Le camp citoyen Ugb a testé des étudiants sur leur limite

Pendant quinze jours, 500 Ă©tudiants ont troquĂ© les nuits blanches et les dĂ©bats sans fin contre le rĂ©veil Ă  5h30, les ordres secs et les silences pesants. L’expĂ©rience, menĂ©e par l’Ugb et l’État-major, rĂ©vĂšle moins une volontĂ© de former des soldats que de casser des habitudes. Mais Ă  quel prix ?

Publié le 22 septembre 2026 à 14:03
Le camp citoyen Ugb a testé des étudiants sur leur limite

Le camp citoyen Ugb a testé des étudiants sur leur limite

Le premier jour, ils ont reçu leur tenue : treillis vert kaki, baskets montantes, et un carnet de bord oĂč noter chaque dĂ©tail. Pas de tĂ©lĂ©phone. Pas de Wi-Fi. Juste un numĂ©ro d’appel d’urgence, valable en cas de « problĂšme mĂ©dical grave ». Le reste ? À gĂ©rer seul. Ou en groupe. Peu importe.

500 Ă©tudiants de l’UniversitĂ© Gaston Berger (Ugb), Ă  Saint-Louis, ont dĂ©couvert en 2026 ce que signifie vraiment se lever tĂŽt. Pas pour un cours, pas pour une soirĂ©e, mais pour un rĂ©veil Ă  5h30, suivi de 30 minutes de footing sous la chaleur du matin, avant l’appel et le petit-dĂ©jeuner sec : cafĂ© noir, biscuits durs, et un morceau de pain si vous avez de la chance. L’expĂ©rience, organisĂ©e en partenariat avec l’État-major gĂ©nĂ©ral des armĂ©es, s’appelle le Camp citoyen. Officiellement, il s’agit de « forger des esprits disciplinĂ©s, prĂȘts Ă  affronter les dĂ©fis de la vie active ». Officieusement ?

Ce qui se joue derriÚre les exercices de tir et les marches forcées.

L’Ugb n’est pas une Ă©cole militaire. C’est une universitĂ© publique, avec ses amphis bondĂ©s, ses dĂ©bats houleux sur l’actualitĂ©, et cette tendance sĂ©nĂ©galaise Ă  Ă©tirer les horaires jusqu’à 22h, voire minuit, sans que personne ne bronche. Sauf que lĂ , pendant deux semaines, les Ă©tudiants ont Ă©tĂ© plongĂ©s dans un autre monde : celui des consignes claires, des punitions immĂ©diates, et d’une hiĂ©rarchie qui ne nĂ©gocie pas. « On nous a dit que c’était pour nous prĂ©parer Ă  la vie professionnelle », raconte Amadou Diop, 22 ans, en licence de droit. « Sauf que personne ne nous a expliquĂ© pourquoi un patron aurait besoin qu’on court 10 km sous 35 degrĂ©s. »

Le camp, inspirĂ© des programmes de citoyennetĂ© militaire en vigueur dans certains pays africains, repose sur un postulat simple : les jeunes gĂ©nĂ©rations manquent de rigueur. « Ils sont trop individualistes, trop habituĂ©s Ă  tout obtenir sans effort », rĂ©sume un officier de l’État-major, sous couvert d’anonymat. La rĂ©ponse ? Les soumettre Ă  une discipline de fer. RĂ©veil Ă  l’heure. Rangement impeccable. Silence absolu pendant les repas. Et surtout : obĂ©issance sans discussion.

Le chiffre qui en dit long sur l’échec partiel de l’opĂ©ration.

Sur les 500 participants, 12 ont abandonnĂ© avant la fin. Officiellement, pour « raisons personnelles ». Officieusement, parce que certains ont craquĂ©. « Le troisiĂšme jour, j’ai pleurĂ© », avoue AĂŻssatou Ndiaye, 21 ans, en master de gestion. « Pas de larmes autorisĂ©es, bien sĂ»r. Juste un regard vers le ciel en serrant les dents. » Les autres ont tenu. Mais Ă  quel prix ?

Un rapport interne de l’Ugb, consultĂ© par nos soins, rĂ©vĂšle que seulement 38 % des participants ont validĂ© l’intĂ©gralitĂ© des modules (sport, survie, gestion du stress). Les autres ont eu des notes en dessous de la moyenne, notamment sur les exercices de cohĂ©sion d’équipe. « Le problĂšme, c’est que la discipline militaire ne se dĂ©crĂšte pas », analyse un ancien instructeur des forces armĂ©es, qui a refusĂ© de participer Ă  l’opĂ©ration. « Vous pouvez forcer des gens Ă  marcher droit et Ă  saluer, mais vous ne leur apprendrez pas Ă  travailler ensemble sous pression. »

Pourquoi l’État-major s’est-il embarquĂ© dans ce projet ?

La rĂ©ponse se trouve peut-ĂȘtre dans un chiffre du ministĂšre de la DĂ©fense sĂ©nĂ©galais : seulement 42 % des jeunes diplĂŽmĂ©s du supĂ©rieur trouvent un emploi dans les 6 mois suivant leur sortie d’études (source : rapport 2025 de l’Agence nationale de la statistique et de la dĂ©mographie). Le camp citoyen, prĂ©sentĂ© comme une « solution innovante » par le recteur de l’Ugb, serait alors une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de « recaler » des Ă©tudiants sur des standards
 militaires.

Sauf que la rĂ©alitĂ© est plus crude. « On nous a vendus ça comme une aventure », lance Bakary Fall, 23 ans, en informatique. « En vrai, c’était une façon de nous dire : ‘Vous ĂȘtes trop mous, alors on va vous casser pour vous remettre en forme.’ » Personne ne nie que certains en sont sortis plus endurants. Mais personne ne peut prouver que cette mĂ©thode fonctionne sur le long terme.

Ce que personne ne dit sur les « retombées » du camp.

Les organisateurs parlent de « succĂšs ». Les participants, eux, gardent le silence. Ou presque. « Maintenant, on sait ce que c’est que d’avoir faim, soif, et de devoir continuer », lance Fatoumata Diallo, 20 ans. « Mais est-ce que ça va nous aider Ă  trouver un boulot ? Non. Est-ce que ça va changer notre façon de penser ? Peut-ĂȘtre. Mais pas comme ils le veulent. »

Le camp citoyen Ugb 2026 a rempli son objectif : casser des habitudes. Reste Ă  savoir si ça servira Ă  quelque chose. Pour l’instant, une chose est sĂ»re : les Ă©tudiants ne reviendront pas de sitĂŽt. « La prochaine fois, je signe pour un stage en entreprise », conclut Amadou Diop. « MĂȘme si je dois faire des nuits blanches devant mon ordinateur. »

La vraie question, c’est celle qu’on n’a pas posĂ©e.

Pourquoi l’Ugb et l’armĂ©e ont-ils choisi de former des citoyens Ă  la militaire plutĂŽt qu’à la citoyenne ? Parce que la discipline, ça se mesure. La rĂ©flexion, non.

Et ça, personne ne veut en parler.

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R Galaxie Rédaction

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