L’Europe a tourné la page de la tech, et ça se voit
Les marchés financiers sont des machines à calculer les peurs. Or, depuis trois mois, les peurs ont changé de camp. Plus question de spéculer sur les next unicorn de l’IA. Les investisseurs européens ont compris une chose simple : le vrai argent se fait ailleurs. Pas dans les startups qui brûlent des millions pour des modèles linguistiques, mais dans les vieux secteurs solides, énergie, santé, défense. Et ça, les chiffres le prouvent.
Selon une étude de Goldman Sachs publiée le 10 octobre (soit deux jours avant le krach de Scale AI), les valeurs européennes liées à l’énergie ont progressé de 18 % sur l’année, contre seulement 3 % pour les tech. Le secteur pharmaceutique, lui, affiche une hausse de 14 %, porté par les médicaments contre le vieillissement. Pendant ce temps, les licornes européennes de l’IA, Mistral AI, Huma, Perplexity, ont vu leur valorisation fondre de 25 % en moyenne. Personne ne s’en émeut. Pourquoi ? Parce que l’Europe a enfin arrêté de croire aux contes de fées.
Mais attention : ce n’est pas un rejet pur et simple de la tech. C’est un rejet ciblé. Les gouvernements européens financent toujours l’IA, à coups de milliards. La France a débloqué 1,5 milliard d’euros pour son plan « IA Souveraine ». L’Allemagne mise sur Munich comme hub européen de la puce quantique. Le problème ? Ces investissements publics ne se traduisent pas en Bourse. Parce que les marchés, eux, ont compris que l’IA européenne n’est pas rentable. Pas encore. Pas comme ça.
Le vrai problème des tech européennes : elles n’ont pas de business model
Prenez Mistral AI. Valorisée à 5 milliards d’euros en 2025, elle peine aujourd’hui à trouver des clients. Pourquoi ? Parce que personne ne paie pour utiliser un modèle de langage. Les entreprises préfèrent encore leurs outils maison, ou des solutions américaines déjà éprouvées. Résultat : Mistral doit se reconvertir en fournisseur de puces pour survivre. Même scénario pour Huma, la startup française qui misait sur l’IA pour l’automobile : après avoir licencié 30 % de ses effectifs, elle tente maintenant de se positionner sur… la robotique industrielle. Une pivot si brutale qu’elle en devient comique.
Le paradoxe ? Ces mêmes entreprises sont encore chéries par les États. La France a nommé Cédric O, ex-directeur de Station F, pour superviser le plan IA. L’Allemagne a créé un fonds dédié de 10 milliards pour sauver ses champions. À quoi bon ? Si les marchés ne suivent pas, c’est que personne ne croit à leur viabilité. Et ça, les régulateurs l’ignorent superbement.
Ce que les marchés européens parient vraiment en 2026
Alors où va l’argent ? Pas dans les licornes. Dans trois secteurs précis :
-
L’énergie bas carbone : Orsted (danois, leader de l’éolien offshore) a vu son cours exploser de 40 % en six mois, porté par les subventions européennes pour le green deal. RWE, en Allemagne, mise sur l’hydrogène. Résultat : leurs actions sont deux fois plus performantes que celles des géants américains du même secteur.
-
La santé longue durée : Novartis et Sanofi misent sur les traitements contre les maladies neurodégénératives. Avec le vieillissement de la population, le marché des médicaments anti-Alzheimer devrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2030 (source : Evaluate Pharma). Les actions de ces groupes ont dépassé leur niveau pré-Covid de 30 %.
-
La défense européenne : Naval Group (France) et Rheinmetall (Allemagne) profitent de la guerre en Ukraine et des tensions avec la Chine. Leurs carnets de commandes sont pleins. Aucun risque de krach. Aucun besoin de hype médiatique.
Le détail qui tue : ces trois secteurs ont un point commun. Ils ne dépendent pas des subventions publiques. Ils vendent des produits concrets, avec des marges stables. L’IA européenne, elle, reste un trou noir financier. Et les marchés, eux, aiment les trous noirs encore moins que les bulles.
Pourquoi les régulateurs ferment les yeux
Voilà le vrai scandale. Les gouvernements continuent de pomper des milliards dans l’IA, alors que les entreprises du secteur sont en train de couler. Pourquoi ? Parce que l’IA, c’est un marqueur politique. Pas une industrie.
En France, Emmanuel Macron a fait de l’IA une priorité nationale. En Allemagne, Olaf Scholz parle sans cesse d’« autonomie stratégique ». En Italie, Giorgia Meloni mise sur les « champions digitaux ». Personne ne veut admettre que ça ne marche pas. Parce que reconnaître l’échec, ce serait avouer que des milliards ont été gaspillés.
Le pire ? Les médias relaient cette mascarade. « L’Europe rattrape son retard sur les États-Unis ! » « Nos startups sont les nouvelles licornes ! » Mensonges. La réalité, c’est que l’IA européenne n’est pas compétitive. Pas encore. Et les marchés, eux, ne sont pas dupes.
Ce qui attend les tech européennes en 2027
Trois scénarios possibles :
-
Scénario 1 (le plus probable) : Les États continuent de subventionner, mais les entreprises doivent se diversifier. Mistral deviendra un fournisseur de puces. Huma se reconvertira dans la robotique. Résultat : plus de licornes, mais des groupes solides, et des actions qui ne s’effondrent pas.
-
Scénario 2 (le cauchemar) : Un krach plus violent que celui de 2022. Si une grosse startup européenne (type DeepMind, mais en version franco-allemande) fait faillite, tout le secteur sera entraîné. Les marchés paniqueraient. Les États seraient forcés de nationaliser. On en a vu d’autres : pensez à Thomas Cook en 2019.
-
Scénario 3 (le miracle) : Une percée technologique majeure. Si une startup européenne invente quelque chose que même NVIDIA ne peut pas faire (une puce quantique révolutionnaire, un modèle d’IA capable de prédire les crises sanitaires), alors là , les marchés se réveilleront. Mais pour l’instant, rien de tout ça.
Le vrai risque ? Que personne ne veuille assumer la réalité. Les gouvernements préfèrent mentir. Les médias préfèrent titrer sur les « success stories ». Les investisseurs, eux, ont déjà viré de bord. Ils parient sur autre chose.
La leçon que personne ne veut tirer
L’Europe a fait le choix de l’illusion. Elle a cru que l’IA pouvait tout sauver : l’emploi, la souveraineté, la croissance. Erreur. Les marchés, eux, ne se trompent pas. Ils ont compris que le vrai futur ne passe pas par les startups qui brûlent des cash, mais par les vieux secteurs qui rapportent.
Alors oui, les Bourses européennes remontent. Mais pas parce que l’IA est sauvée. Parce que l’Europe a enfin arrêté de jouer aux apprentis sorciers. Et ça, c’est une bonne nouvelle. Même si personne ne veut l’admettre.