Lula et Bolsonaro se tirent dans les pieds sur Meta, et personne ne gagne vraiment là-dedans
Le Brésil est à deux doigts d’un second tour historique. Lula en tête, Bolsonaro qui refuse de lâcher prise, et les sondages qui se serrent comme des étaux : 49 % contre 48 % pour l’Institut Datafolha, 50-50 pour le Quaest. Mais au lieu de se concentrer sur le débat ou les programmes, les deux hommes préfèrent jouer les avocats devant la justice électorale. Ils accusent Meta, Facebook, Instagram, WhatsApp, de manipuler l’information, de favoriser l’un ou l’autre, de propager des fake news. Sauf que leur plainte tombe à plat.
Pourquoi ? Parce que Meta, c’est comme un miroir : vous vous y regardez, vous y voyez votre propre merde. Et là, les deux candidats se sont retrouvés face à face, avec leurs propres mensonges, leurs propres stratégies de désinformation, leurs propres comptes qui crèvent l’écran. Leur procès, c’est un peu comme si deux voleurs se plaignaient au commissariat parce que l’autre a mieux volé que lui.
Meta, le bouc émissaire parfait pour deux lâches
Meta, c’est le parfait exutoire. Un géant américain, une plateforme mondiale, un truc si gros que personne ne peut le contrôler. Alors autant accuser eux plutôt que d’avouer que vos propres équipes, vos propres discours, vos propres relais sont en train de pourrir l’élection.
Prenez Bolsonaro. Son camp a passé quatre ans à inonder les réseaux de théories du complot. Vaccins qui tuent, élections volées, Lula complice des trafiquants. Et maintenant, il fait semblant de s’indigner parce que Meta ne supprime pas assez vite les posts qui le diffament. Hypocrisie ? Non, pire : une stratégie de diversion. Si vous passez votre temps à hurler contre les autres, personne ne vous demande des comptes sur vos propres conneries.
Côté Lula, c’est la même comédie. Son gouvernement a été accusé à plusieurs reprises de censurer les médias critiques, de bloquer des comptes, de jouer avec les algorithmes. Mais aujourd’hui, c’est Meta le méchant. Parce que c’est plus facile de pointer du doigt Zuckerberg que d’admettre que votre propre machine politique est une passoire à fake news.
Un exemple ? En 2022, le Tribunal Supérieur Électoral (TSE) brésilien a interdit à Bolsonaro de faire des déclarations politiques sur les réseaux sociaux. Résultat ? Il a continué. Lula aussi, d’ailleurs. Sauf que Lula, lui, a au moins la décence de ne pas faire semblant d’être une victime.
Le vrai problème, c’est que personne ne contrôle rien
Voilà le truc : au Brésil, les réseaux sociaux ne sont pas un outil de campagne, c’est le terrain de jeu principal. Et dans ce terrain, les règles n’existent pas. Pas de régulateur indépendant, pas de sanctions claires, pas de transparence sur les algorithmes.
Meta a bien essayé de mettre en place des mesures contre la désinformation pendant la campagne. Mais entre les appels à la violence qui circulent encore, les comptes fantômes qui inondent WhatsApp, et les bots qui amplifient les rumeurs, l’effet est limité.
Le chiffre qui résume tout : selon une étude de l’Université de São Paulo (USP), plus de 60 % des Brésiliens s’informent principalement via les réseaux sociaux. 60 %. Et dans ce chaos, les deux candidats préfèrent se battre entre eux plutôt que de proposer des solutions.
Pourquoi ? Parce que la désinformation, ça fait partie du jeu. Bolsonaro a bâti sa carrière sur les réseaux. Lula sait que sans eux, il ne gagnerait pas non plus. Alors autant se renvoyer la balle plutôt que d’avouer que le système est pourri jusqu’à la moelle.
Le vrai jeu, c’est après le 30 octobre
Le second tour, c’est dans trois jours. Et peu importe qui gagne, le vrai combat commence après.
Parce que si Lula l’emporte, il devra gérer une population ultra-divisée, avec des millions de gens convaincus que l’élection a été truquée. Et Bolsonaro, lui, ne disparaîtra pas comme par magie. Il restera là, à alimenter la colère, à monter des mouvements parallèles, à utiliser les réseaux pour discréditer le nouveau gouvernement.
Meta dans tout ça ? Un détail. Le vrai problème, c’est que personne n’a envie de réguler quoi que ce soit. Parce que réguler, ça veut dire admettre que les réseaux sociaux ne sont pas un Far West, que les fake news ne sont pas un sport national, que la démocratie ne peut pas se jouer à coups de likes et de partages.
Alors Lula et Bolsonaro continuent de se tirer dans les pieds. Et le Brésil, lui, reste coincé dans la même merde.
La vraie question, personne ne la pose
Et si le problème n’était pas Meta, mais les deux hommes qui refusent de grandir ?
- Bolsonaro, parce qu’il croit encore que les réseaux sociaux sont son royaume, et que sans eux, il n’est rien.
- Lula, parce qu’il a trop peur de perdre le peu de contrôle qu’il a sur sa base.
Leur procès contre Meta, c’est comme un couple qui se dispute pour savoir qui a oublié de sortir les poubelles, alors que la maison brûle.
Le Brésil a besoin d’un vrai débat sur la désinformation. Pas de deux vieux messieurs qui se renvoient la faute en espérant que les électeurs ne regarderont pas trop de près.
Mais bon. À trois jours du second tour, personne n’a le temps, ou l’envie, d’en parler. Alors on continue à se battre pour des miettes, pendant que le pays s’enfonce.
Et après ? Après, on recommence en 2026. Parce que la vraie leçon de cette élection, c’est que personne n’a appris rien.