La France ignore les vrais coupables du cancer du sein
En 2023, 60 000 femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein en France. Un chiffre stable depuis des années. Pourtant, si on creuse, le problème n’est pas dans notre mode de vie seulement. Marc Billaud, directeur de recherche émérite au CNRS, le sait bien. Depuis des décennies, il traque les liens entre environnement et cancer. Son constat ? La France mise sur la prévention individuelle, dépistage, auto-palpation, régime équilibré, alors que les vraies causes, elles, sont ailleurs. Dans les champs traités aux pesticides, dans l’air des villes saturé de particules fines, dans les usines qui rejettent des perturbateurs endocriniens sans contrôle. Bref, dans tout ce qu’on ne voit pas.
Pourquoi s’obstiner à faire porter le fardeau aux femmes ?
Marc Billaud ne mâche pas ses mots. « On leur dit : mangez moins de graisses, buvez moins d’alcool, faites du sport. Comme si c’était leur faute si elles habitent près d’une zone industrielle ou si leur eau est contaminée par des nitrates. » Le chercheur cite une étude de l’Anses (2021) : 14 % des cancers du sein pourraient être évités en réduisant l’exposition aux perturbateurs endocriniens, ces molécules omniprésentes dans les plastiques, les cosmétiques, même certains médicaments. Pourtant, aucun plan national ne cible ces produits. « On préfère parler de mammographies et de génétique, comme si c’était une fatalité. »
Lobbies et silence politique
Pourtant, les preuves s’accumulent. En 2018, une étude de l’INSERM a montré que les femmes exposées à des pesticides avant 20 ans avaient un risque accru de 50 % de développer un cancer du sein. En 2022, le rapport de l’OMS sur les perturbateurs endocriniens a confirmé leur rôle dans l’augmentation des cas. Alors pourquoi l’action publique reste-t-elle en retard ?
« Parce que ça dérange », répond Billaud sans hésiter. Les lobbies de l’agrochimie, les industriels du plastique, les géants des cosmétiques, tous ont un intérêt à minimiser le risque. « En France, on a peur des procès, des sanctions. Alors on préfère fermer les yeux. » Résultat : pas de moratoire sur les pesticides les plus dangereux, pas de traçabilité systématique des produits chimiques dans l’air ou l’eau.
Ce que personne ne veut voir
Pire : le dépistage lui-même devient un alibi. « On dépiste massivement, mais on ne soigne pas les causes. C’est comme si on réparait une voiture en rouillant sans jamais changer l’huile. » Le chercheur pointe du doigt l’absence de politique publique cohérente. Alors que la Suède ou le Danemark ont interdit des centaines de substances toxiques, la France tergiverse. « On attend des preuves absolues, comme si les femmes devaient attendre que le cancer les frappe pour agir. »
Et si on parlait des hommes ?
Un détail qui en dit long : le cancer du sein touche aussi les hommes, mais on en parle à peine. « Parce que ça ne correspond pas à l’image qu’on se fait du cancer du sein. Pourtant, leur exposition aux mêmes polluants donne les mêmes résultats. » Preuve que le problème n’est pas biologique, mais environnemental.
Alors, que faire ?
Marc Billaud n’est pas un rêveur. « Il faut un plan national avec trois axes : interdire les pires perturbateurs endocriniens, financer des études indépendantes sur les zones à risque, et former les médecins à repérer les liens environnement-cancer. » Pas de révolution, juste du bon sens. Sauf que le bon sens, en France, ça coince souvent.
La vraie question n’est pas « Comment éviter le cancer ? », mais « Pourquoi on ne le fait pas déjà ? »
Parce que les femmes, elles, continuent de payer. Et personne ne bronche vraiment.