L'État finance six EPR2 jusqu'en 2090 sans savoir combien ça coûtera vraiment

Le projet de budget 2027 retire 120 millions aux énergies renouvelables pour garantir sans limite les prêts du Livret A aux EPR2 d'EDF. Une décision qui pose une question simple : comment justifier un tel choix quand même les coûts ne sont pas maîtrisés ?

Publié le 5 octobre 2026 à 06:07
L'État finance six EPR2 jusqu'en 2090 sans savoir combien ça coûtera vraiment

Le Livret A, ce petit compte bleu que tout le monde ouvre sans y penser, va devenir le banquier des six réacteurs EPR2 d’EDF. Pourquoi ? Parce que l’État a décidé, dans le projet de budget 2027, de garantir gratuitement les prêts qu’il financera via ce livret, jusqu’en 2090. Sans plafond. Sans estimation claire du coût. Juste une promesse en blanc, signée quelque part entre un bureau de Bercy et les calculs d’EDF. Le détail qui saute aux yeux ? Ce cadeau se paie sur le dos des énergies renouvelables : 120 millions d’euros en moins pour le solaire, l’éolien, la géothermie. Autrement dit, on mise sur le nucléaire du futur en étrillant celui du présent. Stéphane His, ingénieur et spécialiste de l’énergie, le résume sans détour dans une tribune au Monde : « On donne des milliards à un projet dont on ne maîtrise même pas les coûts, alors qu’on prive les renouvelables de moyens déjà insuffisants. » Le problème, c’est que personne ne sait combien ça va coûter.

Un prĂŞt garanti, mais Ă  quel prix ?

EDF a besoin de 50 milliards d’euros pour construire ses EPR2. Le Livret A, avec ses 500 milliards d’euros d’épargne, est une caisse de résonance parfaite. Sauf que personne ne sait combien l’État va devoir rembourser. Pourquoi ? Parce que la garantie est illimitée : si les taux montent, si les marchés paniquent, si EDF fait défaut, l’État paiera. Or, les EPR2 ont déjà pris du retard. Le premier, à Penly, ne sera pas prêt avant 2033. Le deuxième, à Gravelines, suivra. Et les coûts explosent. Une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que le nucléaire coûte 20 à 50 % plus cher que les renouvelables pour produire la même quantité d’électricité. Pourtant, on mise tout sur ces réacteurs.

Le pire ? La Commission européenne a validé ce mécanisme en 2023, sous condition que les prêts soient « durables ». Sauf que le Livret A, lui, n’a aucune contrainte environnementale. On contourne les règles pour financer du nucléaire, alors que les renouvelables étouffent.

Les renouvelables, les grands perdants du deal

120 millions en moins pour les énergies vertes. Ça semble peu, mais c’est un coup de massue. Pourquoi ? Parce que ces 120 millions, c’était déjà une goutte d’eau. L’objectif de la France est de porter les renouvelables à 40 % de sa production d’ici 2030. Sauf que sans investissements, ça ne marchera pas.

Prenez l’éolien. Un parc éolien en mer coûte entre 3 et 5 milliards d’euros. Un seul EPR2, lui, en coûte 10. Alors oui, un réacteur, c’est symbolique. Mais un parc éolien, ça crée des emplois, ça réduit la facture électrique, et ça ne dépend pas d’un fournisseur de uranium. Pourquoi sacrifier l’un pour l’autre ?

La réponse, c’est simple : parce que le nucléaire, c’est du long terme. Et que les renouvelables, c’est du court terme. Sauf que le court terme, c’est aussi celui des factures qui explosent et des black-outs. En 2022, la France a dû importer de l’électricité parce qu’elle n’en avait pas assez. Aujourd’hui, on mise sur des réacteurs qui ne seront pas là avant 10 ans.

EDF, l’État et le grand jeu des responsabilités

EDF a besoin de ces EPR2 pour rester compétitif. Mais le problème, c’est qu’EDF, c’est aussi un groupe public. Donc en théorie, c’est l’État qui devrait en assumer les risques. Sauf que l’État, lui, ne veut pas payer. Alors il invente un tour de passe-passe : il fait croire que le Livret A est un acteur privé, et hop, la garantie est là.

Le piège, c’est que le Livret A, c’est vous. Votre épargne. Votre argent. Et donc, en fin de compte, vos impôts. Parce que si EDF fait faillite, ce sera à l’État de racheter la note. Et donc à vous de la payer.

Alors oui, les EPR2, c’est du nucléaire « nouveau modèle ». Sauf que le modèle, il est toujours le même : des coûts qui dérapent, des délais qui s’allongent, et des factures qui finissent par retomber sur les contribuables.

Le vrai débat n’est pas technique, il est politique

On nous dit que les EPR2 sont « nécessaires » pour la souveraineté énergétique. Mais à quel prix ? Celui d’une dette qui explose ? Celui d’une transition énergétique gelée ? Celui d’une dépendance accrue à l’uranium, dont la France importe déjà 30 % de ses besoins ?

Le vrai choix, c’est celui-ci : soit on mise sur le nucléaire et on enterre les renouvelables, soit on accélère la transition et on assume ses coûts. Or, aujourd’hui, on fait les deux. On étouffe les énergies vertes avec une main, et on donne des milliards à EDF avec l’autre.

Le résultat ? Un budget 2027 qui sent le nucléaire jusqu’au bout des ongles, alors que le reste du monde court après le solaire et l’éolien. La France, elle, regarde vers l’arrière.

2090, l’année où tout peut s’effondrer

La garantie de l’État court jusqu’en 2090. Soit dans 67 ans. Soit dans une époque où les EPR2 seront peut-être déjà obsolètes. Soit dans un monde où l’électricité sera peut-être 100 % renouvelable.

Le problème, c’est qu’on ne sait pas. On ne sait pas si ces réacteurs seront rentables. On ne sait pas si l’État tiendra ses engagements. On ne sait même pas combien ça coûtera.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que les renouvelables, eux, ont besoin d’argent maintenant. Pas dans 20 ans. Maintenant. Alors pourquoi leur voler des millions pour les donner à un projet dont on ne maîtrise ni les coûts ni les risques ?

La réponse est simple : parce que personne ne veut assumer les choix difficiles. On préfère financer du nucléaire avec l’argent des autres, et espérer que ça marcherait. Sauf que l’histoire du nucléaire français, c’est une longue série d’échecs. Flamanville, Olkiluoto, Taishan… Les EPR, c’est toujours le même film : retard, surcoût, et puis on recommence.

Alors oui, les EPR2, c’est l’avenir. Mais à quel prix ? Celui d’une transition énergétique étouffée. Celui d’une dette qui grandit. Celui d’un pays qui regarde ses voisins faire mieux, pendant qu’il mise sur des réacteurs qui ne seront peut-être jamais rentables.

*La vraie question, ce n’est pas « Est-ce que les EPR2 marcheront ? » *C’est « Qui paiera l’addition quand ils ne marcheront pas ? »

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
L'État finance six EPR2 jusqu'en 2090 sans savoir combien ça coûtera vraiment | R Galaxie