Le bon de caisse est de retour. Et ça pue le déjà -vu.
En 2024, les banques français jouent les appâteuses avec des taux qui font rêver. 0,5 % annuel net d’impôts sur deux ans, annonce la BNP dans son dernier catalogue. C’est mieux que rien, mais c’est surtout mieux que les 0,01 % que vous touchiez sur votre livret A il y a cinq ans. Sauf que cette fois, les épargnants ont la mémoire courte. Ou alors, ils oublient volontairement.
Pourquoi ? Parce que le bon de caisse, c’est l’arme de distraction massive des banques quand les marchés s’essoufflent. En 2015, avec les taux à zéro, elles l’avaient enterré. Aujourd’hui, avec l’inflation qui ronge les économies, elles le ressortent comme un vieux tour de passe-passe. Le problème, c’est que le tour ne marche plus.
Le piège à épargnants en trois actes
- L’appât : un taux qui clignote comme un néon dans le noir.
La Société Générale propose 0,45 % net sur 24 mois. Crédit Agricole, 0,40 %. Même la timide CIC ose 0,35 %. Des chiffres qui font saliver les retraités et les petits portefeuilles. Surtout quand l’inflation reste à 3,2 % (source : INSEE, 2e trimestre 2024). Votre argent perd 2,75 % par an en temps réel. Mais peu importe : les banques vendent ça comme une victoire.
Leur argument ? « C’est mieux que le livret A. » Faux. Même avec le nouveau taux du livret A à 3 % brut (soit 2,7 % net après prélèvements sociaux), le bon de caisse reste un mauvais calcul. Sauf si vous êtes prêt à bloquer votre argent deux ans sans toucher à rien. Et encore : les taux affichés sont souvent bruts, avant frais de dossier (50 à 150 € chez certaines banques). En réalité, votre rendement net peut chuter à 0,2 %.
- La ficelle : vous signez sans voir les petits caractères.
Les banques aiment bien glisser deux détails dans les CGV :
- Fiscalité à la sortie : si vous retirez avant deux ans, vous payez 30 % d’impôts + 17,2 % de prélèvements sociaux sur les intérêts. Autrement dit, 47,2 % de votre maigre gain s’évaporent. Un bon de caisse souscrit pour 10 000 € avec 0,5 % de rendement brut vous rapportera 47 € net après impôts. En deux ans.
- Pas de capital garanti en cas de faillite de la banque : contrairement au livret A, votre argent n’est pas protégé à 100 %. Seulement jusqu’à 100 000 € par établissement (et encore, sous conditions). Si votre banque fait faillite, vous perdez.
- Le coup de grâce : les alternatives existent, mais personne n’en parle.
Pourquoi s’enfermer dans un produit à 0,5 % net alors que :
- Les obligations d’État allemandes (Bunds) à 2 ans rapportent 2,8 % brut (soit 2,3 % net après impôts). Moins risqué, plus rentable.
- Les comptes à terme de certaines néobanques (comme Fortuneo ou Boursorama) offrent 3,5 % brut sur 12 mois (soit 3 % net). Trois fois plus que le bon de caisse.
- L’assurance-vie en fonds euros stagne à 2 % net, mais avec la possibilité de basculer vers des unités de compte plus dynamiques.
Pourquoi les banques ne vous en parlent pas ? Parce qu’elles gagnent de l’argent sur les frais de dossier, les pénalités de retrait anticipé, et surtout… parce qu’elles savent que vous ne comparerez pas.
Le vrai jeu : les banques se refilent les clients
Derrière ce retour en force des bons de caisse, il y a une guerre silencieuse entre les banques. Chacune essaie de récupérer des clients perdus au profit des néobanques et des assureurs.
Prenez La Banque Postale : elle a relancé ses bons de caisse en 2023 avec un taux de 0,4 % net. Résultat ? Une hausse de 15 % des souscriptions par rapport à 2022 (source : rapport annuel Banque Postale 2023). Mais où est passé l’argent des clients ? En grande partie dans des produits plus risqués, comme les fonds en euros dynamiques ou les OPCVM, où la banque empoche des commissions.
Le bon de caisse, c’est le leurre. La vraie cible, c’est votre épargne future. Une fois que vous avez signé, la banque vous propose des « compléments » : PEA, assurance-vie, SCPI… Des produits où elle gagne bien plus que sur un simple livret.
Ce que les régulateurs ne veulent pas voir
L’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) surveille les risques systémiques. Mais pas ceux qui touchent les petits épargnants.
En 2022, une étude de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) avait pointé du doigt les conflits d’intérêts dans la distribution des bons de caisse : les conseillers bancaires sont incités à les vendre car ils perçoivent des commissions. Pourtant, aucune sanction n’a été prise.
Pourquoi ? Parce que les bons de caisse ne font pas de vagues. Ils ne menacent pas la stabilité financière. Ils sont juste assez nuls pour que personne ne se plaigne… jusqu’à ce que l’épargnant réalise qu’il a perdu du pouvoir d’achat.
La vraie question : et si c’était trop tard ?
Les taux des bons de caisse ne vont pas monter. Ils sont déjà au plafond.
La BCE a relevé ses taux directeurs, mais les banques ne répercutent pas vraiment. Pourquoi ? Parce qu’elles préfèrent garder leur marge. Le bon de caisse, c’est leur façon de dire : « On vous donne un peu, mais pas assez pour que ça change quoi que ce soit. »
Alors, que faire ?
- Si vous avez déjà souscrit : gardez-le deux ans, mais ne comptez pas sur un miracle. C’est de l’argent mort.
- Si vous hésitez encore : comparez. Vraiment. Pas seulement avec le livret A, mais avec les obligations d’État, les comptes à terme des néobanques, et même l’or (qui a tenu son rôle de valeur refuge en 2022 avec +15 %).
- Si vous êtes à la retraite : calculez votre besoin de liquidités. Un bon de caisse, c’est comme un prêt immobilier : ça se bloque. Si vous avez besoin de cash dans deux ans, ce n’est pas le bon produit.
Le vrai danger, ce n’est pas le taux bas. C’est de croire que 0,5 % net, c’est mieux que rien.
Parce que dans deux ans, quand vous irez retirer votre argent, vous réaliserez une chose : vous auriez mieux fait de le laisser sous votre matelas.
Au moins, comme ça, vous auriez su où il était.