Ceuta vidée de ses migrants, le Maroc gagne la partie

En un mois, plus de 5 300 migrants ont quitté Ceuta pour le Maroc. Une victoire pour Rabat, un échec pour Madrid. Mais derriÚre les chiffres, une guerre sans front se joue, et personne ne veut en parler.

Publié le 14 septembre 2026 à 16:06
Ceuta vidée de ses migrants, le Maroc gagne la partie

Le Maroc ne lĂąche rien, mĂȘme sans l’Europe

Ceuta, juillet 2024. Les images montraient des corps amassĂ©s sur les grilles, des visages Ă©puisĂ©s, des enfants accrochĂ©s aux filets. L’Europe, horrifiĂ©e, a rĂ©agi, enfin. Fermeture temporaire des frontiĂšres, promesses de rĂ©gularisations, discours indignĂ©s. Trois mois plus tard, tout est rentrĂ© dans l’ordre. Pas parce que Bruxelles a imposĂ© une solution, mais parce que le Maroc a fait ce que l’Europe refuse de faire : il a organisĂ© le retour.

Comment ? Personne ne le dit clairement. Pas de communiquĂ©s communs, pas de chiffres partagĂ©s, juste ce dĂ©compte espagnol, sec comme un rapport de police. 5 300 migrants en un mois. Un chiffre qui tombe comme une sentence. Parce que derriĂšre, il y a des bus, des contrĂŽles, une logistique, et surtout, une dĂ©cision politique. Rabat a choisi de reprendre le contrĂŽle. Sans l’accord de l’UE, sans les fonds europĂ©ens, juste avec ses propres moyens. La question est simple : pourquoi l’Europe ne fait-elle pas de mĂȘme ?

La rĂ©ponse ? Parce que le Maroc peut. Et que l’Europe, elle, ne peut pas. Pas sans se couvrir de ridicule. Imaginez : des cars de migrants espagnols, français, italiens, renvoyĂ©s vers leurs pays d’origine sous les camĂ©ras. L’Europe a peur de ses propres images. Alors elle laisse faire le Maroc. Qui, lui, n’a pas ce complexe.

Le vrai problĂšme, c’est que personne ne parle de ces 5 300 retours comme d’une victoire marocaine. On prĂ©fĂšre parler des ‘’efforts espagnols’’, des ‘’mesures humanitaires’’. Mais la rĂ©alitĂ© est crue : le Maroc a rĂ©cupĂ©rĂ© ses migrants sans demander la permission. Et Madrid a fermĂ© les yeux. Pourquoi ? Parce que sans Ceuta, sans Melilla, sans ces portes d’entrĂ©e symboliques, l’Europe n’a plus de levier.

L’Europe paie pour sa lĂąchetĂ©

En 2021, aprĂšs la crise de Melilla, l’UE avait promis des milliards pour aider le Maroc Ă  ‘’gĂ©rer’’ les flux migratoires. Aujourd’hui, ces promesses sont des chĂšques en bois. Parce que le Maroc n’a pas besoin de l’argent europĂ©en pour renvoyer ses migrants. Il a besoin de l’Europe pour autre chose : son marchĂ©, ses accords commerciaux, sa reconnaissance diplomatique.

Le calcul est simple. Le Maroc laisse passer quelques centaines de migrants Ă  Ceuta ou Melilla, assez pour que l’Europe s’énerve, assez pour que les mĂ©dias s’enflamment. Puis il les ramĂšne. Sans violence mĂ©diatisĂ©e, sans crise humanitaire. Juste un flux rĂ©gulier, contrĂŽlĂ©. Et l’Europe, impuissante, regarde.

Pourquoi ? Parce que si l’UE ferme les frontiĂšres marocaines, elle perd son seul alliĂ© en Afrique pour bloquer les migrants. Sans le Maroc, c’est le chaos : des milliers de personnes bloquĂ©es dans le dĂ©sert, des camps improvisĂ©s, des drames en pleine mer. L’Europe prĂ©fĂšre un Maroc complice qu’un Sahara en feu.

Le rĂ©sultat ? Une externalisation dĂ©guisĂ©e. L’UE paie indirectement le Maroc pour faire son sale travail. Pas avec des milliards affichĂ©s, mais avec des accords sous le manteau, des silences complices, et cette tolĂ©rance Ă  peine voilĂ©e pour les retours forcĂ©s. Ceuta est devenue un Ă©cran de fumĂ©e. DerriĂšre, le vrai jeu se joue ailleurs : dans les nĂ©gociations secrĂštes entre Bruxelles et Rabat, oĂč l’on dĂ©cide qui peut entrer, qui doit sortir, et surtout, qui peut regarder.

Les migrants, otages d’un jeu qui ne les concerne pas

Pour les 5 300 personnes renvoyĂ©es au Maroc en un mois, la question n’est pas thĂ©orique. Elles sont lĂ , maintenant, quelque part entre Tanger et Rabat. Certaines ont peut-ĂȘtre des papiers, d’autres non. Certaines ont des familles, d’autres sont seules. Mais aucune n’a eu le choix.

Le Maroc ne les veut pas vraiment. Pas comme citoyens, pas comme travailleurs. Juste comme un moyen de pression. L’Europe non plus. Elle ne veut pas les rĂ©gulariser, elle ne veut pas les accueillir, elle ne veut pas les voir. Alors elle les laisse en suspens, dans ce no man’s land oĂč personne ne prend vraiment ses responsabilitĂ©s.

Ce qui se passe Ă  Ceuta, c’est le symptĂŽme d’un systĂšme brisĂ©. Un systĂšme oĂč les migrants ne sont plus des ĂȘtres humains, mais des pions. OĂč le Maroc joue les durs pour obtenir des faveurs, oĂč l’Europe ferme les yeux pour Ă©viter le scandale, et oĂč les gens, eux, sont juste des nombres dans un bilan.

5 300. Un chiffre. Pas une vie. Pas une histoire. Juste un dĂ©tail dans un rapport gouvernemental. Comme si ces personnes n’avaient jamais existĂ©.

La prochaine Ă©tape ? Personne n’en parle

Alors, que va-t-il se passer maintenant ? Personne ne le sait.

Officiellement, l’Espagne continue de ‘’nĂ©gocier’’ avec le Maroc. Officieusement, Rabat a dĂ©jĂ  gagnĂ©. Parce que le vrai pouvoir, ce n’est pas celui qui contrĂŽle les frontiĂšres, c’est celui qui dĂ©cide de les laisser ouvertes, ou fermĂ©es, selon ses intĂ©rĂȘts.

Ceuta et Melilla ne sont plus que des leurres. DerriĂšre, le Maroc a compris une chose simple : l’Europe a besoin de lui plus qu’il n’a besoin d’elle. Alors il joue. Il laisse entrer quelques centaines de migrants pour rappeler Ă  Bruxelles qui tient les cartes. Puis il les ramĂšne, comme on range un jouet cassĂ©. Parce que la vraie bataille, elle se joue dans les couloirs des ministĂšres, pas sur les grilles d’une ville espagnole.

L’Europe a peur de ses propres images. Le Maroc, lui, n’a peur de rien.

Alors oui, 5 300 migrants sont rentrĂ©s au Maroc en un mois. Mais la vraie question, c’est combien d’autres vont suivre. Et combien l’Europe est prĂȘte Ă  en supporter avant de rĂ©aliser qu’elle a perdu.

La réponse, vous la connaissez déjà.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Ceuta vidée de ses migrants, le Maroc gagne la partie | R Galaxie