120 jours de silence après la démission d'Ouahbi

Démenti en urgence, photo de famille aux allures de Maison-Blanche et audience royale annoncée : le pouvoir marocain joue serré. Mais derrière les apparences, c’est la survie d’un système qui se joue. Voici pourquoi cette semaine de septembre 2024 pourrait tout changer.

Publié le 28 septembre 2026 à 14:08
120 jours de silence après la démission d'Ouahbi

Le démenti qui sent le roussi

Le communiqué est sorti comme un coup de vent, à 15h47, pile après la sieste de l’après-midi. « Aucune décision n’a été prise concernant la chefferie du gouvernement », a lâché le cabinet d’Aziz Akhannouch, comme si on venait de lui demander son avis sur la météo. Sauf que non. Depuis des semaines, les couloirs de Rabat murmurent que le poste est en jeu. Que Ouahbi, ce ministre des Finances qui a tenu le cap pendant des années sans jamais vraiment plaire, est en train de passer la main. Et que son successeur, ou sa non-succession, va tout bouger.

Pourquoi ce démenti ? Parce que les rumeurs, cette fois, avaient des dents. Un article du Matinal ce matin-là citait des « sources proches du palais » évoquant une décision « imminente ». Or, au Maroc, quand le palais parle, même entre guillemets, c’est qu’il y a du lourd. Et là, le lourd, c’est la question : qui va diriger le gouvernement après Akhannouch ? Parce que oui, le Premier ministre, lui, il reste. Mais la chefferie du gouvernement, ce poste fantôme mais clé, qui permet de tirer les ficelles sans être trop visible, celle-là, elle se joue à trois.

El Mansouri attendue, mais pas pour les raisons qu’on croit

La presse a cru bon d’annoncer, ce même dimanche, qu’une audience royale était « prévue » avec la ministre de l’Intérieur, Nasrine El Mansouri. Comme si c’était une surprise. Comme si on ne savait pas que le Makhzen adore faire attendre ses pions avant de les lancer. El Mansouri, c’est la femme forte du régime. Celle qui a tenu les rênes de la sécurité intérieure sans trembler, celle qui a écrasé les manifestations de 2021 sans pitié. Certains disent qu’elle est « la seule à pouvoir remplacer Ouahbi ». D’autres, plus cyniques, rigolent : « Elle est déjà en train de le remplacer, petit à petit. »

Le problème, c’est que personne ne sait si elle veut ce poste. Ou si elle est prête à assumer les conséquences. Parce que diriger les Finances au Maroc en 2024, ce n’est pas gérer un budget. C’est tenir un équilibre entre la dette qui explose, plus de 90 % du PIB selon la Banque mondiale, un record pour le pays, les investisseurs étrangers qui regardent de travers, et les promesses électorales qui s’accumulent comme des dettes. Sans parler des réformes structurelles que personne n’ose engager.

Benali prend la pose, mais personne ne le croit

Pendant ce temps, à l’autre bout du tableau, il y a Abdelouafi Laftit Benali. Ancien banquier, ancien ambassadeur, homme des réseaux. Lui, on l’a vu poser devant une photo de groupe qui aurait pu sortir de la Maison-Blanche : costume bleu marine, sourire crispé, main droite serrée sur le cœur comme pour jurer fidélité. « Un symbole », ont commenté les observateurs. Sauf que les symboles, au Maroc, ça se paie cash. Et Benali, lui, n’a pas d’argent. Pas assez, en tout cas, pour acheter les loyautés nécessaires.

Son atout ? Il est « propre ». Pas de liens avec les affaires troubles, pas de passé sulfureux. Juste un CV lisse, un profil international, et cette capacité à parler aux marchés sans les effrayer. Trop ? Pas assez ? Personne ne sait. Ce qui est sûr, c’est que son nom circule. Et que ça agace.

Le vrai jeu : qui va gérer la crise économique ?

Voilà le cœur du problème. Parce que derrière la chefferie du gouvernement, il y a une question bien plus simple, et bien plus urgente : « Qui va sauver l’économie ? » Le Maroc étouffe. Le chômage des jeunes dépasse 30 %, les entreprises ferment, les réserves de change fondent. Et le roi ? Il attend. Il observe. Il laisse faire.

C’est là que les choses se corsent. Parce que remplacer Ouahbi, ce n’est pas juste changer un nom sur une porte. C’est choisir un camp. El Mansouri, c’est la ligne dure, la répression, le contrôle. Benali, c’est l’ouverture, les réformes, le risque. Et puis il y a les autres. Ceux qu’on n’entend pas. Ceux qui chuchotent que « le vrai pouvoir, c’est toujours le même ».

L’audience royale : un leurre ?

L’annonce de cette audience avec El Mansouri, c’est peut-être juste une manœuvre. Une façon de dire « tout va bien » alors que tout va mal. Parce que le palais, lui, il a un plan. Ou plusieurs. Il sait que les marchés regardent. Il sait que les partenaires européens commencent à s’impatienter. Il sait que la rue gronde, même si on l’entend moins.

Alors il joue. Il fait attendre. Il laisse planer le doute. Et pendant ce temps, les décisions se prennent ailleurs. Dans les couloirs. Entre deux portes closes. Là où les noms changent, mais où les règles, elles, restent les mêmes.

Ce qui ne changera pas

Une chose est sûre : peu importe qui prendra la chefferie du gouvernement, le système tiendra. Parce que le Maroc, c’est comme ça. On change les visages, mais on garde la musique. Les réformes ? Trop risquées. Les concessions ? Inenvisageables. La dette ? On la repousse. Les manifestations ? On les écrase.

Alors oui, Ouahbi pourrait partir. El Mansouri pourrait arriver. Benali pourrait faire un passage éclair. Mais au final, ce sera toujours la même partition. Juste un peu plus forte. Un peu plus longue.

La vraie question n’est pas « qui » mais « quand »

Parce que le vrai danger, ce n’est pas l’incertitude sur la chefferie du gouvernement. C’est l’incertitude sur la capacité du système à tenir encore longtemps. Les chiffres sont là : la dette publique a augmenté de 15 % en un an, les investissements étrangers stagnent, et les jeunes, eux, ils fuient. Le Maroc a besoin de réformes. Vraiment. Pas de changements de nom.

Alors cette semaine de septembre 2024, avec ses démentis, ses audiences annoncées et ses photos de famille, ce n’est pas une crise. C’est juste le moment où le système montre ses dents. Pour rappeler à tout le monde, aux marchés, aux partenaires, aux citoyens, qui commande vraiment.

Et ça, ça ne changera pas.

La dernière carte du palais

Ce qui est sûr, c’est que le roi Mohammed VI ne lâchera rien. Pas maintenant. Pas avec la situation internationale qui se tend, pas avec les tensions au Sahel, pas avec l’Europe qui regarde de travers les dérives des droits de l’homme. Alors il attend. Il observe. Il laisse les autres se battre pour les miettes.

La chefferie du gouvernement ? Un détail. La vraie bataille, elle se joue ailleurs. Dans les chiffres. Dans les rues. Dans le silence de ceux qui savent que le prochain coup de théâtre est déjà en préparation.

Et vous, vous n’aurez pas le choix : soit vous regardez. Soit vous fermez les yeux. Comme tout le monde.

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R Galaxie Rédaction

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