La France a remplacé les ouvriers par des cadres, et ça ne marche plus

Entre 1968 et aujourd’hui, les cadres ont quintuplé en nombre. Mais aujourd’hui, le ralentissement des embauches et l’IA les rattrapent. Pourquoi cette classe moyenne supérieure, jadis triomphante, vacille-t-elle ?

Publié le 13 octobre 2026 à 18:19
La France a remplacé les ouvriers par des cadres, et ça ne marche plus

Le mythe du cadre invincible

En 1968, la France comptait 1,2 million de cadres. Aujourd’hui, plus de 6 millions. Un chiffre qui claque comme une porte. On nous a vendu l’idée que le progrès, c’était ça : des gens en costume, des diplômes qui brillent, des postes avec des titres à rallonge. Mais derrière les statistiques, il y a une réalité moins reluisante. Les embauches de cadres ont chuté de 12 % en 2023 selon l’Apec. Douze pour cent. C’est plus qu’une baisse, c’est un signal. Et personne ne bronche.

Pourquoi ? Parce que les cadres, vous voyez, c’est devenu une classe qui se croit à l’abri. Ils ont leurs CDI, leurs mutuelles, leurs primes. Ils ont oublié que le monde change. Et le monde, aujourd’hui, c’est l’IA qui grignote leurs tâches. Pas demain. Maintenant. Un rapport de McKinsey estime que 30 % des missions des cadres intermédiaires pourraient être automatisées d’ici 2030. Trente pour cent. Pas dans dix ans. Dans sept ans. Et après ?

Ils se raccrochent à leurs titres. ‘Chef de projet’, ‘responsable’, ‘directeur’. Des mots qui sonnent bien, mais qui cachent une vérité : beaucoup de ces postes, c’est du vent. Des réunions inutiles, des mails à n’en plus finir, des tableaux Excel qui ne servent à rien. Et l’IA, elle, fait mieux. Plus vite. Moins cher. Sans râler.

L’illusion du statut

Prenez TotalEnergies. En 2022, l’entreprise a supprimé 4 500 postes. Des cadres, pour beaucoup. Pas des ouvriers. Parce que les ouvriers, eux, sont partis depuis longtemps. Les usines ont fermé, les mines aussi. Reste les tours de verre, les open spaces, les ‘collaborateurs’. Mais quand l’économie ralentit, qui licencie en premier ? Les cadres. Pas les ouvriers. Parce que les ouvriers, ils sont déjà partis. Ou morts. Ou en CDD. Les cadres, eux, croyaient avoir un statut. Une bulle. Sauf que la bulle a une fuite.

Et puis il y a l’IA. Pas besoin d’embaucher un ‘data analyst’ quand un algorithme fait le boulot en trois clics. Pas besoin d’un ‘chef de produit’ quand une IA génère des briefs mieux que quiconque. Les entreprises regardent leurs coûts. Et elles voient que les cadres, finalement, ça coûte cher. Très cher.

Le piège des diplômes

Vous avez fait HEC ? Parfait. Vous avez un master en gestion ? Très bien. Vous parlez anglais ? Excellent. Sauf que le marché ne suit plus. Les grandes écoles crachent des diplômés à tour de bras, mais les entreprises recrutent moins. Résultat : des jeunes cadres surqualifiés qui enchaînent les CDD, les missions courtes, les contrats précaires. L’Apec parle de ‘cadres en précarité’. Une oxymore. Parce qu’un cadre, ça devait être stable. Sauf que non.

Et les anciens ? Ceux qui ont 40, 50 ans ? Ils tiennent encore. Pour l’instant. Mais quand ils partiront à la retraite, qui les remplacera ? Pas les jeunes. Parce que les jeunes, ils veulent autre chose. Ils ne veulent plus être des ‘cadres’. Ils veulent être des entrepreneurs, des freelances, des nomades digitaux. Ils ne veulent plus de la prison dorée du 9-5.

Ce que personne ne dit

Le vrai problème, c’est que la France a misé sur les cadres. Pendant des décennies. On a fermé les usines, on a délocalisé, on a viré les ouvriers. Et on a cru que les cadres, eux, seraient les nouveaux piliers de l’économie. Sauf que les cadres, ça ne suffit pas. Une économie, ça se construit avec des mains qui fabriquent, pas avec des esprits qui théorisent.

Et aujourd’hui, les cadres sont coincés. Entre un marché du travail qui ne les veut plus vraiment et une IA qui leur vole leur boulot, ils réalisent trop tard qu’ils n’étaient qu’un leurre. Un leurre de plus.

L’après-cadre

Alors quoi, maintenant ? Faut-il pleurer sur le sort des cadres ? Non. Faut-il les plaindre ? Encore moins. Faut-il leur trouver des solutions ? Peut-être. Mais d’abord, faut-il admettre une chose : la France a fait une erreur. Une grosse erreur. Elle a cru que le progrès, c’était de remplacer les ouvriers par des cadres. Sauf que les cadres, comme les ouvriers avant eux, sont devenus une variable d’ajustement.

L’IA va continuer à grignoter. Les embauches vont continuer à ralentir. Et les cadres, eux, vont devoir se réinventer. Ou disparaître. Comme les ouvriers avant eux.

C’est comme ça. Pas de morale là-dedans. Juste une réalité. La France a changé de classe dominante. Et la nouvelle ne tient pas ses promesses.

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R Galaxie Rédaction

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