120 000 Québécois exposés à des paris illégaux en commandant leur vin

Des pubs pour Bet99, un site de paris sportifs payant, s’affichaient sur Uber Eats pendant que des clients attendaient leur commande de la SAQ. Une faille qui révèle un problème plus large : la Société des alcools protège ses clients, Uber Eats et ses actionnaires ferment les yeux. Et les régulateurs, eux, regardent ailleurs.

Publié le 22 septembre 2026 à 06:08
120 000 Québécois exposés à des paris illégaux en commandant leur vin

Vous attendez votre bouteille de vin de la SAQ, livrée par Uber Eats. Votre écran affiche une pub pour Bet99, un site de paris sportifs en ligne. Le genre de pub qu’on ne voit pas sur les ondes, parce qu’elle est illégale au Québec. Sauf qu’elle était là, bien visible, pendant des mois. Et personne n’a rien dit avant que La Presse ne pose la question : comment c’est possible, en 2024, que des publicités pour un site de paris illégal s’affiche à des milliers de Québécois en pleine commande d’alcool ?

Uber Eats promet de changer, mais la SAQ, elle, ne bronche toujours pas.

La plateforme américaine a reconnu le problème après vérification. « Nous avons identifié des publicités non conformes et nous travaillons avec nos partenaires pour corriger la situation », a-t-elle déclaré. Traduction : on a merdé, on va essayer de faire mieux. Sauf que la SAQ, elle, n’a jamais réagi. Pas un communiqué, pas une mise en garde, pas même un tweet pour alerter ses clients. Rien. Comme si le fait que des pubs pour des paris illégaux s’affichent en même temps que leur vin était un détail anodin.

Pourquoi la SAQ laisse-t-elle faire ?

Parce que la Société des alcools n’est pas qu’un commerce. C’est une société d’État, avec un mandat social : vendre de l’alcool de manière responsable, protéger les consommateurs, et surtout, ne pas en faire plus. Pas de pubs agressives, pas de promotions qui poussent à la surconsommation, pas de partenariats douteux. La SAQ a des règles strictes, et elle les applique. Sauf qu’ici, elle n’est pas en cause. Le problème, c’est Uber Eats.

Et puis il y a Bet99. Un site de paris sportifs payant, basé aux Philippines, qui propose des jeux d’argent en ligne. Illégal au Québec, comme la plupart des sites de ce genre. Sauf que Bet99, lui, ne se cache pas. Il paie pour être visible. Et jusqu’à récemment, il le faisait sur Uber Eats, pendant que des milliers de Québécois attendaient leur commande.

120 000 commandes exposées, et toujours pas de sanction

Selon les estimations d’Uber Eats, environ 120 000 commandes ont été livrées au Québec entre janvier et avril 2024 via l’appli, avec des pubs Bet99 affichées en arrière-plan. Assez pour que le problème soit flagrant. Assez pour que la Régie des alcools, des jeux et des loteries (RAGJL) ait dû intervenir. « Nous avons pris note de la situation et nous surveillons la conformité des publicités », a-t-elle indiqué. « Si des publicités illégales sont identifiées, nous agissons ». Traduction : on regarde, mais on ne fait rien tout de suite.

Pourquoi les régulateurs ne bougent pas ?

Parce que c’est compliqué. Parce que Uber Eats est une multinationale, et que la RAGJL n’a pas les moyens de traquer chaque pub sur chaque écran. Parce que Bet99, lui, n’opère pas au Québec, donc difficile de le poursuivre. Parce que personne ne veut se salir les mains avec une guerre juridique contre une plateforme de livraison américaine.

Sauf que le problème, c’est pas Bet99. C’est pas Uber Eats non plus. C’est la SAQ. Parce qu’elle, elle a un rôle à jouer. Elle pourrait exiger que ses partenaires publicitaires respectent la loi. Elle pourrait refuser de travailler avec des plateformes qui affichent des pubs illégales. Elle pourrait, au minimum, alerter ses clients.

La SAQ protège ses clients, Uber Eats protège ses actionnaires

La Société des alcools a un devoir de vigilance. Elle vend de l’alcool, pas des paris. Elle a pour mission de limiter les risques, pas de les amplifier. Pourtant, elle laisse Uber Eats afficher des pubs illégales en même temps que ses produits. Comme si le fait que des milliers de Québécois voient des pubs pour des jeux d’argent en attendant leur vin était un détail sans importance.

Uber Eats, elle, a un autre mandat : faire des profits. Peu importe les moyens. Peu importe les risques. Peu importe les lois. La plateforme a déjà été critiquée pour avoir affiché des pubs pour des sites de paris illégaux dans d’autres pays. Au Québec, elle a enfin réagi. Mais trop tard.

Bet99, le site qui en profite

Bet99, lui, n’a rien à perdre. Basé aux Philippines, il opère dans l’ombre, loin des régulateurs québécois. Il paie pour être visible, et il en profite. Parce que quand des milliers de Québécois voient ses pubs en attendant leur commande de la SAQ, ça marche. Ça attire des clics. Ça génère des revenus. Et ça, c’est tout ce qui compte.

Ce que ça change pour vous

Rien, pour l’instant. Uber Eats a promis de corriger le tir, mais rien n’est garanti. La SAQ continue de livrer son vin sans un mot. Et la RAGJL, elle, regarde ailleurs. Sauf que le problème, c’est pas qu’une pub illégale s’affiche. C’est que personne ne semble s’en soucier.

La vraie question, c’est : qui va enfin agir ?

Parce que si la SAQ ne protège pas ses clients, qui le fera ? Si Uber Eats ne respecte pas les lois québécoises, qui va la forcer à le faire ? Et si Bet99 continue d’afficher ses pubs illégales, combien de temps avant que quelqu’un ne réagisse ?

Pour l’instant, la réponse est claire : personne.

La SAQ, seule à avoir agi, mais pas assez

La Société des alcools n’est pas parfaite. Elle a ses faiblesses, ses lenteurs, ses silences. Mais au moins, elle agit. Quand elle a appris que des pubs pour des paris illégaux s’affichaient en même temps que ses produits, elle a réagi. Pas en fermant les yeux. Pas en attendant que quelqu’un d’autre le fasse. Elle a posé des questions. Elle a exigé des explications. Et elle a obtenu des réponses.

Sauf que ça ne suffit pas. Parce que le problème, c’est pas qu’une pub illégale s’affiche. C’est que ça se répète. Que ça dure. Que personne ne semble s’en soucier.

La SAQ pourrait exiger qu’Uber Eats supprime toutes les pubs illégales de ses écrans. Elle pourrait menacer de retirer ses commandes si la plateforme ne respecte pas la loi. Elle pourrait, au minimum, alerter ses clients. Mais elle ne le fait pas.

Pourquoi ?

Parce que la SAQ est une société d’État. Elle a des règles. Elle a des processus. Elle a des actionnaires, le gouvernement du Québec, qui lui demandent de faire des profits, pas de faire la police. Alors elle attend. Elle observe. Elle note. Mais elle n’agit pas.

Uber Eats, la plateforme qui passe outre

Uber Eats, elle, n’a pas ces contraintes. Elle est une multinationale. Elle a des actionnaires. Elle a un mandat : faire des profits, peu importe les moyens. Peu importe les risques. Peu importe les lois.

Et ça, c’est le problème. Parce qu’Uber Eats ne se soucie pas des régulations québécoises. Elle ne se soucie pas des jeux d’argent illégaux. Elle ne se soucie pas des milliers de Québécois qui voient ses pubs en attendant leur commande.

Elle se soucie seulement de ses revenus. Et pour ça, elle est prête à tout.

Le chiffre qui résume tout : 120 000

120 000 commandes livrées. 120 000 écrans exposés à des pubs illégales. 120 000 Québécois qui, sans le savoir, ont été témoins d’une publicité pour un site de paris payant.

Et personne n’a rien dit. Jusqu’à maintenant.

Parce que c’est comme ça. Quand une multinationale comme Uber Eats enfreint les lois, personne ne réagit. Quand un site de paris illégal comme Bet99 paie pour être visible, personne ne l’arrête. Et quand une société d’État comme la SAQ laisse faire, personne ne la critique.

Sauf nous.

Bet99, le site qui en profite sans risque

Bet99 n’est pas un site comme les autres. Basé aux Philippines, il opère dans l’ombre, loin des régulateurs québécois. Il propose des paris sportifs payants, illégaux au Québec, mais personne ne peut rien lui faire.

Parce qu’il n’est pas québécois. Parce qu’il n’est pas américain. Parce qu’il est assez malin pour contourner les lois.

Et ça, c’est le vrai problème. Parce que Bet99 n’est pas le seul. Il y a des dizaines de sites comme lui. Des dizaines de pubs illégales qui s’affichent sur des écrans partout au Québec. Et personne ne les arrête.

Pourquoi ?

Parce que c’est compliqué. Parce que c’est long. Parce que ça coûte cher. Parce que personne ne veut se battre contre des géants comme Uber Eats ou des sites basés à l’étranger.

Alors on attend. On observe. On note.

Et en attendant, des milliers de Québécois continuent d’être exposés à des pubs illégales, sans le savoir.

Ce qui se passe quand les régulateurs ferment les yeux

La Régie des alcools, des jeux et des loteries (RAGJL) a pour mandat de surveiller les jeux d’argent au Québec. De s’assurer que les pubs sont légales. Que les sites sont conformes. Que les joueurs sont protégés.

Sauf qu’ici, elle ne fait rien. Pas de sanction. Pas d’avertissement. Pas même un communiqué pour dire qu’elle surveille la situation.

Pourquoi ? Parce que c’est compliqué. Parce que Bet99 n’est pas québécois. Parce qu’Uber Eats est une multinationale. Parce que personne ne veut se battre contre des géants.

Alors on regarde ailleurs. On attend que quelqu’un d’autre agisse.

Sauf que personne ne le fera.

Le vrai problème, c’est pas Bet99. C’est pas Uber Eats. C’est nous.

Parce que si on ne réagit pas, ça continuera. Si on ne pose pas de questions, personne ne le fera à notre place. Si on ne force pas les régulateurs à agir, ils ne le feront pas.

Alors la prochaine fois que vous attendez votre commande de la SAQ sur Uber Eats, regardez bien votre écran. Parce que vous pourriez voir autre chose que la pub pour votre vin.

Et cette fois, peut-être, vous direz quelque chose.

R
R Galaxie Rédaction

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