Carney ignore les lignes rouges du Québec sur l’immigration

Le gouvernement fédéral contourne les garde-fous québécois sur l’immigration, et le PQ menace de riposter. Pourtant, Ottawa agit comme si les provinces n’existaient pas. Explications sur un conflit qui n’est pas près de s’éteindre.

Publié le 1 octobre 2026 à 12:02
Carney ignore les lignes rouges du Québec sur l’immigration

Le Québec veut des garanties, Ottawa dit non

En 2023, le Québec a obtenu une victoire symbolique : le droit de fixer ses propres seuils d’immigration pour les travailleurs qualifiés. Une première. Sauf que depuis, Ottawa a tout fait pour vider cette victoire de sa substance. Résultat : sur les 110 000 candidats sélectionnés par le Québec en 2023, seulement 40 000 ont eu leur visa. Le reste ? Rejeté par le gouvernement fédéral, qui applique ses propres critères, souvent en contradiction avec ceux de Québec.

Pourquoi ce décalage ? Parce que le fédéral a ses propres objectifs : combler des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs précis (la santé, la construction, l’agriculture), et peu importe si ça passe par des provinces qui ne sont pas d’accord. Le Québec, lui, veut contrôler son marché du travail. Problème : Ottawa a les clés. Et il les utilise sans complexe.

« On nous dit que le fédéral a le dernier mot, mais en réalité, c’est lui qui décide seul », a lâché un haut fonctionnaire du ministère de l’Immigration québécois, sous couvert d’anonymat. « C’est une insulte à notre autonomie. »

Mark Carney et la stratégie de l’ignorance

Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, n’est pas un ministre de l’Immigration. Mais depuis qu’il a pris les rênes de l’organisme en 2023, son nom revient sans cesse dans les débats sur l’économie québécoise. Pourquoi ? Parce que son institution a un poids énorme sur les décisions fédérales en matière d’immigration économique. Et là, Carney et ses équipes jouent la carte de la « flexibilité ».

« Leur argument ? Le Québec a besoin de travailleurs, donc on va en importer, peu importe les règles locales », résume un analyste en politiques migratoires. « C’est du chacun pour soi. »

Le problème, c’est que cette approche crée des tensions. Les entreprises québécoises se plaignent : elles ont besoin de main-d’œuvre, mais les candidats retenus par Ottawa ne correspondent pas toujours à leurs besoins. Résultat ? Des postes qui restent vacants, des salaires qui explosent, et une colère qui monte chez les travailleurs locaux, déjà sous pression.

« On nous dit qu’il n’y a pas assez de main-d’œuvre, alors on importe des gens qui ne savent même pas parler français », a grogné un patron de PME à Montréal lors d’un forum économique en février. « C’est du gaspillage. Et ça, c’est du vol. »

Le PQ menace : jusqu’où ira Québec ?

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, n’y va pas par quatre chemins. « C’est un gouvernement fédéral qui abuse de son pouvoir », a-t-il lancé lors d’un point de presse la semaine dernière. « On ne peut plus laisser faire ça. »

Concrètement, que peut faire Québec ? Pas grand-chose, si on se fie aux experts. Le fédéral a le dernier mot sur les visas. Mais le PQ mise sur deux leviers :

  1. Le lobbying accru : faire pression sur Ottawa en menaçant de bloquer des projets fédéraux au Québec. Déjà, des rumeurs courent sur un possible gel des fonds pour des infrastructures si le gouvernement Trudeau ne cède pas.

  2. La mobilisation populaire : le PQ compte sur l’électorat pour faire pression. « Les Québécois sont de plus en plus en colère contre cette ingérence fédérale », assure un conseiller du parti. « Si on ne fait rien, c’est la porte ouverte à un chaos social. »

Pourtant, les observateurs restent sceptiques. « Le Québec n’a pas les moyens de forcer Ottawa à obéir », tempère un professeur de droit constitutionnel à l’Université de Montréal. « Mais si le PQ veut jouer la carte de l’affrontement, il va devoir assumer les conséquences. »

Derrière les chiffres, une guerre culturelle

Les nombres, ça cache souvent des réalités plus profondes. Ici, c’est une question d’identité. Le Québec veut garder le contrôle sur son territoire, sa langue, son marché du travail. Ottawa, lui, voit les provinces comme des simples exécutants de sa politique nationale.

« Ce n’est pas qu’une question d’immigration, c’est une question de souveraineté », martèle un ancien ministre péquiste. « Si on laisse Ottawa faire, c’est toute notre autonomie qui est en jeu. »

Et puis, il y a la langue. En 2023, seulement 42 % des immigrants sélectionnés par le Québec parlaient français à leur arrivée. Un chiffre qui fait bondir les nationalistes. « On nous dit qu’on a le droit de choisir nos immigrants, mais en réalité, on nous impose des gens qui ne correspondent pas à nos valeurs », s’emporte un député caquiste.

Le fédéral répond que ces chiffres s’améliorent. Vraiment ? Les associations francophones du Québec en doutent. « On nous promet des progrès, mais sur le terrain, rien ne change », dénonce la Fédération des communautés francophones et acadienne.

Et après ? Personne ne sait

Ce qui est sûr, c’est que le conflit ne va pas s’éteindre de sitôt. Le fédéral a les moyens, le Québec a la légitimité. Mais sans arme juridique forte, Québec reste dans une position fragile.

« On peut crier, menacer, faire du bruit… mais tant qu’Ottawa a le dernier mot sur les visas, on est à la merci de leurs décisions », admet un syndicaliste. « La vraie question, c’est : jusqu’où le Québec est prêt à aller pour défendre ses intérêts ? »

Carney et ses équipes, eux, continuent de jouer leur partition. Sans se soucier des lignes rouges.

Et ça, c’est le vrai problème.

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R Galaxie Rédaction

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