L'État ne gagne rien, mais veut faire croire le contraire
En 2022, quand le prix du diesel a frôlé les 2 €/L, le gouvernement a sorti les grands moyens : boucliers tarifaires, remises fiscales, subventions. Résultat ? L’État a dépensé 12 milliards d’euros en deux ans pour limiter la casse (rapport Sénat, novembre 2023). Pas un centime de profit. Pourtant, aujourd’hui, on nous vend l’idée que l’État pourrait s’en mettre plein les poches si on ne l’en empêche pas. C’est comme si un restaurant vous disait : « On va vous faire payer 30 € le menu, mais on ne gardera pas la différence ». Personne n’y croit. Et pour cause : les mécanismes de redistribution existent déjà. La TVA sur les carburants est reversée à 90 % aux collectivités locales. Le reste ? Il finit dans des fonds de compensation énergétique. Alors cette nouvelle règle, c’est quoi ? Un coup de communication pour éviter que l’opposition ne crie au scandale. Sauf que le scandale, il est ailleurs.
Le vrai problème, c’est pas l’État, c’est Total et les raffineries
Quand le prix du baril explose, l’État ne fait que suivre. La vraie marge, elle est chez les majors du pétrole. En 2023, TotalEnergies a dégagé 12,5 milliards d’euros de bénéfices (rapport annuel 2023). Pas un centime de ces profits n’a été taxé à taux spécial. Pourquoi ? Parce que les exonérations fiscales sur les superprofits pétroliers sont toujours en place. Le gouvernement a bien tenté d’instaurer une contribution exceptionnelle de 30 % sur les bénéfices des énergéticiens en 2022… avant de la supprimer sous la pression des lobbies. Aujourd’hui, on nous parle de « zéro profit pour l’État », alors que les vraies marges, celles des géants du pétrole, restent intactes.
Et puis il y a les raffineries. Quand le prix du brut monte, les raffineurs ajustent leurs prix avec un délai. Résultat : en 2023, la marge moyenne des raffineries françaises a atteint 8 à 10 centimes par litre (source : UFIP, rapport 2023). Pas de quoi faire exploser les comptes de l’État, mais assez pour que les Français paient plus cher que nécessaire. Pourtant, personne ne propose de taxer ces marges. Parce que ça froisserait les actionnaires.
La règle « zéro profit » est un leurre politique
Le gouvernement sait très bien que cette mesure ne changera rien aux prix à la pompe. Elle ne fera que redistribuer des millions déjà prévus dans le budget. Le vrai enjeu, c’est ailleurs : cacher que la vraie solution, c’est de taxer les superprofits des énergéticiens. Mais ça, personne n’en parle. Pourquoi ? Parce que ça reviendrait à toucher aux intérêts des actionnaires, des lobbies, et surtout, à admettre que la dépendance au pétrole est un choix politique.
Et puis il y a un autre détail qui saute aux yeux : cette règle ne s’appliquera qu’en 2027. Soit dans quatre ans. Quatre ans où les prix continueront à monter, où les raffineurs continueront à réaliser des marges, et où l’État continuera à dépenser des milliards pour sauver les ménages. À quoi bon une règle si tardive ? À faire croire qu’on agit, sans rien changer.
Ce que personne ne dit sur les carburants
Il y a une vérité que les médias évitent soigneusement : la hausse des prix du carburant, c’est avant tout une question de demande. Plus on roule, plus on paie cher. Et plus on paie cher, plus on roule (parce que les alternatives sont chères, lises les prix de l’électricité pour les bornes de recharge). Le gouvernement pourrait imposer une taxe sur les kilomètres parcourus, comme en Suisse. Ou interdire les véhicules les plus polluants en ville. Mais non. À la place, on nous sort une règle comptable qui ne servira à rien.
Et puis il y a l’argument massue : l’État n’a jamais été aussi riche. En 2024, le déficit public devrait atteindre 5,5 % du PIB (prévisions INSEE). Mais les recettes fiscales explosent. La TVA sur l’énergie a rapporté 18 milliards en 2023, contre 14 milliards en 2020. Alors oui, redistribuer une partie de ces recettes, c’est bien. Mais c’est surtout un moyen de dire : « On fait semblant de réguler, mais on ne touche pas aux vrais leviers ».
La vraie question, c’est : et si on arrêtait de mentir ?
Cette règle « zéro profit » est un leurre. Un leurre pour éviter de parler des vraies marges, celles des pétroliers. Un leurre pour éviter de parler de la dépendance au tout-voiture. Un leurre pour éviter de parler de l’inaction climatique. Le gouvernement sait très bien que cette mesure ne changera rien aux prix. Mais elle lui permet de dire : « On fait quelque chose ».
Sauf que les Français ne sont pas dupes. Et ils ont raison. Parce que la vraie question, ce n’est pas « L’État va-t-il gagner de l’argent sur les carburants ? ». C’est « Pourquoi on continue à payer si cher, alors qu’on sait très bien que les solutions existent ? ».
Et sur ça, personne ne répond.