Le Maroc ne lĂąche rien, mĂȘme sans lâEurope
Ceuta, juillet 2024. Les images montraient des corps amassĂ©s sur les grilles, des visages Ă©puisĂ©s, des enfants accrochĂ©s aux filets. LâEurope, horrifiĂ©e, a rĂ©agi, enfin. Fermeture temporaire des frontiĂšres, promesses de rĂ©gularisations, discours indignĂ©s. Trois mois plus tard, tout est rentrĂ© dans lâordre. Pas parce que Bruxelles a imposĂ© une solution, mais parce que le Maroc a fait ce que lâEurope refuse de faire : il a organisĂ© le retour.
Comment ? Personne ne le dit clairement. Pas de communiquĂ©s communs, pas de chiffres partagĂ©s, juste ce dĂ©compte espagnol, sec comme un rapport de police. 5 300 migrants en un mois. Un chiffre qui tombe comme une sentence. Parce que derriĂšre, il y a des bus, des contrĂŽles, une logistique, et surtout, une dĂ©cision politique. Rabat a choisi de reprendre le contrĂŽle. Sans lâaccord de lâUE, sans les fonds europĂ©ens, juste avec ses propres moyens. La question est simple : pourquoi lâEurope ne fait-elle pas de mĂȘme ?
La rĂ©ponse ? Parce que le Maroc peut. Et que lâEurope, elle, ne peut pas. Pas sans se couvrir de ridicule. Imaginez : des cars de migrants espagnols, français, italiens, renvoyĂ©s vers leurs pays dâorigine sous les camĂ©ras. LâEurope a peur de ses propres images. Alors elle laisse faire le Maroc. Qui, lui, nâa pas ce complexe.
Le vrai problĂšme, câest que personne ne parle de ces 5 300 retours comme dâune victoire marocaine. On prĂ©fĂšre parler des ââefforts espagnolsââ, des ââmesures humanitairesââ. Mais la rĂ©alitĂ© est crue : le Maroc a rĂ©cupĂ©rĂ© ses migrants sans demander la permission. Et Madrid a fermĂ© les yeux. Pourquoi ? Parce que sans Ceuta, sans Melilla, sans ces portes dâentrĂ©e symboliques, lâEurope nâa plus de levier.
LâEurope paie pour sa lĂąchetĂ©
En 2021, aprĂšs la crise de Melilla, lâUE avait promis des milliards pour aider le Maroc Ă ââgĂ©rerââ les flux migratoires. Aujourdâhui, ces promesses sont des chĂšques en bois. Parce que le Maroc nâa pas besoin de lâargent europĂ©en pour renvoyer ses migrants. Il a besoin de lâEurope pour autre chose : son marchĂ©, ses accords commerciaux, sa reconnaissance diplomatique.
Le calcul est simple. Le Maroc laisse passer quelques centaines de migrants Ă Ceuta ou Melilla, assez pour que lâEurope sâĂ©nerve, assez pour que les mĂ©dias sâenflamment. Puis il les ramĂšne. Sans violence mĂ©diatisĂ©e, sans crise humanitaire. Juste un flux rĂ©gulier, contrĂŽlĂ©. Et lâEurope, impuissante, regarde.
Pourquoi ? Parce que si lâUE ferme les frontiĂšres marocaines, elle perd son seul alliĂ© en Afrique pour bloquer les migrants. Sans le Maroc, câest le chaos : des milliers de personnes bloquĂ©es dans le dĂ©sert, des camps improvisĂ©s, des drames en pleine mer. LâEurope prĂ©fĂšre un Maroc complice quâun Sahara en feu.
Le rĂ©sultat ? Une externalisation dĂ©guisĂ©e. LâUE paie indirectement le Maroc pour faire son sale travail. Pas avec des milliards affichĂ©s, mais avec des accords sous le manteau, des silences complices, et cette tolĂ©rance Ă peine voilĂ©e pour les retours forcĂ©s. Ceuta est devenue un Ă©cran de fumĂ©e. DerriĂšre, le vrai jeu se joue ailleurs : dans les nĂ©gociations secrĂštes entre Bruxelles et Rabat, oĂč lâon dĂ©cide qui peut entrer, qui doit sortir, et surtout, qui peut regarder.
Les migrants, otages dâun jeu qui ne les concerne pas
Pour les 5 300 personnes renvoyĂ©es au Maroc en un mois, la question nâest pas thĂ©orique. Elles sont lĂ , maintenant, quelque part entre Tanger et Rabat. Certaines ont peut-ĂȘtre des papiers, dâautres non. Certaines ont des familles, dâautres sont seules. Mais aucune nâa eu le choix.
Le Maroc ne les veut pas vraiment. Pas comme citoyens, pas comme travailleurs. Juste comme un moyen de pression. LâEurope non plus. Elle ne veut pas les rĂ©gulariser, elle ne veut pas les accueillir, elle ne veut pas les voir. Alors elle les laisse en suspens, dans ce no manâs land oĂč personne ne prend vraiment ses responsabilitĂ©s.
Ce qui se passe Ă Ceuta, câest le symptĂŽme dâun systĂšme brisĂ©. Un systĂšme oĂč les migrants ne sont plus des ĂȘtres humains, mais des pions. OĂč le Maroc joue les durs pour obtenir des faveurs, oĂč lâEurope ferme les yeux pour Ă©viter le scandale, et oĂč les gens, eux, sont juste des nombres dans un bilan.
5 300. Un chiffre. Pas une vie. Pas une histoire. Juste un dĂ©tail dans un rapport gouvernemental. Comme si ces personnes nâavaient jamais existĂ©.
La prochaine Ă©tape ? Personne nâen parle
Alors, que va-t-il se passer maintenant ? Personne ne le sait.
Officiellement, lâEspagne continue de âânĂ©gocierââ avec le Maroc. Officieusement, Rabat a dĂ©jĂ gagnĂ©. Parce que le vrai pouvoir, ce nâest pas celui qui contrĂŽle les frontiĂšres, câest celui qui dĂ©cide de les laisser ouvertes, ou fermĂ©es, selon ses intĂ©rĂȘts.
Ceuta et Melilla ne sont plus que des leurres. DerriĂšre, le Maroc a compris une chose simple : lâEurope a besoin de lui plus quâil nâa besoin dâelle. Alors il joue. Il laisse entrer quelques centaines de migrants pour rappeler Ă Bruxelles qui tient les cartes. Puis il les ramĂšne, comme on range un jouet cassĂ©. Parce que la vraie bataille, elle se joue dans les couloirs des ministĂšres, pas sur les grilles dâune ville espagnole.
LâEurope a peur de ses propres images. Le Maroc, lui, nâa peur de rien.
Alors oui, 5 300 migrants sont rentrĂ©s au Maroc en un mois. Mais la vraie question, câest combien dâautres vont suivre. Et combien lâEurope est prĂȘte Ă en supporter avant de rĂ©aliser quâelle a perdu.
La réponse, vous la connaissez déjà .