Les stations toulousaines abandonnent les automobilistes sur le bord de la route

Ce week-end, trois stations avant de trouver du SP95 près de Toulouse. Une pénurie qui s’étend, des prix qui flambent, et une indifférence générale. Pourquoi personne ne bronche ?

Publié le 13 septembre 2026 à 08:01
Les stations toulousaines abandonnent les automobilistes sur le bord de la route

Pourquoi Toulouse devient le terrain d’essai des pénuries de carburant

Ce n’est pas un bug. Ni une panne ponctuelle. À Toulouse, la pénurie de sans-plomb 95 n’est pas un accident, mais un symptôme. Un symptôme d’un système qui tourne au ralenti depuis des mois, et que personne ne semble vouloir réparer. Les stocks s’épuisent, les livraisons se raréfient, et les automobilistes paient cash, au sens propre. Pourtant, les chiffres officiels, eux, restent sourds. Selon la dernière note de la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat), la consommation de carburants en France a baissé de 3,2 % sur un an, mais les stocks stratégiques, eux, n’ont pas bougé d’un pouce. Alors où est passé le SP95 ?

La réponse est simple : les raffineries tournent à moitié. Pas par manque de pétrole, les tankers en sont pleins, les ports aussi. Non, parce que les marges sont trop faibles. Le brut coûte cher, le gazole se vend bien, mais le SP95 ? Une galère. Résultat : les camions-citernes qui devraient ravitailler les stations toulousaines font demi-tour. « On ne gagne pas assez pour le transporter », avoue un livreur sous couvert d’anonymat. Et les stations, elles, se retrouvent à sec. Sans stock de sécurité. Sans plan B.

Et puis il y a TotalEnergies, qui ferme des sites un à un. La raffinerie de Fos-sur-Mer a réduit sa production de SP95 de 15 % depuis l’été, et celle de Lacq, dans le Sud-Ouest, suit le mouvement. Les raisons ? « Optimisation », « réallocation des ressources ». En clair : on produit moins ce que les gens veulent, parce que ça ne rapporte pas assez. Et les automobilistes, eux, doivent se débrouiller.

Le pire ? Personne ne s’en émeut vraiment.

Les prix montent, les stocks s’effondrent : et si c’était calculé ?

Ce week-end, à la station Total de Rangueil, le SP95 affichait 1,89 €/L. Un mois plus tôt, il était à 1,75 €. Pas de crise géopolitique en vue, pas de guerre en cours, juste une hausse mécanique qui s’installe. Et les stations ne se plaignent pas. Bien au contraire. Certaines, comme Esso à Montrabé, ont même supprimé le SP95 de leur offre pour ne garder que du E10 et du diesel. « Moins de risques de vol, moins de pertes », justifie un gérant. Traduction : moins de clients mécontents, plus de marge.

Le problème, c’est que l’E10, lui, ne plaît pas à tout le monde. Les vieux moteurs craquent, les garages pullulent de voitures en panne après un plein mal calculé. Résultat : une partie des automobilistes se retrouve coincée entre deux mauvaises options, soit rouler au diesel (et payer la taxe carbone), soit faire 50 km de détour pour trouver du SP95 à Castelginest ou à Revel.

Et les pouvoirs publics dans tout ça ? Silence radio. La préfecture de la Haute-Garonne a émis un communiqué vague : « Nous suivons la situation de près ». La DGEC, elle, pointe du doigt « les aléas de l’approvisionnement ». Personne ne parle des stocks stratégiques, pourtant censés couvrir les crises. Personne ne mentionne que la France importe 80 % de son essence, et que les livraisons dépendent de routes maritimes de plus en plus instables.

Le vrai problème ? Personne ne veut assumer.

Le casse-tête des livraisons : quand les camions tournent en rond

Derrière chaque station à sec, il y a un camion qui n’est pas passé. Ou qui a fait demi-tour. Ou qui a livré… autre chose. Parce que le carburant, aujourd’hui, ce n’est plus juste du pétrole. C’est un marché de dupes.

Prenez l’exemple de Vallourec, près de Toulouse. La station BP y a affiché « Rupture de stock » pendant trois jours d’affilée. Pourquoi ? Parce que le dernier camion de SP95 a été détourné vers l’aéroport de Blagnac, où les avions à réaction (et leurs réservoirs voraces) ont priorité. « L’aviation, c’est sacré », soupire un employé. Sauf que les voitures, elles, ne volent pas. Et les pilotes, eux, peuvent se ravitailler ailleurs.

Autre exemple : la station Shell de Borderouge. Elle a reçu une livraison… de SP98. Pourquoi ? Parce que le SP95 ne se vend plus assez pour justifier un approvisionnement dédié. « On nous impose des palettes », rage un responsable. « Et nous, on doit faire avec. » Traduction : les raffineries envoient ce qu’elles peuvent, quand elles peuvent, et les stations doivent avaler.

Le résultat ? Une carte du carburant à Toulouse qui ressemble à un jeu de morpion.

  • Nord de l’agglomération : certaines stations ont encore du SP95, mais à prix d’or (jusqu’à 1,95 €/L à Saint-Orens cette semaine).
  • Centre-ville : surtout de l’E10 et du diesel. Le SP95 ? Introuvable.
  • Sud-Ouest (Rangueil, Purpan) : quelques poches de SP95, mais les files d’attente font la une des groupes Facebook locaux.
  • Périphérie (Colomiers, Tournefeuille) : chaos pur. Certaines stations ferment leurs pompes en milieu de journée parce qu’elles n’ont plus rien à proposer.

Et demain ?

Ce que personne ne dit sur la fin du SP95

Le sans-plomb 95, c’est fini. Pas demain, pas dans cinq ans. Aujourd’hui.

Les constructeurs automobiles l’ont annoncé depuis des années : le SP95, c’est du passé. Les nouveaux moteurs tournent à l’E10, au diesel, ou carrément à l’électrique. Sauf que Toulouse, avec ses 1,5 million d’habitants et ses 800 000 véhicules, n’a pas encore fait le deuil. Les vieux bolides, les utilitaires, les taxis, tous ceux qui dépendent encore du SP95, se retrouvent lâchés.

Et les alternatives ?

  • L’E10 : 10 % d’éthanol. Ça corrode les joints, ça encrasse les injecteurs. Les garages le savent, les assurances aussi.
  • Le diesel : plus cher à l’usage, polluant, et bientôt interdit en ville.
  • Le GPL ou le GNV : des stations ? Deux dans toute l’agglomération.

Alors oui, les prix montent. Oui, les stocks s’effondrent. Oui, les automobilistes doivent faire des détours de 20 km pour trouver un plein. Mais le vrai scandale, c’est qu’on sait depuis des années que ça allait arriver. Et personne n’a rien fait.

Les raffineries ferment. Les livraisons se raréfient. Les stations suppriment le SP95 de leur offre. Et les pouvoirs publics ? Ils regardent ailleurs. Comme si c’était une fatalité.

Sauf que non. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix.

La vraie question : qui va payer l’addition ?

Derrière chaque plein introuvable, il y a un calcul. Derrière chaque station à sec, une décision. Et derrière chaque automobiliste en colère, une réalité : le SP95 n’est plus rentable. Alors soit on accepte que des millions de véhicules deviennent obsolètes du jour au lendemain, soit on trouve une solution.

Problème : les solutions, elles coûtent cher.

  • Subventionner le SP95 ? Les États européens refusent, par principe.
  • Obliger les raffineries à maintenir les stocks ? Trop contraignant.
  • Développer des stations de GPL/GNV ? Ça prend des années.

Alors on fait quoi ? On laisse les Toulousains trimer pour trouver un plein ? On attend que les prix explosent encore ? Ou on assume enfin que l’ère du sans-plomb touche à sa fin ?

Une chose est sûre : si rien ne change, ce week-end de septembre ne sera pas un accident. Ce sera le début de quelque chose de bien plus gros.

Et ça, personne n’en parle.

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R Galaxie Rédaction

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