Charles Michel balance sur Ursula von der Leyen, et l'Europe perd son temps
Ursula von der Leyen a l’habitude des critiques. Mais celles de Charles Michel, c’est différent. Pas parce qu’il est un ancien président du Conseil européen, ça, tout le monde sait le faire. Non, parce qu’il parle en connaissance de cause. Et là, il sort les gros mots. « Manque d’ambition. » « Stratégie timorée. » « L’Europe se fait distancer. » Trois phrases, trois coups de massue. Et ça tombe à pic, à la veille de son discours sur l’état de l’Union. Comme si l’ancien Belge voulait lui rappeler, avant même qu’elle n’ouvre la bouche, ce que tout le monde pense mais n’ose pas dire.
Le discours qu’on attend et qu’on ne croira pas
Von der Leyen va parler. Elle va énumérer des chiffres, des projets, des « priorités ». Peut-être même qu’elle mentionnera la crise énergétique, la guerre en Ukraine, ou les tensions avec les États-Unis sur les subventions industrielles. Mais Charles Michel, lui, sait une chose : ça ne suffira pas. « L’Europe a besoin d’un cap, pas d’un catalogue », a-t-il lâché dans le podcast Quel monde de Jim Nejman. Traduction : les mots, très bien. Les actes, moins.
Prenez l’énergie. Von der Leyen a bien annoncé des plans pour réduire la dépendance au gaz russe. Mais les États membres tergiversent. Les investissements dans le nucléaire et les renouvelables traînent. Résultat ? L’Europe importe toujours 40 % de son gaz de Russie ou d’autres pays non fiables (source : Eurostat, 2023). Pendant ce temps, les États-Unis et la Chine accélèrent sur les énergies propres. « On perd du terrain, et personne ne semble s’en soucier », résume un haut fonctionnaire bruxellois sous couvert d’anonymat. « Von der Leyen parle, mais elle ne force pas assez. »
La défense européenne, un château de cartes
Autre sujet où l’Europe fait grise mine : la défense. Von der Leyen a bien lancé son fonds européen de défense, avec ses 7 milliards d’euros. Sauf que sur le terrain, ça ressemble à du saupoudrage. La France et l’Allemagne peinent à s’accorder sur un budget commun. Les pays de l’Est refusent de partager leurs dépenses militaires. Et pendant ce temps, l’OTAN, elle, avance. « On dépense des milliards en armements, mais on ne coordonne même pas nos achats », regrette Michel. « C’est absurde. »
Et puis il y a l’industrie. Von der Leyen a beau crier à l’urgence sur la souveraineté technologique, l’Europe reste à la traîne. Prenez les puces électroniques : on dépend à 90 % de la Chine et de Taïwan (source : Commission européenne, rapport 2023). « On a laissé filer nos usines, nos compétences, nos emplois. Maintenant, on veut rattraper le coup ? Trop tard », assène Michel. « Il faut des usines en Europe, pas des promesses. »
Von der Leyen joue la carte de la prudence
Alors pourquoi von der Leyen reste-t-elle aussi prudente ? Plusieurs explications. D’abord, elle sait que l’Europe, c’est un monstre bureaucratique. Pour avancer vite, il faut des compromis. Et les compromis, ça prend du temps. Ensuite, elle a besoin des États membres pour faire passer ses dossiers. Si elle les braque, elle perd son influence.
Mais le vrai problème, c’est qu’elle a peut-être trop peur de se faire critiquer. « Elle a peur des headlines négatifs », analyse un proche. « Résultat : elle reste dans le vague. » Pourtant, quand on regarde ce qui marche, le plan de relance post-Covid, par exemple, c’est quand elle a osé. « Il faut oser plus, trancher plus », martèle Michel. « Sinon, on va continuer à être les spectateurs de l’histoire, pas les acteurs. »
L’Europe a besoin d’un électrochoc
Le discours de von der Leyen tombe à un moment charnière. L’inflation reste élevée, les tensions géopolitiques s’accumulent, et les citoyens européens ont l’impression que Bruxelles est déconnectée. « Les gens veulent des résultats, pas des rapports », rappelle Michel. « Si von der Leyen ne change pas de ton, l’Europe va payer le prix. »
Reste à savoir si la présidente de la Commission entendra l’avertissement. Son discours annuel est une opportunité. Une dernière chance de montrer qu’elle a compris le message. Sinon, Charles Michel et des millions d’Européens auront raison : l’Europe perd son temps.
Et après ?
Von der Leyen a encore deux ans et demi. Deux ans et demi pour rattraper le retard. Deux ans et demi pour prouver que l’Europe peut être ambitieuse sans se diviser. Si elle échoue, ce ne sera pas faute d’avertissements.
Mais une chose est sûre : si elle ne change pas de méthode, l’histoire la jugera sévèrement. Et cette fois, ce ne seront pas que les critiques de Charles Michel qu’elle devra affronter.