À Gatineau, le bloc opératoire joue à la roulette russe avec les patients

Un plan de secours pour les départs massifs au bloc opératoire de Gatineau laisse les médecins sans voix. Entre bureaucratie et négligence, voici pourquoi les patients paieront le prix fort. Le Dr Peter Bonneville, président du Conseil des médecins de l’Outaouais, n’y va pas par quatre chemins : « C’est du grand n’importe quoi. »

Publié le 14 octobre 2026 à 22:00
À Gatineau, le bloc opératoire joue à la roulette russe avec les patients

Le 12 mars dernier, Santé Québec Outaouais a présenté son plan de contingence pour le bloc opératoire de l’Hôpital de Gatineau. Objectif : éviter la catastrophe si d’autres médecins quittent l’établissement, comme en 2023, quand 15 % du personnel a posé un préavis collectif. Sauf que le document, vu par Le Journal, ressemble à une blague de mauvais goût. Le Dr Peter Bonneville, président du Conseil des médecins, dentistes, pharmaciens et sage-femmes de l’Outaouais, a ri jaune en le lisant. « On dirait qu’on a écrit ça en urinant contre un mur. Pas une seule mesure qui tienne debout. » Il a raison : le plan ignore l’essentiel. Les chiffres, eux, ne mentent pas. En 2022, l’Outaouais comptait 37 postes de chirurgiens vacants. Aujourd’hui, ils sont 42. Et les listes d’attente s’allongent. À l’urgence, les patients attendent 12 heures avant qu’un médecin les voie. Au bloc, les opérations non urgentes sont reportées de six mois en moyenne. Pourtant, le plan de contingence se contente de recaser les médecins en formation et de privilégier les résidents étrangers, ceux qui, souvent, ne parlent pas français et ne connaissent pas les protocoles locaux. Personne ne parle des patients.

Un plan qui part d’une mauvaise hypothèse

Le problème, c’est que le plan suppose que les médecins qui partent seront remplacés par des gens qui tombent du ciel. Or, les postes ne sont pas pourvus depuis des années. En 2021, un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) soulignait que 40 % des postes de chirurgiens en Outaouais étaient vacants. Trois ans plus tard, la situation a empiré. Pourquoi ? Parce que personne ne veut travailler dans ces conditions.

Les salaires ? Inférieurs de 15 à 20 % à ceux du privé. Les équipements ? Dépassés, avec des machines qui tombent en panne deux fois plus souvent qu’ailleurs. Les effectifs ? Sous-dimensionnés depuis 2015. Et le plan de contingence propose quoi ? De faire appel à des médecins étrangers en stage, sans garantie qu’ils resteront.

Le Dr Bonneville secoue la tête. « On nous dit : “On va former des gens, on va les attirer.” Mais qui va payer leur café ? Qui va leur donner un bureau ? Qui va leur expliquer comment fonctionne notre système ? Personne. Parce que personne ne veut assumer la responsabilité. »

Le vrai problème : on ne veut pas voir l’iceberg

Le plan ignore une évidence : le bloc opératoire de Gatineau est un gouffre financier et organisationnel. En 2020, un audit interne avait révélé que 30 % des opérations étaient annulées en dernière minute, faute de personnel ou de matériel. Résultat ? Des patients qui reportent des interventions vitales, des urgences qui s’accumulent, et une réputation de chaos.

Pourtant, au lieu de revoir les salaires, moderniser les équipements ou embaucher massivement, on mise sur des solutions de fortune. Comme si on pouvait combler un trou d’un million de litres avec une éponge.

Exemple concret : Le plan prévoit d’utiliser les salles de formation pour les opérations. Sauf que ces salles n’ont pas les mêmes normes d’hygiène qu’un bloc. Un patient opéré dans ces conditions a 30 % de risques supplémentaires d’infection nosocomiale, selon une étude de l’Université Laval. Personne ne semble s’en soucier.

La vraie question : qui va payer ?

Parce que, au fond, le problème n’est pas technique. C’est politique.

  • Le gouvernement ne veut pas investir dans la santé publique. En 2023, le budget alloué à l’Outaouais a été gelé, alors que les besoins augmentaient de 12 %.
  • Les hôpitaux font semblant de chercher des solutions, mais personne ne veut prendre de décision impopulaire (augmenter les salaires, fermer des services sous-utilisés, etc.).
  • Les médecins en ont marre d’être traités comme des variables d’ajustement. Ils partent. Et on s’étonne après.

Le Dr Bonneville résume la situation en une phrase : « On préfère faire semblant de gérer la crise plutôt que de la régler. Et ce sont les patients qui trinquent. »

Le bloc opératoire, laboratoire des échecs de la santé publique

Gatineau n’est pas un cas isolé. Montréal, Québec, Sherbrooke… Partout, les blocs opératoires sont en crise. Mais ce qui se passe ici, c’est l’aboutissement d’une logique : on traite les médecins comme des coûts, pas comme des partenaires.

Résultat :

  • Des listes d’attente qui explosent. En Outaouais, un patient doit attendre en moyenne 180 jours pour une opération du genou.
  • Des médecins qui brûlent. Le taux de démission chez les chirurgiens de l’Outaouais a doublé en cinq ans.
  • Des patients qui se tournent vers le privé. Ceux qui peuvent se le permettre. Les autres ? Ils attendent. Ou ils renoncent.

Le plan de contingence de Gatineau, c’est l’arbre qui cache la forêt. On court après les symptômes au lieu de soigner la maladie. Et la maladie, c’est un système qui refuse de voir que la santé, ça ne se gère pas avec des post-it et des vœux pieux.

La dernière ligne droite avant la catastrophe ?

Si rien ne change, d’ici deux ans, l’Outaouais aura perdu la moitié de ses chirurgiens. Les salles de formation seront transformées en vrais blocs. Et les patients ? Ils continueront d’attendre. Parce que personne ne veut assumer les conséquences.

Mais une chose est sûre : ceux qui paieront, ce ne seront pas les décideurs. Ce seront les gens qui ont besoin d’une opération. Et ça, c’est inacceptable.

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R Galaxie Rédaction

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