Le dépistage du cancer du sein reste un combat de tous les jours {#le-depistage-du-cancer-du-sein-reste-un-combat-de-tous-les-jours}
En 2023, 12 000 femmes ont appris quâelles avaient un cancer du sein en France. 12 000. Un chiffre qui claque comme un coup de poing. Pourtant, depuis 2004, le dĂ©pistage organisĂ© est gratuit, systĂ©matique, et recommandĂ© tous les deux ans pour les femmes de 50 Ă 74 ans. Alors pourquoi, en 2024, seulement 52 % des concernĂ©es y participent ?
Françoise Houle, oncologue Ă la clinique SSMT Ă Paris, le rĂ©sume en une phrase : « On a gagnĂ© des vies, mais on perd encore des femmes parce quâelles ne se prĂ©sentent pas. Et ça, câest une dĂ©faite. »
Pas de discours lisse. Pas de demi-mesure. Juste un constat : le dépistage organisé du cancer du sein est un échec partiel. Un échec qui coûte cher, en vies et en argent public.
Pourquoi les femmes ne se prĂ©sentent pas ? La rĂ©ponse est plus simple quâon ne le croit {#pourquoi-les-femmes-ne-se-presentent-pas}
On pourrait croire que câest par mĂ©connaissance. Que les femmes ignorent lâexistence du programme. Faux.
Une étude de Santé Publique France (2022) montre que 90 % des femmes savent que le dépistage existe. Alors pourquoi ne pas y aller ?
-
La peur. Pas la peur du cancer, non. La peur de la douleur, de lâattente, du rĂ©sultat. « Beaucoup me disent : âJe prĂ©fĂšre ne pas savoir.â » Françoise Houle a entendu cette phrase des centaines de fois. « Câest irrationnel, mais câest humain. »
-
Lâorganisation. « Une mammographie, câest une demi-journĂ©e de perdue : le rendez-vous, le trajet, lâattente. » Dans un pays oĂč le temps est une denrĂ©e rare, beaucoup prĂ©fĂšrent reporter. Ă leur dĂ©triment.
-
Le dĂ©ni. « Certaines pensent : âĂa ne mâarrivera pas.â » Statistiquement, 1 femme sur 8 sera touchĂ©e dans sa vie. Mais la statistique, ça rassure mal.
-
Le mĂ©pris des pouvoirs publics. « Le dĂ©pistage organisĂ©, câest bien. Mais les centres sont saturĂ©s, les dĂ©lais trop longs. » Ă Paris, certains centres proposent des rendez-vous Ă 6 semaines dâintervalle. Six semaines. Dans un pays oĂč lâon parle dâurgence vitale, câest une insulte.
Le dépistage gratuit, mais pas assez accessible {#le-depistage-gratuit-mais-pas-assez-accessible}
Oui, câest gratuit. Oui, câest remboursĂ© Ă 100 %. Mais ça ne suffit pas.
Prenez La RĂ©union. En 2023, le taux de participation Ă©tait de 38 %. 38 %. Moins de la moitiĂ©. Pourquoi ? Parce que les centres sont Ă©loignĂ©s, parce que les transports sont chers, parce que certaines femmes nâont pas le temps de sâabsenter. « On dĂ©pense des millions pour le dĂ©pistage, mais on ne dĂ©pense pas un centime pour faciliter lâaccĂšs. »
Ă lâinverse, en SuĂšde, oĂč le dĂ©pistage est automatisĂ© et mobile (des camions Ă©quipĂ©s sillonnent les campagnes), le taux de participation dĂ©passe 80 %. 80 %. La diffĂ©rence ? La logistique.
En France, on mise sur lâinformation. On envoie des lettres. On fait des campagnes TV. « Câest trop passif. » Françoise Houle est claire : « Le dĂ©pistage doit venir Ă la femme, pas lâinverse. »
Ce qui change, et ce qui ne changera pas {#ce-qui-change-et-ce-qui-ne-changera-pas}
Quelques progrĂšs existent. Lâintelligence artificielle commence Ă ĂȘtre utilisĂ©e pour revoir les mammographies et dĂ©tecter des lĂ©sions invisibles Ă lâĆil nu. Ă la clinique SSMT, par exemple, un logiciel analyse 10 000 images par an en complĂ©ment du radiologue. « Ăa rĂ©duit les faux nĂ©gatifs de 20 %. »
Mais lâIA ne rĂ©sout pas tout. Elle ne remplace pas lâacte mĂ©dical. Et surtout, elle ne change rien Ă lâaccĂšs. Une femme qui ne se prĂ©sente pas parce quâelle habite en zone rurale ou quâelle nâa pas les moyens de sâabsenter ne sera pas sauvĂ©e par une machine.
Lâautre avancĂ©e ? Les campagnes ciblĂ©es. Certaines rĂ©gions, comme les Hauts-de-France, ont mis en place des chasseuses de tĂȘte : des infirmiĂšres qui appellent les femmes en retard de dĂ©pistage. RĂ©sultat ? +15 % de participation en 2 ans.
Mais ça reste marginal. « On fait des efforts, mais câest comme si on colmatait des brĂšches avec du scotch. »
Le vrai problÚme : on sous-estime la gravité {#le-vrai-probleme-on-sous-estime-la-gravite}
Le cancer du sein, câest la premiĂšre cause de mortalitĂ© par cancer chez les femmes. PremiĂšre.
Pourtant, beaucoup le minimisent. « Oh, câest comme tout le monde, ça se soigne. » Non.
- 1 femme meurt toutes les 2 heures du cancer du sein en France.
- 1 femme sur 4 diagnostiquée à un stade avancé ne survivra pas.
- Les inĂ©galitĂ©s sociales aggravent le problĂšme : une femme issue dâun milieu dĂ©favorisĂ© a 2 fois plus de risques de mourir du cancer du sein quâune cadre supĂ©rieure.
Pourquoi ? Parce quâelle se soigne plus tard. Parce quâelle a moins accĂšs aux meilleurs traitements. Parce que personne ne lui a dit assez fort quâelle devait y aller.
Françoise Houle le dit sans dĂ©tour : « On a fait des progrĂšs, mais on a encore une mentalitĂ© de âça va passerâ. Comme pour le tabac dans les annĂ©es 80. On en est encore lĂ . »
Alors, que faire ? {#alors-que-faire}
-
Y aller. MĂȘme si. MĂȘme si câest inconfortable. MĂȘme si vous nâavez pas le temps. MĂȘme si vous avez peur. « Une mammographie, câest 10 minutes. Un cancer, câest des annĂ©es de traitement. »
-
Exiger mieux. Des centres plus proches. Des rendez-vous sous 15 jours. Des transports gratuits pour les femmes en difficultĂ©. « On dĂ©pense 500 millions dâeuros par an pour le dĂ©pistage. OĂč est passĂ© lâargent pour le rendre accessible ? »
-
ArrĂȘter de faire semblant. Le cancer du sein nâest pas une fatalitĂ©. 85 % des cas sont guĂ©rissables si dĂ©tectĂ©s tĂŽt. Mais pour ça, il faut que les femmes se prĂ©sentent. Et que les pouvoirs publics arrĂȘtent de faire semblant que tout va bien.
La derniÚre vérité, sans fard
Le dĂ©pistage organisĂ© du cancer du sein est le meilleur outil dont on dispose. Mais il ne sert Ă rien si on ne sâen sert pas.
En 2024, on en est encore Ă convaincre. Ă supplier. Ă supplier les femmes de prendre 10 minutes pour sauver leur vie.
Ăa, câest une honte.