Le Burkina Faso rétablit la peine de mort après six ans d'abolition

L’Assemblée législative du Burkina Faso a voté à l’unanimité pour réintroduire la peine capitale dans le Code pénal. Une décision brutale qui marque un tournant politique et judiciaire. Pourquoi ce revirement ? Et quelles conséquences pour les droits humains dans le pays ?

Publié le 21 octobre 2026 à 16:00
Le Burkina Faso rétablit la peine de mort après six ans d'abolition

Le retour de la guillotine au Burkina Faso, six ans après son abolition

C’était une promesse de campagne, une ligne rouge tracée par les putschistes en 2015 : le Burkina Faso allait tourner la page des excès judiciaires. En 2018, le pays abolissait enfin la peine de mort. Six ans plus tard, l’Assemblée législative vient de la rétablir, à l’unanimité. Pas de débat, pas de contestation. Juste un vote, sec et sans appel. Comme si la vie des condamnés n’avait plus d’importance.

Pourtant, en 2018, le ministre de la Justice de l’époque, Ousséni Tamboura, justifiait cette abolition par un argument simple : « La peine de mort n’a jamais dissuadé les crimes. Elle ne ramène pas les morts. » Aujourd’hui, ce même argument tombe à l’eau. La junte au pouvoir, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, assume le revirement. « Le sentimentalisme, c’est fini », a lâché un député sans sourciller. Traduction : la peur prime sur la morale.

Mais derrière ce retour brutal de la peine capitale, il y a autre chose. Une stratégie politique, une réponse à l’insécurité, et surtout, un message clair envoyé aux groupes armés qui ravagent le pays.

L’insécurité comme prétexte, la répression comme solution

Le Burkina Faso est en guerre. Pas une guerre déclarée, non. Une guerre silencieuse, où les attaques contre les forces de sécurité et les civils se multiplient. Selon l’ONU, plus de 1,5 million de personnes ont été déplacées depuis 2015 à cause des violences liées au terrorisme. Les groupes jihadistes, présents dans le nord et l’est, contrôlent des zones entières. Et la réponse de l’État ? Plus de fermeté. Plus de répression.

La peine de mort, c’est l’arme ultime. Un symbole. « On envoie un message : si vous tuez nos soldats, on vous tuera aussi », résume un officier sous couvert d’anonymat. Sauf que ça ne marche pas comme ça. Les jihadistes ne sont pas des citoyens burkinabè. Ils ne sont pas condamnés par des tribunaux burkinabè. Ils ne seront pas exécutés par des bourreaux burkinabè.

Alors à qui s’adresse vraiment cette menace ? Aux opposants politiques ? Aux journalistes critiques ? Aux simples citoyens accusés à tort ?

Prenez le cas de Zéphirin Diabré, un enseignant condamné à mort en 2020 pour « complicité de terrorisme ». Les preuves ? Des témoignages douteux, des aveux arrachés sous la torture, selon Amnesty International. Aujourd’hui, avec la réintroduction de la peine capitale, son sort est scellé. Et personne ne bronche.

L’Europe et les ONG ferment les yeux

En 2018, l’abolition de la peine de mort au Burkina Faso avait été saluée par la communauté internationale. L’Union européenne avait même débloqué des fonds pour « renforcer l’État de droit ». Aujourd’hui, silence radio. Pas un mot de Bruxelles. Pas une condamnation de la part des grands défenseurs des droits humains.

Pourquoi ? Parce que le Burkina Faso n’est pas un pays stratégique. Parce que l’Europe a d’autres priorités. Parce que, au fond, quand un pays africain rétablit la peine de mort, ça ne choque plus personne.

Sauf pour les ONG locales. « C’est une régression terrible », dénonce Alassane Ouédraogo, directeur de l’ONG Balai Citoyen. « La junte utilise l’insécurité comme excuse pour museler toute opposition. La peine de mort, c’est l’outil parfait pour ça. »

Mais les ONG burkinabè n’ont plus les moyens de se battre. Leurs financements sont en baisse. Leurs membres sont menacés. Et l’Europe ? Elle regarde ailleurs.

Ce que ça change pour les Burkinabè

Pour l’instant, rien. La peine de mort n’a jamais été appliquée depuis 1988. Mais avec sa réintroduction, tout peut basculer.

D’abord, parce que les condamnations à mort vont se multiplier. Les tribunaux militaires, déjà connus pour leur partialité, vont avoir les mains libres. Ensuite, parce que la peur va s’installer. Les gens vont avoir peur de parler. Peur de dénoncer. Peur de se révolter.

Et puis, il y a le symbole. Le Burkina Faso envoie un message : « Ici, la loi, c’est nous. Et si vous ne nous obéissez pas, vous mourrez. »

C’est une logique de guerre. Pas de justice. Pas de droit. Juste la loi du plus fort.

La fin d’une illusion

En 2018, l’abolition de la peine de mort était présentée comme une victoire de la démocratie. Une preuve que le Burkina Faso évoluait. Aujourd’hui, on voit la réalité : la junte n’a jamais eu l’intention de jouer selon les règles.

Le retour de la peine capitale, ce n’est pas une surprise. C’est la confirmation d’un choix politique : le Burkina Faso n’est plus un pays où les droits humains ont de la valeur. C’est un pays où l’État décide qui vit et qui meurt.

Et vous savez quoi ? Personne ne va lever le petit doigt.

Pas les voisins. Pas les partenaires internationaux. Pas même les Burkinabè eux-mêmes, trop occupés à survivre.

Alors oui, le sentimentalisme est fini. Mais ce qui arrive, c’est une tragédie. Et personne ne semble s’en soucier.

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R Galaxie Rédaction

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