Camille Bloch vend 30 % de chocolat en moins pendant les canicules

La fabrique jurassienne de chocolat Camille Bloch accuse un recul brutal de ses ventes lors des vagues de chaleur. Daniel Bloch, son directeur, assume : ‘On ne peut pas vendre des glaces en plein Ă©tĂ©, alors le chocolat non plus.’ Mais derriĂšre ce constat, c’est toute une industrie qui s’interroge sur ses limites.

Publié le 13 octobre 2026 à 22:05
Camille Bloch vend 30 % de chocolat en moins pendant les canicules

Un marché qui fond comme un Pùques en juillet

La canicule n’est pas une surprise pour les fabricants de chocolat. Pourtant, cette annĂ©e, la baisse est plus brutale que d’habitude. À Camille Bloch, on explique ça par un effet cumulĂ© : les consommateurs privilĂ©gient l’eau, les fruits, les yaourts. Le chocolat, lui, reste coincĂ© entre deux images. D’un cĂŽtĂ©, le produit de rĂ©confort, associĂ© aux moments calmes, Ă  la maison, devant un livre. De l’autre, un aliment lourd, presque coupable, quand il fait trop chaud pour bouger. ‘Les gens ont envie de lĂ©gĂšreté’, rĂ©sume Daniel Bloch. LĂ©gĂšretĂ© qui ne passe pas par une tablette de 200 grammes.

Pourtant, le chocolat n’est pas un produit de saison. Ou alors, si. Les donnĂ©es de l’Office fĂ©dĂ©ral de la statistique (OFS) montrent que les ventes de confiseries chutent systĂ©matiquement lors des vagues de chaleur, surtout dans les rĂ©gions montagneuses comme le Jura. En 2015, lors de la canicule, les ventes de chocolat avaient reculĂ© de 22 % en une semaine. Cette annĂ©e, avec des tempĂ©ratures encore plus Ă©levĂ©es, le recul est plus marquĂ©. ‘Les gens achĂštent moins, mais ils achĂštent autre chose’, confirme un responsable d’une grande surface du canton de Berne. Autrement dit : le chocolat n’est pas mort, il est juste en pause estivale.

Mais cette pause devient-elle une habitude ? C’est la question que se posent les fabricants. Si les consommateurs associent de plus en plus le chocolat Ă  l’hiver, aux fĂȘtes, aux jours gris, alors l’industrie a un problĂšme. Pas celui de la canicule, mais celui de son image. Le chocolat n’est plus un produit universel. Il est devenu un produit de saison, comme la biĂšre ou les chaussettes Ă©paisses.

Et si la canicule n’était qu’un accĂ©lĂ©rateur de ce qui vient ?

Le piĂšge des habitudes de consommation

Daniel Bloch ne s’inquiĂšte pas trop. ‘On a l’habitude des variations’, dit-il. Mais les chiffres, eux, parlent. En 2022, les ventes de chocolat en Suisse ont reculĂ© de 5 % pour la premiĂšre fois depuis 10 ans. La canicule de 2022 avait jouĂ© un rĂŽle, mais aussi d’autres facteurs : la hausse des prix, la concurrence des alternatives healthy, et cette tendance lourde Ă  consommer moins de sucre. ‘Les gens veulent manger mieux, mĂȘme en cas de crise’, explique une diĂ©tĂ©ticienne de l’UniversitĂ© de Lausanne. Le chocolat, lui, reste un produit plaisir, pas un produit santĂ©. Sauf si on parle de chocolat noir Ă  85 %, mais ça, c’est une autre histoire.

Le vrai problĂšme, pour Camille Bloch, ce n’est pas la canicule. C’est la perte de vitesse sur le long terme. L’entreprise, fondĂ©e en 1920, a toujours misĂ© sur le made in Switzerland, la qualitĂ©, le savoir-faire artisanal. Aujourd’hui, ces arguments ne suffisent plus. Les consommateurs suisses, surtout les jeunes, se tournent vers des alternatives moins chĂšres, moins caloriques, ou simplement vers des produits qu’ils associent Ă  des moments prĂ©cis de l’annĂ©e. Le chocolat de PĂąques, c’est bien. Le chocolat de juillet, c’est moins Ă©vident.

‘On ne peut pas vendre du chocolat comme on vendait du pain il y a 50 ans’, reconnaĂźt Daniel Bloch. Le pain, lui, se mange toute l’annĂ©e. Le chocolat, lui, est en train de devenir un produit de niche, rĂ©servĂ© aux occasions. Et les occasions, en pĂ©riode de canicule, se font rares.

Ce que les fabricants ne veulent pas voir

Pourtant, personne ne veut admettre que le chocolat est en train de perdre son statut d’aliment intemporel. Les fabricants parlent de ‘variations saisonniĂšres’, de ‘mĂ©tĂ©o exceptionnelle’, de ‘conjoncture Ă©conomique’. Personne ne parle de stratĂ©gie. Personne ne parle de l’idĂ©e que, peut-ĂȘtre, le chocolat suisse a besoin d’un nouveau positionnement.

Prenez le cas de Lindt, le gĂ©ant suisse du chocolat. L’entreprise mise tout sur le premium, les emballages luxueux, les Ă©ditions limitĂ©es. RĂ©sultat ? Les ventes stagnent, mais les marges restent solides. Chez Camille Bloch, on fait moins de bruit, mais on vend moins aussi. La diffĂ©rence ? Lindt a les moyens de tenir. Camille Bloch, lui, doit se battre pour chaque client.

Le vrai danger, ce n’est pas la canicule. C’est l’illusion que le chocolat peut rester un produit universel alors que les habitudes changent. Les consommateurs ne veulent plus d’un produit qui se mange n’importe quand, n’importe comment. Ils veulent du chocolat Ă  leur image : lĂ©ger, occasionnel, parfois mĂȘme sain. Et si le chocolat suisse ne s’adapte pas, il risque de finir comme les glaces : un produit de saison, rĂ©servĂ© aux jours oĂč il fait trop chaud pour penser Ă  autre chose.

La leçon de Courtelary

Daniel Bloch a une idĂ©e pour relancer les ventes. Pas en baissant les prix, pas en misant sur le marketing. En repensant le produit. ‘Il faut trouver un chocolat qui a du sens en Ă©té’, dit-il. Un chocolat qui ne pĂšse pas, qui ne donne pas chaud, qui ne rappelle pas l’hiver. Un chocolat qui se mange comme une glace, mais qui en a la texture.

C’est une piste. Une piste parmi d’autres. Parce que le vrai dĂ©fi, ce n’est pas la canicule. C’est de comprendre que le chocolat n’est plus ce qu’il Ă©tait. Et que si on ne veut pas finir comme un produit de saison, il faut inventer autre chose.

Sauf que personne ne veut en parler. Parce que parler, c’est admettre que le chocolat suisse a un problĂšme. Et admettre ça, c’est reconnaĂźtre que peut-ĂȘtre, juste peut-ĂȘtre, la canicule n’est pas la seule responsable.

Et aprĂšs ?

La prochaine canicule viendra. Et avec elle, une nouvelle chute des ventes. Personne ne s’en surprendra. Mais ce qui surprendra, ce sera que personne n’aura rien fait pour changer les choses.

Le chocolat de Camille Bloch fond Ă  35 degrĂ©s. Mais ce n’est pas la chaleur qui le fait disparaĂźtre. C’est l’absence de solution.

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R Galaxie Rédaction

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