froid

Daniel Bloch mise sur l’automne. « DĂšs que les tempĂ©ratures baissent, les gens reprennent leurs habitudes. » Sauf que les habitudes, justement, ont peut-ĂȘtre changĂ©. Les Suisses, habituĂ©s Ă  consommer du chocolat toute l’annĂ©e, pourraient avoir pris goĂ»t aux alternatives : fruits frais, sorbets, ou mĂȘme
 rien. La canicule a aussi accĂ©lĂ©rĂ© une tendance lourde : celle de la modĂ©ration. Pourquoi dĂ©penser 5 francs dans une tablette quand on peut se payer une glace Ă  3 ?

Et puis, il y a le climat. Si les Ă©tĂ©s deviennent la norme, les usines devront repenser leurs produits. Emballages rĂ©frigĂ©rĂ©s ? Chocolats Ă  tempĂ©rature ambiante ? « On n’en est pas lĂ , mais si ça continue, il faudra bien s’adapter », concĂšde Bloch. Pour l’instant, l’entreprise mise sur le retour du froid. Mais si l’hiver reste clĂ©ment, comme ces derniĂšres annĂ©es, la facture pourrait ĂȘtre salĂ©e.

Le vrai problùme : personne ne parle de l’aprùs-canicule

Le plus ironique, c’est que personne ne semble vraiment tirer les leçons de cet Ă©tĂ©. Les fabricants continuent de produire comme si de rien n’était. Les distributeurs, eux, parient sur un rebond naturel. « On verra bien Ă  NoĂ«l », lance un commercial d’une chaĂźne de supermarchĂ©s. Sauf que NoĂ«l, c’est loin. Et que d’ici lĂ , les habitudes auront peut-ĂȘtre dĂ©finitivement changĂ©.

Le chocolat suisse a toujours Ă©tĂ© un symbole de rĂ©sistance. RĂ©sistance au temps, aux crises, aux modes. Cette annĂ©e, c’est la chaleur qui l’a mis Ă  terre. Et si le vrai danger n’était pas le soleil, mais l’indiffĂ©rence face Ă  ce qui pourrait devenir une nouvelle norme ?

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R Galaxie Rédaction

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