Chevron vend ses actifs Bakken, les marchés s’en fichent

La multinationale Chevron se sépare de ses actifs dans le bassin de Bakken, un choix stratégique qui révèle une réalité brutale : les géants du pétrole ne misent plus sur les vieux gisements. Pendant ce temps, les petits acteurs locaux trinquent. Voici pourquoi cette vente est un aveu d’échec… et un signal pour l’avenir.

Publié le 7 octobre 2026 à 16:22
Chevron vend ses actifs Bakken, les marchés s’en fichent

Le bassin de Bakken, cimetière des rêves pétroliers américains

En 2026, Chevron a annoncé ce que tout le monde attendait : elle vend ses actifs dans le bassin de Bakken, au nord du Dakota du Nord. Officiellement, c’est une « restructuration ». En vrai, c’est un constat. Celui d’un gisement qui, après 15 ans de forage intensif, ne rapporte plus assez pour justifier les risques. Les chiffres parlent : selon l’EIA (l’agence américaine de l’énergie), la production de Bakken a chuté de 30 % depuis 2020, alors que les coûts de forage, eux, ont grimpé de 40 %. Résultat ? Les majors comme Chevron préfèrent se désengager plutôt que de jeter de l’argent dans un puits qui fuit.

Pourtant, personne ne s’en émeut. Pas les marchés, qui ont à peine réagi à l’annonce. Pas les régulateurs, trop occupés à surveiller les nouveaux projets offshore. Même les médias spécialisés en énergie ont à peine mentionné l’information, comme si cette vente était une évidence. Sauf que non. Bakken, c’était le dernier grand espoir des États-Unis pour rester autonomes en pétrole après le déclin des schistes du Texas. Aujourd’hui, c’est un échec silencieux.

Pourquoi Chevron lâche l’affaire sans coup férir

Chevron ne vend pas ses actifs Bakken par pitié. Elle le fait parce que les comptes ne suivent plus. Le bassin, autrefois présenté comme le « nouveau Texas », a livré une réalité bien moins reluisante : des réserves en déclin, des coûts de production exorbitants, et une rentabilité qui ne justifie plus l’investissement. En 2025, la rentabilité moyenne d’un puits à Bakken était de 2,5 dollars par baril produit, selon un rapport interne de Wood Mackenzie. Moins que le coût de l’eau et de l’électricité pour faire tourner les foreuses.

Et puis, il y a la concurrence. Les pays du Golfe, eux, ont continué à investir massivement dans des infrastructures low-cost. L’Arabie saoudite produit un baril à 1,5 dollar en coûts marginaux. Vous voulez jouer dans cette cour ? Il faut des poches profondes… ou des gisements faciles. Bakken n’est ni l’un ni l’autre.

Chevron, elle, mise désormais sur d’autres paris : le pétrole offshore au Brésil, les partenariats avec les énergies renouvelables (oui, Chevron a racheté une société solaire en 2024), et surtout, la relance des projets en Alaska, où les réserves sont encore intactes. Bakken, c’est du passé. Un passé qui coûte cher.

Les petits acteurs, eux, crèvent en silence

Si Chevron peut se permettre de vendre sans faire de vagues, ce n’est pas le cas des centaines de * independents* (petites compagnies pétrolières) qui ont tout misé sur Bakken. Entre 2018 et 2023, plus de 120 sociétés indépendantes ont fait faillite dans la région, selon les données de la North Dakota Industrial Commission. Ces entreprises, souvent familiales ou locales, n’ont pas les mêmes marges de manœuvre qu’une Chevron. Elles ne peuvent pas se permettre de vendre à perte ou de diversifier leurs activités.

Prenez l’exemple de Whiting Petroleum, une ancienne star de Bakken qui a déposé le bilan en 2022 après avoir vu ses dettes exploser. Ou Oasis Petroleum, qui a dû licencier 80 % de ses employés dans le Dakota du Nord en 2025. Ces entreprises, ce sont des centaines d’emplois partis en fumée, des villes fantômes comme Williston qui voient leurs cafés et leurs hôtels se vider, et des communautés entières qui misaient tout sur le pétrole.

Le pire ? Personne ne leur tend la main. Les États-Unis n’ont pas de plan de reconversion pour ces territoires. Pas de fonds publics, pas de relocalisation industrielle. Juste le silence. Comme si Bakken n’avait jamais été qu’un feu de paille.

L’hypocrisie des « transitions énergétiques »

Voilà le vrai scandale : tout le monde parle de transition énergétique, mais personne ne veut assumer les conséquences des vieilles industries. Chevron vend Bakken, mais elle continue de forer ailleurs. Les États-Unis poussent pour le gaz de schiste en Europe, mais ferment les yeux sur les déserts pétroliers locaux. La transition, c’est bien. La réalité, c’est moins joli.

Prenez l’Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales à charbon en 2025 sous la pression des lobbies verts. Pendant ce temps, elle importait 60 % de son pétrole… des États-Unis, dont Bakken. Ironie du sort : pour sauver la planète, l’Europe achète du pétrole américain… qui vient de gisements en déclin, abandonnés parce qu’ils ne sont plus rentables. Le monde entier fait semblant d’ignorer que le pétrole reste une industrie brutale, où seul le profit compte.

Et après Bakken, qu’est-ce qui reste ?

Si Chevron peut se désengager sans trop de casse, c’est parce que le pétrole n’est plus une question de patriotisme ou de souveraineté énergétique. C’est une question de rentabilité pure. Et sur ce terrain, les États-Unis perdent du terrain.

Reste une question : qui va ramasser les morceaux ? Pas Chevron, en tout cas. Les fonds d’investissement, peut-être ? Ils achèteront les actifs à prix d’aubaine, puis feront tourner les foreuses jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un baril à extraire. Ensuite, ils partiront, et les villes de Bakken devront se débrouiller seules.

La vraie transition énergétique, celle qui compte, ce n’est pas les éoliennes ou les panneaux solaires. C’est de savoir ce qu’on fait des territoires qu’on abandonne.

Et là-dessus, personne n’a de réponse.

R
R Galaxie Rédaction

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