Heijboer a une chance sur trois de l’emporter, mais on en parle peu.

Mathieu Heijboer, 26 ans, a une probabilité réelle de 33 % de remporter le titre mondial à Montréal ce dimanche. Mais son parcours cache des failles, des calculs risqués et une pression que peu supportent. Voici pourquoi son exploit pourrait être plus proche qu’on ne le croit, ou s’effondrer en une course.

Publié le 25 septembre 2026 à 06:01
Heijboer a une chance sur trois de l’emporter, mais on en parle peu.

Le tableau des favoris pour les Championnats du monde 2026 à Montréal est accroché au mur de son appartement anversois, derrière une photo de famille floue prise en 2019. Mathieu Heijboer, 26 ans, y a épinglé des post-it sur les noms qu’il considère comme des cibles : Kamp, Van den Bergh, et surtout, le Danois Nielsen, qui domine les classements depuis trois ans. Sur un autre post-it, griffonné à la hâte : « 33 % ». C’est la probabilité qu’il a calculée, après avoir passé une semaine à disséquer les statistiques de ses adversaires sur TrackStats, un outil utilisé par les bookmakers belges. Personne ne parle de ce chiffre. Personne ne le mentionne dans les débats télévisés, ni dans les articles des journaux sportifs. Pourtant, c’est lui qui résume tout : Heijboer a une chance sur trois de gagner ce dimanche. Et ça, c’est déjà énorme.

Pourquoi ses chances ne sont pas une blague de bookmaker

Les pronostics officiels, eux, oscillent entre « possible outsider » et « surprise si… ». Mais les bookmakers, eux, ont misé. Le Betfair belge affiche Heijboer à 5,2 contre 1 pour la victoire finale, un rapport qui correspond à une probabilité de 19,2 %. Sauf que les bookmakers se trompent souvent sur les cyclistes. Ils ont sous-estimé Wout Van Aert en 2021, et Remco Evenepoel en 2022. Heijboer, lui, a une particularité : il ne court pas comme les autres.

Son point fort ? Les descentes techniques. Pas celles des Alpes, non, celles des circuits urbains, où le bitume se transforme en tapis de cailloux et où une erreur de trajectoire peut vous envoyer valdinguer dans les gradins. À Montréal, le parcours du championnat inclut un tronçon sur les Quais de l’Old Port, une section où les cyclistes roulent à plus de 80 km/h sur des pavés irréguliers. Heijboer a testé ce genre de terrain lors des Six Days of Ghent en février dernier. Résultat : il a battu le record du tour de 0,4 seconde, un écart infime, mais suffisant pour que les scouts de l’équipe belge Lotto-Soudal commencent à s’intéresser à lui.

Pourtant, il y a un hic. Heijboer n’a jamais gagné une course majeure. Pas même une étape du Tour de Belgique. Ses victoires ? Des critériums locaux, des courses de moins de 100 kilomètres où il écrase la concurrence parce qu’il prend des risques que personne d’autre n’ose prendre. À Montréal, il aura face à lui des coureurs qui ont déjà gagné Paris-Roubaix ou Liège-Bastogne-Liège. Des mecs qui connaissent les trouées par cœur, qui savent où poser le pied pour éviter les chutes. Lui, il improvisera.

Le pari fou des organisateurs

Les Championnats du monde 2026 à Montréal, c’est 12 millions de dollars de budget, financés à 60 % par des fonds publics québécois. Les organisateurs ont misé sur l’effet « surprise » : un parcours urbain, des virages serrés, des montées courtes mais brutales. Leur pari ? Que personne ne domine complètement.

Sauf que les favoris, eux, ont un plan. Nielsen compte sur sa régularité. Van den Bergh mise sur sa puissance en montée. Heijboer, lui, a une autre stratégie : il compte sur l’erreur des autres.

« Les grands noms vont se regarder dans les yeux au premier virage, se tester, et finir par se neutraliser », explique son manager, Jan De Wulf, un ancien coureur qui a couru pour Rabobank dans les années 2000. « Mathieu, lui, il va les suivre à distance, attendre qu’ils se fatiguent, et puis… il va les doubler dans les descentes. »

Le problème ? Ça marche seulement si les autres se fatiguent. Et si Nielsen tient le rythme jusqu’au bout ? Si Van den Bergh décide de jouer la sécurité ? Heijboer n’a pas de marge. Une chute, un crevaison, et c’est fini.

Ce que les médias belges ne montrent pas

Les articles sur Heijboer sont toujours les mêmes. « Le jeune prodige anversois », « La pépite belge », « Le nouveau Van Aert ? ». Personne ne parle de l’accident de 2023, celui qui l’a tenu éloigné des pistes pendant six mois. Personne ne mentionne les tensions avec son équipe actuelle, Sport Vlaanderen-Baloise, qui lui a refusé une augmentation de salaire en 2024 parce qu’il « n’a pas assez de résultats ». Personne non plus ne souligne que son entourage est divisé : certains pensent qu’il devrait viser les Jeux Olympiques de 2028, d’autres qu’il doit tout miser sur Montréal.

Pourtant, ces détails expliquent pourquoi ses chances sont à la fois réelles et fragiles. Un coureur qui court sans filet, sans filet moral non plus.

« Mathieu a deux profils », raconte Leen Van Dyck, un ancien soigneur de l’équipe belge, aujourd’hui commentateur pour Sport Vlaanderen TV. « Il peut être un génie en descente, mais dès qu’il faut tenir une position, il perd 10 secondes en cinq kilomètres. » C’est ça, le vrai risque.

La course où tout se joue en 30 secondes

À Montréal, le sprint final sera décisif. Pas un sprint classique, non, un sprint chaotique, où les coureurs devront négocier un dernier virage à gauche avant la ligne d’arrivée, avec des gradins qui déboîtent sur la droite. 30 secondes de folie.

Heijboer a simulé ce virage 500 fois sur un vélo d’appartement équipé d’un écran 360°. Il connaît les moindres aspérités du bitume. Mais il y a un détail que même lui ne maîtrise pas : la réaction des autres.

« Si Nielsen accélère trop tôt, Mathieu peut le doubler », analyse De Wulf. « Si Van den Bergh reste en arrière, il peut le rattraper. Mais si les deux se battent… » Il laisse la phrase en suspens. Parce que personne ne sait ce qui se passera.

Ce qui est sûr, c’est que Heijboer n’a pas le droit à l’erreur. Pas de faux pas, pas de hésitation. Une seule chance : être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne vitesse.

Et après ? Personne ne sait.

Si Heijboer gagne, il deviendra une légende. Pas une légende belge, une légende mondiale. Les médias s’empareront de son histoire, son nom sera cité aux côtés de Merckx ou Indurain. Les sponsors se bousculeront. Lotto-Soudal lui offrira un contrat à vie.

Si Heijboer échoue, il disparaîtra des radars. Pas de deuxième chance. Les organisateurs de Montréal auront perdu leur pari, et les bookmakers auront encore une fois sous-estimé un outsider.

Ce dimanche, à 15h47 (heure locale), quand le peloton franchira la ligne d’arrivée, personne ne saura vraiment ce qui s’est passé. Pas les commentateurs, pas les statisticiens, pas même Heijboer lui-même.

Ce qui est certain, c’est que ses 33 % ne sont pas une estimation. C’est un défi. Et les défis, soit on les relève, soit on les regrette.

La dernière ligne droite commence dans 48 heures.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie