L'Espagne utilise Ceuta pour diviser l'Europe

Sept projets de résolution, un vote clivant, une crise instrumentée : le Parlement européen n’a pas réglé la question migratoire à Ceuta, il a reproduit les fractures espagnoles. Et Bruxelles a laissé faire.

Publié le 19 septembre 2026 à 16:00
L'Espagne utilise Ceuta pour diviser l'Europe

Ceuta, un prétexte pour Madrid

Le 24 novembre 2022, le Parlement européen votait une résolution sur Ceuta. Sept textes en compétition, des amendements qui s’accumulent, et à la fin, un vote qui résume tout : 373 députés contre, 163 pour, 129 abstentions. Le clivage n’est pas entre pro et anti-migrants, mais entre la droite et la gauche européennes. Sauf que la gauche, ici, c’est surtout le PSOE et Podemos. Et la droite, c’est le PP et Vox. Bref, l’Europe n’a pas tranché sur Ceuta. Elle a voté la politique espagnole. À Bruxelles, on a juste validé un débat qui n’était pas le leur.

Pourtant, le contexte était clair. En juin 2022, plus de 8 000 migrants avaient débarqué à Ceuta en une seule journée. Un record. L’Espagne, elle, a réagi en fermant la frontière, en renforçant les patrouilles, et en laissant des centaines de personnes bloquées dans des conditions indignes. Mais ce qui intéressait vraiment Madrid, ce n’était pas la crise humanitaire. C’était l’opportunité politique.

Le PSOE et Podemos ont poussé pour une résolution européenne forte. Ils voulaient que l’UE condamne le Maroc, qu’elle exige des garanties sur les droits des migrants, qu’elle finance des solutions. Le PP et Vox, eux, ont bloqué tout ça. Pour eux, Ceuta, c’est une question de souveraineté. Pas de droits humains. Le PP veut des murs, Vox veut des expulsions massives. Résultat : l’Europe est restée en retrait. Elle a évité de prendre position sur le fond. Elle a juste voté pour ou contre les propositions espagnoles.

Et puis, il y a cette question : pourquoi l’UE a-t-elle attendu si longtemps ? En 2021, le Maroc avait déjà menacé de laisser passer des migrants vers Ceuta. En 2022, c’est devenu une crise. Mais Bruxelles n’a rien fait avant. Pourquoi ? Parce que l’UE n’a pas envie de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un État membre. Même quand cet État membre utilise une crise migratoire pour faire de la politique interne.

Le vrai problème, c’est que l’Europe confond deux solidarités.

Il y a la solidarité que l’UE doit à un État membre en difficulté. Et il y a la solidarité que les États membres ne doivent pas subir quand un pays utilise une crise pour diviser. L’Espagne a fait les deux. Elle a demandé de l’aide à Bruxelles, mais elle a aussi exploité la crise pour affaiblir ses adversaires politiques. Le PSOE a accusé le PP de xénophobie. Le PP a accusé le PSOE de laxisme. Et l’Europe, elle, a regardé.

Les chiffres parlent. En 2022, 23 000 migrants sont arrivés à Ceuta et Melilla. 8 000 en une seule journée en juin. Des centaines sont restés bloqués pendant des semaines. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a dénoncé des conditions « inhumaines ». Mais l’Europe n’a rien changé. Pourquoi ? Parce que la crise de Ceuta, c’était avant tout une crise espagnole. Et Bruxelles n’a pas voulu s’en mêler.

Pourtant, il y avait des solutions.

L’UE aurait pu exiger du Maroc qu’il respecte les droits des migrants. Elle aurait pu financer des centres d’accueil dignes à Ceuta. Elle aurait pu proposer un mécanisme de répartition des migrants entre les États membres. Mais non. Parce que l’Europe n’a pas envie de se mêler des affaires intérieures de l’Espagne. Et parce que l’Espagne, elle, n’a pas envie que l’Europe lui dise quoi faire.

Le résultat ? Une résolution vide.

Le texte final adopté par le Parlement européen est un compromis sans dents. Il condamne les « violations des droits humains », mais ne propose aucune sanction contre le Maroc. Il appelle à une « solution durable », mais ne dit pas comment. Il demande une « coopération renforcée », mais ne précise pas quoi. Bref, du vent. Comme d’habitude.

Ce qui se joue derrière, c’est la souveraineté.

L’Espagne veut garder le contrôle sur ses frontières. Le Maroc veut garder son influence sur le Sahel. Et l’Europe, elle, veut juste éviter le scandale. Le problème, c’est que personne ne parle vraiment des migrants. Personne ne parle des centaines de personnes qui attendent depuis des mois dans des conditions indignes. Personne ne parle de ceux qui meurent en essayant de traverser. Parce que Ceuta, pour l’Europe, c’est avant tout une question politique. Pas humaine.

Et puis, il y a cette question qui dérange.

Si l’Europe ne veut pas s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Espagne, qui le fera ? Les ONG ? Les médias ? Les migrants eux-mêmes ? Personne. Parce que l’Europe a peur. Peur de la colère des États membres. Peur des divisions internes. Peur de perdre le contrôle. Alors elle regarde. Elle attend. Elle vote des résolutions sans suite.

Le vrai scandale, c’est que personne ne s’étonne.

En 2022, 23 000 migrants sont arrivés à Ceuta et Melilla. En 2023, les chiffres ont baissé. Mais la crise n’est pas réglée. Elle est juste enterrée. Parce que personne ne veut en parler. Parce que personne ne veut prendre de décision. Parce que Ceuta, pour l’Europe, c’est juste un autre dossier à classer.

Pourtant, il y a une question simple.

Si l’Europe ne peut pas gérer une crise migratoire à ses portes, comment elle compte gérer les prochaines ? Parce qu’il y en aura. Et elles seront pires.

La réponse est là, sous nos yeux.

L’Europe a choisi. Elle a choisi de ne pas choisir. Elle a choisi de laisser l’Espagne gérer seule. Elle a choisi de voter des résolutions sans suite. Elle a choisi de regarder ailleurs. Et maintenant, il faut assumer.

Ceuta n’est pas qu’une ville espagnole.

C’est un symbole. Un symbole de ce que l’Europe refuse d’affronter. Une crise migratoire, oui. Mais aussi une crise politique. Une crise de la solidarité. Une crise de l’humanité. Et l’Europe, elle, ferme les yeux.

Alors, la prochaine fois, on fait quoi ?

On attend encore ? On vote encore des résolutions sans suite ? On laisse encore l’Espagne gérer seule ? Ou on se réveille ?

Parce que Ceuta, ce n’est pas qu’un dossier. C’est un test. Un test pour l’Europe. Un test pour voir si elle est capable de protéger ses valeurs. Ou si elle préfère fermer les yeux.

Et pour l’instant, la réponse est claire.

L’Europe a échoué. Et les migrants paient le prix.

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R Galaxie Rédaction

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