Les aides du gouvernement : un pansement sur une jambe de bois
Le gouvernement a joué la carte de la prudence. 10 centimes de réduction par litre, c’est déjà 1,5 milliard d’euros par an, selon Bercy. Assez pour faire baisser la facture moyenne d’un plein de 10 à 15 euros. Assez pour éviter la grogne. Sauf que ça ne suffit pas. Pourquoi ? Parce que le prix à la pompe, c’est comme un iceberg : on voit la partie émergée, mais sous la surface, il y a le vrai problème.
Le vrai problème, c’est le pétrole. Son prix a bondi de 40 % depuis le début de l’année, tiré par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et la spéculation. Les taxes, elles, ne représentent que 60 % du prix final. Le reste ? C’est le coût du baril. Et là, personne ne peut y toucher sans déclencher une crise. Sauf à supprimer les taxes, bien sûr. Ce que réclament une partie de l’opposition et plusieurs candidats à la présidentielle.
Le piège ? Une baisse des taxes, ça fait baisser le prix à la pompe. Mais ça ne résout rien. Parce que le pétrole, lui, continue de monter. Et que les recettes fiscales s’effondrent. En 2022, la suppression temporaire de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) a rapporté 3,5 milliards d’euros en moins à l’État. Trois milliards. Perdu. Dans la nature. Alors oui, le plein coûte moins cher. Mais l’hôpital, lui, ferme des lits. Les routes se dégradent. Et les retraites ? On en parle quand ?
L’opposition et les candidats : des promesses qui coûtent cher
« Il faut supprimer les taxes sur les carburants. » « Il faut revenir au prix de 2020. » « Il faut une prime exceptionnelle de 100 euros pour tous. » Les propositions fusent. Certaines sont plus crédibles que d’autres. Mais toutes ont un point commun : elles coûtent une fortune.
Prenez Marine Le Pen. Elle propose de supprimer la TICPE et la TVA sur les carburants. Résultat ? Une perte de 10 milliards d’euros par an pour les finances publiques, selon l’Institut des politiques publiques. Éric Zemmour, lui, veut un « bouclier tarifaire » à 1,80 euro le litre. Soit une subvention de 8 milliards par an. Même les plus modérés, comme Valérie Pécresse, misent sur des aides ciblées… qui finissent toujours par coûter plus cher que prévu.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut parler du vrai coût. On vous parle de pouvoir d’achat, mais on oublie de dire que ces mesures, c’est vous qui les payerez. Directement ou indirectement. Via des hausses d’impôts ailleurs. Via des coupes dans les services publics. Ou simplement via l’inflation, qui finira par rattraper tout le monde.
Le climat dans tout ça ? Personne n’en parle
Il y a un autre angle qu’on oublie systématiquement. Celui du climat. Parce que baisser le prix des carburants, ça a un effet pervers : ça encourage à rouler plus. Et à rouler loin. En 2023, les Français ont parcouru en moyenne 12 000 kilomètres par an, selon le ministère de la Transition écologique. Soit 20 % de plus qu’en 2010.
Or, chaque litre d’essence brûlé, c’est 2,3 kilogrammes de CO₂ rejetés dans l’atmosphère. En 2023, cela représente 100 millions de tonnes de CO₂ en plus par an, rien que pour les voitures particulières. Autant dire une catastrophe écologique. Pourtant, personne ne semble s’en soucier.
Pourquoi ? Parce que le climat, c’est compliqué. Parce que ça ne fait pas de bons titres. Parce que ça ne rapporte pas de voix. Alors on préfère fermer les yeux. On préfère parler de pouvoir d’achat, de taxes, de subventions. On préfère oublier que chaque centime économisé à la pompe, c’est un peu plus de CO₂ dans le ciel.
La vraie question : et si on arrêtait de courir après le prix ?
Tout le monde veut baisser le prix de l’essence. Le gouvernement avec ses aides. L’opposition avec ses promesses. Les Français avec leurs portefeuilles. Mais personne ne se demande si c’est une bonne idée.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas le prix. C’est la dépendance. Une dépendance au pétrole, aux énergies fossiles, aux géants du pétrole qui tirent les prix comme ils veulent. Une dépendance qui nous coûte cher, littéralement.
Alors, que faire ?
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Arrêter de subventionner l’industrie pétrolière. La France dépense encore 2 milliards d’euros par an pour aider TotalEnergies, selon les chiffres de l’ONG Les Amis de la Terre. Deux milliards. Pour quoi faire ? Pour que les actionnaires touchent des dividendes ? Pour que les patrons touchent des bonus ? Non merci.
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Investir massivement dans les alternatives. Les bus électriques, les trains, le covoiturage, le télétravail. Tout ça existe. Tout ça marche. Mais ça coûte cher à mettre en place. Alors on tergiverse. On attend. On fait semblant d’y croire.
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Accepter que le prix de l’essence monte. Oui, c’est dur. Oui, ça fait mal. Mais c’est le prix à payer pour sortir de cette dépendance. Parce que si on continue comme ça, c’est simple : dans 10 ans, on paiera encore plus cher. Et le climat, lui, il s’en fichera.
Conclusion : la valse continue, mais qui paiera ?
Les prix montent. Les aides aussi. Les promesses aussi. Mais personne ne dit vraiment ce que ça coûte. Personne ne dit vraiment ce qu’on perd. Alors on danse. On danse autour du prix de l’essence, comme des automates.
Sauf que la musique va s’arrêter un jour. Et quand elle s’arrêtera, ce sera trop tard pour les finances publiques. Trop tard pour le climat. Et trop tard pour ceux qui croyaient encore que tout ça pouvait durer.