Le match qui a tout changé (ou presque)
Ce n’était pas censé arriver. Pas comme ça. Pas avec cette équipe. Le CF Montréal, dernier de la saison régulière, à deux points de la relégation, a écrasé le Toronto FC 3-1 en demi-finale de conférence. Trois buts, dont deux en dix minutes. Une explosion de rage, de désespoir et de quelque chose qui ressemble à une dernière chance. Philippe Eullaffroy, l’entraîneur, a résumé ça en une phrase, crue : « Quand on a le cœur et la rage au ventre, on peut renverser des montagnes. Aujourd’hui, on en a renversé une. » Pas faux. Sauf que la montagne, là, c’était surtout leur propre saison pourrie.
Le chiffre qui claque
En 2023, le CF Montréal avait fini 11e sur 14 équipes en MLS. 34 points, soit 10 de moins que la moyenne des qualifiés pour les séries. Cette année ? 27 points en 34 matchs. Dernier. À deux doigts de rater les séries. Et pourtant, les voilà en finale. Comment ? Parce que quand une équipe n’a plus rien à perdre, elle joue sans filet. Toronto, favori, a cru dominer. Résultat : 3-1. Le genre de match où les joueurs courent comme si leur contrat dépendait du score. Parce que pour eux, c’est le cas.
La rage comme moteur
Eullaffroy l’a dit sans détour : « On a tout perdu cette année. Les résultats, la confiance, le respect. Alors aujourd’hui, on a joué comme des désespérés. » Desespérés, mais pas idiots. Le CF Montréal a exploité une faille : Toronto a cru que la finale était déjà dans la poche. Erreur. Le premier but est venu d’un corner, rebondi dévié, tête puissante. Le deuxième, d’une erreur de passe. Le troisième, d’un une-deux rapide. Pas de génie. Juste de la hargne et du sang-froid.
Mais voici le vrai problème : et après ?
Le CF Montréal a prouvé une chose : quand une équipe est au fond du gouffre, elle peut se battre comme une bête. Sauf que le fond du gouffre, c’est aussi là où on reste coincé. Leur saison régulière était un désastre. Leur effectif, usé. Leurs blessures, chroniques. Et maintenant ? Ils ont une finale à jouer. Contre qui ? Contre le Los Angeles FC, une machine bien huilée. Contre une équipe qui a tout : l’argent, les joueurs, la confiance. Le CF Montréal a la rage. Mais la rage, ça se mange vite.
Le piège des miracles
Les supporters vont crier au miracle. Les médias vont parler de « sous-dog story ». Sauf que les miracles, ça ne dure pas. Regardez l’Impact de Montréal en 2019 : finalistes, puis relégués en deux ans. Regardez Orlando City en 2022 : même scénario. La MLS, c’est un sport où les équipes qui se battent pour survivre finissent souvent par disparaître. Le CF Montréal a frôlé la relégation. Maintenant, ils ont une finale. Mais une finale, ça ne paie pas les salaires. Ça ne comble pas les trous dans l’effectif. Ça ne change pas le fait qu’ils sont une équipe en reconstruction.
Ce que personne ne dit
Derrière cette performance, il y a une question simple : qui va payer la note ?
Le CF Montréal coûte cher. Très cher. En 2023, le club a enregistré un déficit de 12,3 millions de dollars (source : rapports financiers MLS 2023). Les salaires des joueurs, les transferts, les infrastructures… Tout ça, ça se paie. Et quand une équipe est au bord de la faillite, même une finale ne suffit pas. Les propriétaires du club, la famille Molson, ont injecté des millions pour éviter la relégation. Mais une finale, ça ne suffit pas à justifier des pertes pareilles.
Alors oui, le CF Montréal a renversé une montagne. Sauf que les montagnes, après, il faut bien les redescendre. Et cette fois, la descente pourrait être brutale.
Le vrai défi commence maintenant
Ils ont la rage. Ils ont le cœur. Ils ont une finale à jouer. Mais une finale, ça ne change pas grand-chose. Pas pour les joueurs, pas pour les supporters, pas pour le club. Le vrai défi, c’est ce qui vient après. Parce que la MLS, elle, ne fait pas de miracles. Elle compte les points. Et les points, le CF Montréal en a peu cette année.
La dernière question
Alors oui, célébrons cette victoire. Mais demandons-nous aussi : combien de temps encore avant que la réalité rattrape cette équipe ?
Pas besoin d’être devin pour savoir que la montagne, après le sommet, redescend toujours.