Chaque année, 100 hommes développent un cancer du sein sans que cela soit évoqué.

AndrĂ© Pauwels avait 39 ans quand on lui a annoncĂ© qu’il avait un cancer du sein. Une maladie rare, un tabou encore plus rare. Les mĂ©decins hĂ©sitent, les proches reculent, les patients se battent seuls. Pourquoi cette maladie reste-t-elle invisible ? Et pourquoi les hommes qui la subissent sont-ils les grands oubliĂ©s ?

Publié le 12 octobre 2026 à 20:30
Chaque année, 100 hommes développent un cancer du sein sans que cela soit évoqué.

Le diagnostic qui cloue le silence sur place

AndrĂ© Pauwels avait 39 ans, un mĂ©tier stable, une femme, deux enfants. Et un jour, en se rasant, il a senti un petit nodule sous le mamelon. Rien de grave, probablement. Sauf que non. Les examens ont confirmĂ© ce qu’il redoutait : un cancer du sein. Un cancer du sein chez un homme.

Pas de panique, pas de choc mĂ©diatique, pas de campagne de sensibilisation. Juste le vide. Parce que quand on parle de cancer du sein, on pense aux femmes. Toujours. Et quand un homme est concernĂ©, le monde mĂ©dical, les proches, parfois mĂȘme le patient lui-mĂȘme, ne savent pas comment rĂ©agir.

Chaque annĂ©e, 100 hommes en France reçoivent ce diagnostic. Cent. Pas mille, pas dix mille. Cent. Et pourtant, personne n’en parle. Pas assez, en tout cas. Pas comme pour les femmes. Pas comme pour les autres cancers. Pourquoi ? Parce que c’est un tabou dans le tabou. Une maladie qui n’existe presque pas, sauf pour ceux qui la vivent.

AndrĂ©, lui, a tenu Ă  briser le silence. Pas par bravoure, mais par nĂ©cessitĂ©. Parce qu’on lui a dit : « Vous ĂȘtes jeune, ça va passer. » Parce que sa femme a mis des mois Ă  accepter de le toucher, de l’embraser, de lui parler comme avant. Parce que les oncologues, eux, ne savent pas toujours quoi lui proposer. Les protocoles sont faits pour les femmes. Les Ă©tudes aussi.

Et puis il y a cette phrase, lĂąchĂ©e comme un couperet : « Je ne suis plus l’homme que ma femme a choisi. » Une vĂ©ritĂ© crue. Parce qu’un cancer du sein chez un homme, ce n’est pas qu’une maladie. C’est une identitĂ© qui se fissure.


Les médecins qui ne savent pas quoi faire

Quand AndrĂ© a dĂ©barquĂ© Ă  l’hĂŽpital, les choses ont mal commencĂ©. Son premier mĂ©decin a cru Ă  une infection. Personne n’y pense, chez un homme. Pas les gĂ©nĂ©ralistes, pas les urgences, pas les radiologues. Le cancer du sein masculin, c’est l’invisible.

Pourtant, les chiffres sont lĂ . Un homme sur 1 000 sera concernĂ© dans sa vie, contre une femme sur 8. Le taux de survie Ă  5 ans est de 83 %, soit presque aussi bon que pour les femmes. Mais le problĂšme, ce n’est pas la mortalitĂ©. C’est l’errance diagnostique.

« Les femmes, elles, elles savent. Elles palpent, elles connaissent les signes, elles insistent. Les hommes, non. » explique le Dr. Sophie Marceau, oncologue Ă  l’Institut Curie. « On leur dit : ‘C’est peut-ĂȘtre rien, allez voir un urologue.’ Sauf que l’urologue, lui, il ne pense pas au sein. »

Résultat : les hommes sont diagnostiqués plus tard. Plus tard, ça veut dire des tumeurs plus grosses, des métastases plus fréquentes. Et des traitements moins adaptés.

Pourquoi ? Parce que les essais cliniques ? Presque tous sont faits sur des femmes. Les seins masculins, c’est un terrain vierge. « On n’a pas les donnĂ©es, alors on improvise », reconnaĂźt une chirurgienne de Lille. Improviser avec la santĂ© de quelqu’un, c’est dĂ©jĂ  un Ă©chec.


La femme qui ne veut plus toucher son mari

Le pire, ce ne sont pas les mĂ©decins. C’est l’entourage.

AndrĂ© s’en souvient encore : « Ma femme, au dĂ©but, elle me regardait comme si j’avais la peste. Pas par peur du cancer, non. Par peur de moi. »

Un cancer du sein chez un homme, c’est une bombe Ă  retardement psychologique. La sexualitĂ©, d’abord. « Comment faire l’amour quand tu as peur de lui faire mal ? Quand tu as peur qu’il te repousse ? » Les prothĂšses, les radiothĂ©rapies, les cicatrices
 Le corps devient un champ de mines.

« Elle m’a dit un jour : ‘Je ne sais plus qui tu es.’ » Une phrase qui rĂ©sume tout. Un cancer, ça ne tue pas que le corps. Ça tue l’intimitĂ©.

Et puis il y a la honte. « Les potes, ils rigolent. ‘T’as un sein, maintenant tu fais partie du club des filles !’ » Les blagues, les regards, les silences gĂȘnĂ©s. Un homme avec un cancer du sein, c’est un paria.


Le protocole qui n’existe pas

Alors, concrĂštement, comment on soigne un homme avec un cancer du sein ? On fait comme pour les femmes. En pire.

Pas de mastectomie systĂ©matique, mais souvent oui. Pas de reconstruction systĂ©matique, mais souvent non. Les implants, ça existe pour les femmes. Pour les hommes ? « On ne sait pas, on n’a pas testĂ© », rĂ©pond un chirurgien de Bordeaux.

La chimiothĂ©rapie ? « On dose comme pour une femme de 60 ans, mĂȘme si vous en avez 30. » La radiothĂ©rapie ? « On vise large, au cas oĂč. » Personne ne prend le temps d’adapter.

Pourtant, des pistes existent. La thĂ©rapie ciblĂ©e, par exemple. Des molĂ©cules comme le tamoxifĂšne, qui bloquent les ƓstrogĂšnes (responsables de 90 % des cas chez l’homme). Sauf que les oncologues hĂ©sitent Ă  les prescrire. « On ne connaĂźt pas les effets Ă  long terme. » Traduction : « On prĂ©fĂšre jouer la sĂ©curitĂ©. »


Le combat solitaire d’un homme qui en a marre

AndrĂ©, lui, a dĂ©cidĂ© d’en parler. Pas pour les likes, pas pour la gloire. Pour que ça bouge.

Il a créé un groupe Facebook. « Cancer du sein masculin : on est lĂ . » Aujourd’hui, 3 000 membres. Des hommes du monde entier. Des hommes qui se sentent seuls.

« On se dit : ‘Toi aussi ? Mais comment tu fais ?’ » Parce que les associations ? Il n’y en a presque pas. Parce que les mĂ©decins ? Ils ne savent pas toujours oĂč chercher.

Alors AndrĂ© Ă©crit. Il tĂ©moigne. Il force les gens Ă  regarder. Parce que le tabou, c’est ça : ça existe parce qu’on fait semblant de ne pas voir.


Ce qu’il faudrait faire, mais que personne ne fait

Alors, que faire ? Trois choses, au minimum.

  1. Former les mĂ©decins. Pas juste les oncologues, mais les gĂ©nĂ©ralistes, les urgences, les urologues. « Un nodule sous le mamelon chez un homme, ça n’est pas ‘peut-ĂȘtre rien’. Ça peut ĂȘtre un cancer. »

  2. Financer des Ă©tudes spĂ©cifiques. Oui, ça coĂ»te cher. Oui, c’est long. Mais si on attend que les hommes meurent plus tard, on perd du temps. Et des vies.

  3. ArrĂȘter de faire semblant que ça n’existe pas. Une campagne de dĂ©pistage ? Oui, mais pas une campagne pour femmes, non. Une campagne pour eux. Avec des affiches, des messages clairs : « Vous aussi, palpez-vous. Vous aussi, ça peut arriver. »


André, lui, il continue. Il parle, il écrit, il milite. Parce que personne ne le fera à sa place.

Et puis un jour, peut-ĂȘtre, les 100 hommes diagnostiquĂ©s chaque annĂ©e ne seront plus des chiffres. Ils seront des visages. Des noms. Des combats.

Et ça, c’est dĂ©jĂ  une victoire.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Chaque année, 100 hommes développent un cancer du sein sans que cela soit évoqué. | R Galaxie