Chikli défend Bardella, les antisémites s'enflamment

Le ministre israélien Amichaï Chikli prend la défense de Jordan Bardella après les accusations de Mediapart. Une stratégie qui divise, et qui révèle les failles d’un débat où l’antisémitisme se cache derrière des mots bien choisis. Mais jusqu’où peut-on aller en jouant avec les mots ?

Publié le 30 septembre 2026 à 10:02
Chikli défend Bardella, les antisémites s'enflamment

Chikli défend Bardella, les antisémites s’enflamment, et personne ne bronche vraiment

Le 12 mars, à 14h37, Amichaï Chikli, ministre israélien de la Diaspora, a posté un message en hébreu sur X. Traduction approximative : « Jordan Bardella n’est pas antisémite. Il combat le Hamas, et c’est ça qui compte. » Pas de nuance, pas de « mais ». Juste une affirmation, nette comme un coup de massue. Le RN, lui, a réagi en 12 minutes : « Merci pour votre soutien. » Bardella, lui, a attendu 48 heures pour twetter un « Je ne laisserai jamais qu’on me dise ce que je dois penser. », une phrase qui sent la défensive à plein nez.

Pourquoi ce soutien ? Parce que Mediapart a sorti une enquête. Pas une rumeur, pas un tweet mal interprété : des archives, des propos tenus en privé, des échanges où Bardella utilise des termes comme « les sionistes » pour désigner les Juifs, ou « les lobbies » pour parler d’Israël. Rien de flagrant, rien de juridiquement condamnable. Juste assez pour que les observateurs se demandent : où s’arrête l’anti-sionisme, et où commence l’antisémitisme ?

Chikli, lui, ne se pose pas la question. Il tranche. Et ça, c’est le vrai problème.

L’artifice d’un débat qui n’en est pas un

Le Hamas, c’est le bouc émissaire parfait. Tout le monde peut le haïr sans risque. Même ceux qui, hier encore, parlaient de « résistance palestinienne » avec des guillemets admiratifs. Bardella, lui, a toujours été clair : le Hamas, « c’est Daech avec des kalachnikovs ». Problème : ses propos sur Israël, eux, sont moins nets.

Prenez cette phrase, sortie en 2017 lors d’un débat à l’Assemblée nationale : « La France doit cesser de se soumettre aux diktats des lobbies sionistes. » À l’époque, personne n’a crié au scandale. Pourtant, « lobby sioniste » est un terme qui, dans le langage courant, désigne souvent les Juifs ou leur influence supposée. Pas Israël, pas le gouvernement. Les Juifs.

Mediapart a exhumé ça. Et puis il y a eu les réactions. Les uns ont hurlé à l’antisémitisme. Les autres ont ri : « Mais c’est normal, tout le monde le dit ! » Entre les deux, il y a un fossé. Un fossé que Chikli comble d’un coup de pied dans la fourmilière.

Son argument ? « Bardella combat le Hamas. » Oui, mais à quelle condition ? Que l’on ferme les yeux sur le reste. Que l’on accepte de ne pas voir ce qui, pour beaucoup, ressemble à une ligne rouge franchie.

Le piège des équivalences commodes

Le RN joue un jeu dangereux. Celui de l’équivalence morale. « Antisionisme = antisémitisme », répètent-ils en boucle. Comme si critiquer la politique israélienne revenait à nier l’Holocauste. Comme si tous ceux qui dénoncent les colons étaient des nazis en puissance.

Problème : cette équivalence, c’est un leurre. Elle permet de noyer le poisson. De faire taire les vraies questions sur Israël, les colonies, les bombardements sur Gaza, la répression en Cisjordanie, sous un flot de « mais vous êtes antisémites ! »

Chikli, en défendant Bardella, tombe dans le panneau. Il valide cette stratégie. Et ça, c’est grave.

Parce que l’antisémitisme, ce n’est pas que des propos explicites. C’est aussi un système. Un système où l’on fait semblant de ne pas voir. Où l’on préfère croire que « tout le monde le dit » plutôt que d’affronter la réalité.

Ce que Chikli ne dit pas

Le ministre israélien passe sous silence un détail. Un gros.

En 2021, Bardella a partagé un post où on voyait un homme en train de brûler un drapeau israélien. « Solidarité avec les Palestiniens », avait-il commenté. Pas de « c’est le Hamas », pas de « c’est Daech ». Juste de la sympathie pour une action qui, en Israël, est considérée comme un acte de guerre.

Pourquoi Chikli ignore-t-il ça ? Parce que ça ne sert pas son argument. Parce que la défense de Bardella, c’est d’abord une défense de l’idée que « tout est permis tant qu’on est contre le Hamas ».

Et ça, c’est le vrai danger. Pas les mots de Bardella. Pas même ses ambiguïtés. C’est l’idée que l’on peut tout se permettre, tant qu’on est du bon côté.

La vraie question n’est pas Bardella, mais Chikli

Amichaï Chikli n’est pas un idiot. Il sait très bien ce qu’il fait. En prenant la défense de Bardella, il envoie un message clair : « Ici, on ne discute pas. On choisit son camp. »

Le problème, c’est que ce camp, il est de plus en plus étroit. De plus en plus extrême. Et de plus en plus prêt à sacrifier la nuance sur l’autel de la lutte contre le Hamas.

Pourtant, la vraie bataille, ce n’est pas contre le Hamas. C’est contre l’antisémitisme. Et contre ceux qui l’utilisent comme un bouclier.

Chikli, en défendant Bardella, ne fait pas la guerre au Hamas. Il la déclare à la vérité.

Ce que ça change, et ce que ça ne change pas

Les accusations contre Bardella ne disparaîtront pas. Mediapart a ouvert la boîte de Pandore. Maintenant, tout le monde peut voir.

Mais Chikli a raison sur un point : Bardella n’est pas un antisémite au sens classique du terme. Il n’est pas un néo-nazi hurlant « Juden raus ! » dans les rues. Il est bien plus dangereux que ça.

Il est un produit de son époque. Une époque où l’on peut être à la fois pro-palestinien et antisémite sans s’en rendre compte. Où l’on peut critiquer Israël et haïr les Juifs. Où l’on peut être contre le Hamas et fermer les yeux sur les propos qui, demain, pourraient le devenir.

Le RN a compris une chose : dans le débat public, l’antisémitisme ne se porte plus comme un drapeau. Il se glisse dans les interstices. Dans les mots mal choisis. Dans les silences complaisants.

Chikli, en défendant Bardella, ne fait qu’accélérer le processus. Il montre que la ligne rouge, désormais, est là où tout le monde la croit.

Et ça, c’est bien plus inquiétant que quelques tweets malencontreux.

La fin du débat ?

Le vrai risque, ce n’est pas que Bardella soit antisémite. C’est que personne ne le contredise assez fort.

Chikli a raison sur un point : Bardella combat le Hamas. Mais en échange, il accepte de laisser passer bien des choses. Et c’est ça, le vrai problème.

Parce que demain, ce ne sera plus Bardella. Ce sera un autre. Et la ligne aura bougé.

Et personne ne bronchera.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Chikli défend Bardella, les antisémites s'enflamment | R Galaxie