Le dépistage du cancer du sein reste un combat de tous les jours

Un million de mammographies par an en France, mais des taux de participation en baisse. Françoise Houle, experte de la clinique SSMT, explique pourquoi ce dĂ©pistage gratuit reste une urgence, et pourquoi beaucoup de femmes s’en passent encore. Sans fard.

Publié le 16 octobre 2026 à 12:11
Le dépistage du cancer du sein reste un combat de tous les jours

Le dépistage du cancer du sein reste un combat de tous les jours {#le-depistage-du-cancer-du-sein-reste-un-combat-de-tous-les-jours}

En 2023, 12 000 femmes ont appris qu’elles avaient un cancer du sein en France. 12 000. Un chiffre qui claque comme un coup de poing. Pourtant, depuis 2004, le dĂ©pistage organisĂ© est gratuit, systĂ©matique, et recommandĂ© tous les deux ans pour les femmes de 50 Ă  74 ans. Alors pourquoi, en 2024, seulement 52 % des concernĂ©es y participent ?

Françoise Houle, oncologue Ă  la clinique SSMT Ă  Paris, le rĂ©sume en une phrase : « On a gagnĂ© des vies, mais on perd encore des femmes parce qu’elles ne se prĂ©sentent pas. Et ça, c’est une dĂ©faite. »

Pas de discours lisse. Pas de demi-mesure. Juste un constat : le dépistage organisé du cancer du sein est un échec partiel. Un échec qui coûte cher, en vies et en argent public.

Pourquoi les femmes ne se prĂ©sentent pas ? La rĂ©ponse est plus simple qu’on ne le croit {#pourquoi-les-femmes-ne-se-presentent-pas}

On pourrait croire que c’est par mĂ©connaissance. Que les femmes ignorent l’existence du programme. Faux.

Une étude de Santé Publique France (2022) montre que 90 % des femmes savent que le dépistage existe. Alors pourquoi ne pas y aller ?

  • La peur. Pas la peur du cancer, non. La peur de la douleur, de l’attente, du rĂ©sultat. « Beaucoup me disent : ‘Je prĂ©fĂšre ne pas savoir.’ » Françoise Houle a entendu cette phrase des centaines de fois. « C’est irrationnel, mais c’est humain. »

  • L’organisation. « Une mammographie, c’est une demi-journĂ©e de perdue : le rendez-vous, le trajet, l’attente. » Dans un pays oĂč le temps est une denrĂ©e rare, beaucoup prĂ©fĂšrent reporter. À leur dĂ©triment.

  • Le dĂ©ni. « Certaines pensent : ‘Ça ne m’arrivera pas.’ » Statistiquement, 1 femme sur 8 sera touchĂ©e dans sa vie. Mais la statistique, ça rassure mal.

  • Le mĂ©pris des pouvoirs publics. « Le dĂ©pistage organisĂ©, c’est bien. Mais les centres sont saturĂ©s, les dĂ©lais trop longs. » À Paris, certains centres proposent des rendez-vous Ă  6 semaines d’intervalle. Six semaines. Dans un pays oĂč l’on parle d’urgence vitale, c’est une insulte.

Le dépistage gratuit, mais pas assez accessible {#le-depistage-gratuit-mais-pas-assez-accessible}

Oui, c’est gratuit. Oui, c’est remboursĂ© Ă  100 %. Mais ça ne suffit pas.

Prenez La RĂ©union. En 2023, le taux de participation Ă©tait de 38 %. 38 %. Moins de la moitiĂ©. Pourquoi ? Parce que les centres sont Ă©loignĂ©s, parce que les transports sont chers, parce que certaines femmes n’ont pas le temps de s’absenter. « On dĂ©pense des millions pour le dĂ©pistage, mais on ne dĂ©pense pas un centime pour faciliter l’accĂšs. »

À l’inverse, en SuĂšde, oĂč le dĂ©pistage est automatisĂ© et mobile (des camions Ă©quipĂ©s sillonnent les campagnes), le taux de participation dĂ©passe 80 %. 80 %. La diffĂ©rence ? La logistique.

En France, on mise sur l’information. On envoie des lettres. On fait des campagnes TV. « C’est trop passif. » Françoise Houle est claire : « Le dĂ©pistage doit venir Ă  la femme, pas l’inverse. »

Ce qui change, et ce qui ne changera pas {#ce-qui-change-et-ce-qui-ne-changera-pas}

Quelques progrĂšs existent. L’intelligence artificielle commence Ă  ĂȘtre utilisĂ©e pour revoir les mammographies et dĂ©tecter des lĂ©sions invisibles Ă  l’Ɠil nu. À la clinique SSMT, par exemple, un logiciel analyse 10 000 images par an en complĂ©ment du radiologue. « Ça rĂ©duit les faux nĂ©gatifs de 20 %. »

Mais l’IA ne rĂ©sout pas tout. Elle ne remplace pas l’acte mĂ©dical. Et surtout, elle ne change rien Ă  l’accĂšs. Une femme qui ne se prĂ©sente pas parce qu’elle habite en zone rurale ou qu’elle n’a pas les moyens de s’absenter ne sera pas sauvĂ©e par une machine.

L’autre avancĂ©e ? Les campagnes ciblĂ©es. Certaines rĂ©gions, comme les Hauts-de-France, ont mis en place des chasseuses de tĂȘte : des infirmiĂšres qui appellent les femmes en retard de dĂ©pistage. RĂ©sultat ? +15 % de participation en 2 ans.

Mais ça reste marginal. « On fait des efforts, mais c’est comme si on colmatait des brĂšches avec du scotch. »

Le vrai problÚme : on sous-estime la gravité {#le-vrai-probleme-on-sous-estime-la-gravite}

Le cancer du sein, c’est la premiĂšre cause de mortalitĂ© par cancer chez les femmes. PremiĂšre.

Pourtant, beaucoup le minimisent. « Oh, c’est comme tout le monde, ça se soigne. » Non.

  • 1 femme meurt toutes les 2 heures du cancer du sein en France.
  • 1 femme sur 4 diagnostiquĂ©e Ă  un stade avancĂ© ne survivra pas.
  • Les inĂ©galitĂ©s sociales aggravent le problĂšme : une femme issue d’un milieu dĂ©favorisĂ© a 2 fois plus de risques de mourir du cancer du sein qu’une cadre supĂ©rieure.

Pourquoi ? Parce qu’elle se soigne plus tard. Parce qu’elle a moins accùs aux meilleurs traitements. Parce que personne ne lui a dit assez fort qu’elle devait y aller.

Françoise Houle le dit sans dĂ©tour : « On a fait des progrĂšs, mais on a encore une mentalitĂ© de ‘ça va passer’. Comme pour le tabac dans les annĂ©es 80. On en est encore lĂ . »

Alors, que faire ? {#alors-que-faire}

  1. Y aller. MĂȘme si. MĂȘme si c’est inconfortable. MĂȘme si vous n’avez pas le temps. MĂȘme si vous avez peur. « Une mammographie, c’est 10 minutes. Un cancer, c’est des annĂ©es de traitement. »

  2. Exiger mieux. Des centres plus proches. Des rendez-vous sous 15 jours. Des transports gratuits pour les femmes en difficultĂ©. « On dĂ©pense 500 millions d’euros par an pour le dĂ©pistage. OĂč est passĂ© l’argent pour le rendre accessible ? »

  3. ArrĂȘter de faire semblant. Le cancer du sein n’est pas une fatalitĂ©. 85 % des cas sont guĂ©rissables si dĂ©tectĂ©s tĂŽt. Mais pour ça, il faut que les femmes se prĂ©sentent. Et que les pouvoirs publics arrĂȘtent de faire semblant que tout va bien.

La derniÚre vérité, sans fard

Le dĂ©pistage organisĂ© du cancer du sein est le meilleur outil dont on dispose. Mais il ne sert Ă  rien si on ne s’en sert pas.

En 2024, on en est encore à convaincre. À supplier. À supplier les femmes de prendre 10 minutes pour sauver leur vie.

Ça, c’est une honte.

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R Galaxie Rédaction

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