Le 15 novembre 2023, le Premier ministre Sébastien Lecornu a posé un ultimatum : pour boucler le budget 2027, il faut trouver 54 milliards d’euros d’économies. Pas une ligne de plus. Pas de miracle. Juste des ciseaux. Et Jordan Bardella, lui, a sorti son marteau : « Il faut des économies dans le train de vie de l’État. » Traduction : on va serrer là où ça fait mal, mais pas trop. Pas assez pour énerver les lobbies, pas assez pour faire mal aux Français. Juste assez pour dire qu’on fait des efforts. Sauf que les chiffres, eux, ne mentent pas. Et ils montrent une chose simple : ces économies, on les fait déjà. Sur le dos des autres.
L’État qui se serrait la ceinture depuis 2022
En 2022, l’État avait déjà annoncé 10 milliards d’économies. En 2023, il en a trouvé 15 autres. Résultat ? Les dépenses publiques reculent. Les salaires des fonctionnaires stagnent. Les investissements dans les hôpitaux et les écoles sont gelés. Sauf que ça ne suffit pas. Parce que l’inflation, elle, ne baisse pas. Parce que les retraites, elles, montent. Parce que les niches fiscales, elles, coûtent cher. Et parce que les marchés, eux, veulent toujours plus de croissance. Alors Lecornu a sorti son grand jeu : « On va réduire les dépenses de fonctionnement. » Traduction : on va rogner sur les petits budgets, pas sur les gros. Les ministères vont devoir se serrer la ceinture. Les collectivités aussi. Mais pas les grands contrats.
Le détail qui pique : les 3 milliards de la Défense
Oui, vous avez bien lu. Dans un contexte où l’Ukraine résiste encore et où la Chine muscle ses bases militaires, le gouvernement annonce 3 milliards d’économies sur le budget de la Défense. Pas une réduction drastique, non. Juste une « optimisation ». Comme si on pouvait optimiser une armée sans la vider de ses moyens. Le ministère des Armées, lui, a réagi en interne : « On va supprimer des postes, reporter des investissements, et peut-être annuler quelques commandes. » Traduction : des sous-traitants comme Naval Group ou Thales vont devoir se serrer la ceinture. Mais pas l’armée elle-même.
Bardella et son train de vie fantôme
Jordan Bardella, lui, a un argument simple : « L’État dépense trop. Son train de vie est un scandale. » Sauf que quand on creuse, on tombe sur une réalité moins glamour. Le « train de vie » de l’État, c’est quoi ? Les salaires des ministres ? Les frais de représentation ? Les voyages en première classe ? Non. C’est surtout les dépenses de fonctionnement : les bâtiments, les informatiques, les communications.
En 2023, le budget du « train de vie » représentait 0,5 % des dépenses publiques. 0,5 %. Soit environ 2,5 milliards d’euros. Bardella en veut plus. Lecornu, lui, propose des économies sur les subventions aux collectivités, les aides aux entreprises et les dépenses sociales. Mais pas sur les salaires des hauts fonctionnaires. Pas sur les primes des ministres. Pas sur les frais de cabinet.
Le vrai problème : les niches fiscales
Le vrai gouffre, personne n’en parle. Les niches fiscales coûtent 100 milliards par an. 100. Cent. Soit près de deux fois le budget de l’Éducation nationale.
- La défiscalisation des heures supplémentaires ? 3,5 milliards.
- Les exonérations de cotisations patronales ? 20 milliards.
- Les réductions d’impôts pour les investissements locatifs ? 15 milliards.
Personne ne touche à ça. Parce que ça ferait trop de mécontents. Parce que les lobbies sont trop puissants. Parce que les partis politiques ont trop peur de perdre des voix. Alors on serre sur les retraites des fonctionnaires. On réduit les budgets des hôpitaux. On annule des lignes de métro.
Ce que ça veut dire pour vous
Si vous êtes fonctionnaire, attendez-vous à des geles de salaires. Si vous êtes retraité, vos pensions pourraient encore baisser. Si vous êtes étudiant, les bourses seront revues à la baisse. Mais si vous êtes patron d’une grande entreprise, vos impôts ne bougeront pas.
Le gouvernement joue un jeu dangereux : il fait semblant de serrer la ceinture, mais il ne touche pas aux vrais leviers. Les 54 milliards de Lecornu, c’est du cosmétique. Les économies de Bardella, c’est du théâtre. Le vrai combat, lui, commence maintenant.
La question qui tue : et si on arrêtait de mentir ?
En 2017, Emmanuel Macron avait promis de réduire la dette. Résultat ? Elle a explosé. En 2022, Gabriel Attal avait promis de stabiliser les dépenses. Résultat ? Elles continuent de monter. Aujourd’hui, Lecornu et Bardella promettent des économies. Mais sans toucher aux vrais postes de dépenses.
Alors soit on accepte que l’État soit un gouffre. Soit on se réveille.
Le piège des apparences
Le problème, c’est que personne ne veut assumer les vraies réformes. Réformer les retraites ? Trop risqué. Supprimer les niches fiscales ? Trop impopulaire. Augmenter les impôts des riches ? Trop radical. Alors on fait semblant. On annonce des économies. On serre sur les petits budgets. Et on laisse les grands intérêts tranquilles.
Résultat : les Français paient. Toujours. Et l’État continue de dépenser comme si de rien n’était.
Le dernier mot : une bataille perdue d’avance
Ce budget 2027, c’est du bluff. 54 milliards, c’est presque rien. La dette publique, elle, dépasse les 3 000 milliards. Les dépenses sociales, elles, représentent 60 % du budget de l’État. Alors oui, on peut serrer ici ou là. Mais ça ne changera rien.
Le vrai combat, ce n’est pas les économies. C’est la croissance. Et là, personne n’a de réponse.
Alors on attend. On regarde. Et on paie.