Les chèvres envahissent la Côte bleue et personne ne les arrête

Entre Martigues et Marseille, 1 000 à 2 000 chèvres errent sur les routes, bousculent les piétons et ravagent les cultures. Les maires improvisent, les solutions manquent, et l’État regarde ailleurs. Voici pourquoi ce chaos caprin ne fera qu’empirer.

Publié le 13 septembre 2026 à 18:02
Les chèvres envahissent la Côte bleue et personne ne les arrête

Pourquoi personne ne les compte vraiment ?

Parce que les chèvres, ça ne se gère pas comme des moutons. Elles sont malines. Elles fuient les clôtures, elles escaladent les murs, elles se faufilent entre les voitures. À Rognac, un éleveur a perdu la moitié de son troupeau en six mois. « Elles disparaissent comme par magie », raconte-t-il, les poings serrés sur le volant de son 4x4. Les maires essaient bien de les capturer, mais les bêtes reviennent. Toujours. Comme si elles savaient qu’on les attend.

Et puis, il y a le problème des propriétaires. Personne ne veut assumer. Les chèvres appartiennent à des éleveurs du Vaucluse, parfois à des particuliers qui les ont abandonnées. La préfecture de Bouches-du-Rhône a lancé des appels à témoins, des affiches, des réunions. Résultat ? Un flou juridique qui profite aux bêtes. Les gendarmes, débordés, se contentent de verbaliser les conducteurs qui roulent trop près des troupeaux. Pas les éleveurs. Pas les propriétaires. Juste les automobilistes, coincés derrière un groupe de chèvres qui bloquent la route à Allauch.

Le chiffre qui fâche : selon la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, les dégâts causés par ces caprins errants s’élèvent à plus de 50 000 euros par an en pertes agricoles et frais de nettoyage. Mais qui paie ? Les communes, déjà à sec. Les agriculteurs, déjà saignés par les coûts énergétiques. Personne ne veut mettre la main à la poche.

Les maires jouent aux pompiers

À Martigues, le maire, Jean-Noël Guérini, a tenté une solution radicale : des pièges à chèvres. Des enclos avec de l’herbe et de l’eau, censés attirer les bêtes pour les capturer. Problème ? Les chèvres, une fois nourries, refusent de sortir. Résultat : des pièges pleins, des routes toujours bloquées, et des riverains qui râlent. « On dirait un zoo à ciel ouvert », grogne un commerçant de Carry-le-Rouet, dont les clients évitent désormais le centre-ville à cause des bêtes.

À Rognac, la mairie a essayé de négocier avec les éleveurs. Peine perdue. Les propriétaires, souvent des petits producteurs, refusent de rapatrier leurs bêtes. « Elles sont mieux ici qu’en montagne », justifie l’un d’eux. Traduction : ils n’ont ni les moyens ni l’envie de les surveiller. Alors ils les lâchent. Et la Côte bleue devient leur terrain de jeu.

Le détail qui résume tout : à La Couronne, une chèvre a été retrouvée dans un supermarché, en train de grignoter des sachets de pâtes. Les caméras de surveillance l’ont filmée. Personne ne l’a surprise. Personne ne l’a arrêtée. Juste un employé qui a appelé la mairie en riant.

L’État regarde ailleurs

La préfecture, elle, a un plan. Enfin, presque. Un plan « d’accompagnement », comme on dit dans les rapports administratifs. Traduction : on va voir. Peut-être. Si le budget le permet. En attendant, les chèvres continuent leur balade. Et les riverains, eux, paient.

À Port-de-Bouc, les vignerons sont en rage. Leurs ceps sont dévorés, leurs clôtures arrachées. « On nous vole notre travail », lance un viticulteur, les bottes couvertes de terre. La Chambre d’agriculture a demandé une subvention d’urgence pour renforcer les clôtures. Réponse de l’État ? Un silence radio. Comme si les chèvres de la Côte bleue étaient un problème de deuxième zone.

Le paradoxe : alors que la région souffre de sécheresse et que chaque goutte d’eau compte, ces bêtes en consomment des milliers de litres par jour, en arrosant les jardins publics et en piétinant les cultures. Les maires, eux, doivent justifier leurs dépenses. Alors ils comptent sur les bonnes volontés : des bénévoles qui aident à capturer les chèvres, des associations qui organisent des « chèvres parties ». Mais sans moyens, sans coordination, sans vrai plan, ça ne sert à rien.

Ce qui va empirer

Cette année, les naissances de chèvres ont été record dans le Vaucluse. Résultat : d’ici l’été, les troupeaux errants pourraient doubler. Les maires le savent. Les agriculteurs le savent. Mais personne ne veut en parler ouvertement. Parce que reconnaître l’ampleur du problème, c’est aussi reconnaître l’échec des solutions.

À Martigues, Jean-Noël Guérini a lancé un ultimatum : « Si d’ici trois mois, on n’a pas de réponse de l’État, on va devoir abattre les chèvres. » Trois mots qui résument la situation. L’abattage. Le mot tabou. Celui qu’on évite parce qu’il fait mal. Parce qu’il rappelle que, parfois, la seule solution, c’est de supprimer le problème.

Mais jusqu’à quand les maires vont-ils jouer les pompiers ? Jusqu’à quand les agriculteurs vont-ils se taire ? Et jusqu’à quand les chèvres vont-elles continuer à régner sur la Côte bleue ?

La réponse est dans les chiffres. Et les chiffres, eux, ne mentent pas.

La vraie question n’est pas « Comment les attraper ? » mais « Qui va payer ? »

Parce que le problème, au fond, ce n’est pas les chèvres. C’est l’argent. Ou plutôt, son absence. Les maires n’ont pas les moyens d’acheter des clôtures. Les éleveurs n’ont pas les moyens de rapatrier leurs bêtes. L’État n’a pas les moyens de subventionner un plan d’urgence. Alors on improvise. On ment un peu. On attend.

Et les chèvres, elles, profitent du bordel.

La dernière image : un enfant, à Carry-le-Rouet, qui court après une chèvre dans la rue, comme on court après un ballon. Sauf que la chèvre, elle, ne joue pas. Elle mange. Elle détruit. Elle prend.

Et personne ne la rappelle à l’ordre.

Parce que sur la Côte bleue, aujourd’hui, les chèvres ont plus de droits que les humains.

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R Galaxie Rédaction

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