Le 14 mars, à Paris, un lycéen de 17 ans se fait projeter contre un mur par des CRS. Ses camarades filment. On voit les mains, les casques, les boucliers. Mais pas les visages. Pas les matricules. Rien qui permette de savoir qui a frappé. Juste des uniformes. Et des accusations qui tombent dans le vide juridique, parce que sans numéro d’identification officiel (RIO), pas de preuve, pas de sanction. Juste des mots en l’air : « violences policières ». Le terme est lancé. Les images circulent. Les réseaux sociaux s’embrasent. Mais la justice, elle, reste sourde. Comme d’habitude, quand il s’agit de ça.
Le matricule, ce petit détail qui change tout
En théorie, depuis 2010, chaque policier en opération doit porter un numéro d’identification officiel (RIO) sur son uniforme. Un chiffre gravé, visible, qui permet de le tracer. En pratique ? 30 % des forces de l’ordre ne le font pas, selon un rapport de la Défenseure des droits publié en 2022. Un chiffre officiel, mais personne ne s’en émeut vraiment. Pourquoi ? Parce que quand les lycéens manifestent, quand les émeutes grimpent, les préfets et les ministres préfèrent fermer les yeux. Le RIO, c’est l’ADN des bavures. Sans lui, pas de nom, pas de visage, pas de responsabilité.
Prenez l’exemple de Lyon, en décembre 2022. Des lycéens bloquent la ville pendant des semaines. Des charges, des gaz lacrymos, des interpellations musclées. Résultat ? 12 plaintes pour violences déposées contre des policiers. Combien de condamnations ? Zéro. Pourquoi ? Parce que sur les 47 agents mis en cause… seulement 8 avaient leur matricule visible sur les vidéos. Les autres ? Des ombres. Des numéros de dossier administratifs, mais pas ceux qui collent aux uniformes. La justice a besoin de preuves. Les réseaux sociaux en regorgent. Sauf que sans RIO, les preuves ne servent à rien.
Le système qui protège… ou qui ment
Officiellement, le ministère de l’Intérieur explique que le non-port du RIO est « exceptionnel » et « ponctuel ». Mentiraies. Les syndicats de police, eux, jouent cartes sur table : « Quand on nous dit de porter le matricule, on nous dit aussi de ne pas le montrer. Parce que sinon, les plaignants vont nous追踪. Et après, c’est la galère administrative. » Un CRS de Marseille, qui a préféré garder l’anonymat, résume : « On nous forme à gérer les foules, pas à nous faire lyncher sur Twitter. »
Le problème ? Ce n’est pas une question de formation. C’est une question de stratégie.
Depuis des années, les forces de l’ordre savent une chose : plus un policier est identifiable, plus il est vulnérable. Pas seulement sur les réseaux. Dans les tribunaux aussi. Une étude de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) en 2021 montrait que les plaintes pour violences policières baissaient de 40 % quand les agents portaient leur matricule. Coïncidence ? Non. Le système est conçu pour que les bavures restent impunies.
Les lycéens, les flics, et l’État qui regarde ailleurs
Pourtant, les lycéens ne lâchent rien. À Rennes, en janvier 2024, des élèves ont filmé un policier frappant un camarade avec sa matraque. Le matricule ? Illisible. La plainte ? Classée sans suite. La réponse du préfet ? « Les images sont floues, les témoignages contradictoires. » Traduction : « On ne peut rien faire. »
Mais le pire, c’est que personne ne force vraiment le gouvernement à agir. Les associations de défense des droits humains hurlent depuis des années. Les rapports s’empilent. En 2023, la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) a encore pointé du doigt « l’opacité persistante » des forces de l’ordre. Résultat ? Rien. Pas de loi, pas de sanction, pas de contrôle sérieux.**
Pourquoi ? Parce que l’État a plus peur des flics que des lycéens.
La vraie question : et si on arrêtait de mentir ?
Alors oui, les blocus lycéens, ça dérange. Ça fait peur. Ça rappelle 2006, 2016, 2019… Toutes ces fois où la rue a brûlé parce que la justice a tourné la tête.
Mais le problème n’est pas les manifestations. Le problème, c’est que les policiers peuvent frapper sans conséquence.
Alors soit on continue à faire semblant de croire que le RIO, c’est une option. Soit on l’impose. Vraiment. Avec des contrôles, des sanctions, des caméras fixées sur les casques.
Parce que sinon, la prochaine fois qu’un lycéen se fera projeter contre un mur, on saura toujours qui a filmé. Mais pas qui a frappé.
Et ça, c’est le vrai scandale.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : la République a choisi son camp.