Le jour où l’Occident a perdu la guerre sans le savoir
En 2001, Bush déclarait la guerre contre le terrorisme. En 2015, Hollande parlait de guerre contre l’État islamique. Entre les deux, il y a eu Guantánamo, les drones, les frappes au Yémen, les lois antiterroristes, les contrôles aux frontières… et pourtant, le 13 novembre, les terroristes n’ont même pas eu besoin de planifier une opération complexe. Ils ont profité d’un système qui, en vingt ans, a oublié une règle basique : la guerre, ça se gagne quand l’ennemi impose ses conditions. Or, depuis 2001, ce sont les démocraties qui ont plié les leurs.
Prenez les États-Unis. Après le 11-Septembre, ils ont mis en place le Patriot Act, des écoutes de masse, des détentions arbitraires. Résultat ? En 2016, Edward Snowden révèle que la NSA espionne le monde entier, y compris ses alliés. Les citoyens américains se sentent trahis. En Europe, c’est pire : les lois antiterroristes donnent aux gouvernements les moyens de surveiller, mais pas de prévenir. Parce que la vraie menace n’est plus Al-Qaïda en Afghanistan. C’est l’homme seul, radicalisé en ligne, qui frappe au hasard. Et contre ça, même la CIA est impuissante.
Le chiffre qui résume tout : selon un rapport du Center for Strategic and International Studies (2023), entre 2001 et 2022, les attentats terroristes en Europe ont doublé en nombre, mais leur mortalité a triplé. Parce qu’ils ne visent plus des symboles lointains. Ils visent le quotidien. Le métro. Le stade. Le concert. L’ennemi a changé de tactique : il ne veut plus faire la guerre, il veut démoraliser. Et ça marche.
Pourquoi les démocraties ont perdu avant même de commencer
Ben Laden n’a pas eu besoin d’une armée. Il a eu besoin de trois choses :
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Un ennemi qui se prend pour un justicier Les États-Unis ont répondu aux attentats par la torture à Abu Ghraib, les drones qui tuent des civils, les guerres en Irak et en Syrie. Chaque erreur a été un cadeau pour le recrutement d’Al-Qaïda. En 2005, un rapport de l’International Crisis Group estimait que 80 % des recrues d’Al-Qaïda étaient motivées par la réaction occidentale à leurs attaques, pas par leur idéologie. Les démocraties ont joué leur propre propagande.
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Un système qui se saborde lui-même En France, après les attentats de 2015, l’État d’urgence a été déclaré. Trois ans plus tard, il a été levé. Pourquoi ? Parce que les mesures d’exception détruisent la confiance dans l’État de droit. Les contrôles au faciès, les assignations à résidence, les perquisitions sans mandat… Tout ça, c’est du fuel sur le feu. Les terroristes n’ont même pas besoin de planifier. Ils savent que les démocraties se puniront elles-mêmes pour avoir trop réagi.
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Une société qui ne comprend plus la menace En 2023, une enquête Ifop pour Le Figaro révélait que 62 % des Français considéraient que le terrorisme était un problème moins grave que le chômage ou le pouvoir d’achat. Moins grave. Alors que des gens meurent. Parce que les attentats ne font plus peur. Ils font partie du paysage. Comme les émeutes, comme les grèves, comme la grogne sociale. La menace terroriste est devenue banale. Et quand quelque chose devient banal, plus personne ne se bat pour l’arrêter.
Le piège des victoires à la Pyrrhus
Les gouvernements aiment se vanter de leurs victoires. En 2011, Obama annonce la mort de Ben Laden. En 2019, Trump promet d’avoir éradiqué Daech. En 2023, Macron parle de défaire le terrorisme islamiste. Sauf que aucune de ces victoires n’a tenu.
Pourquoi ? Parce que la guerre contre le terrorisme, ce n’est pas une guerre comme les autres. Ce n’est pas une bataille où on compte les morts et on déclare le vainqueur. C’est une guerre asymétrique, où l’ennemi ne cherche pas à gagner, mais à usurer l’adversaire jusqu’à ce qu’il abandonne.
Prenez la France. Entre 2012 et 2023, 150 personnes ont été tuées dans des attentats terroristes. 150. Pas assez pour déclencher une mobilisation massive. Pas assez pour justifier un changement de stratégie. Juste assez pour épuiser la population. Parce que chaque attentat coûte cher : les caméras, les militaires, les lois spéciales, les débats stériles sur l’identité nationale. L’ennemi ne dépense pas un centime. Il laisse les démocraties se saigner.
Ce que personne ne veut admettre : la guerre est perdue
En 2024, personne ne parle plus de guerre contre le terrorisme. On parle de gestion de crise. De résilience. De prévention. Des mots doux pour une réalité crue : les démocraties ont perdu.
Elles ont perdu parce qu’elles ont cru que la technologie pouvait remplacer la stratégie. Parce qu’elles ont préféré les lois aux hommes. Parce qu’elles ont oublié que la peur, ça ne se combat pas avec des algorithmes.
Le 13 novembre 2015, à Paris, les terroristes n’ont pas gagné une bataille. Ils ont gagné la guerre. Parce que depuis, personne n’a changé de méthode. Personne n’a osé dire : On a échoué. Personne n’a eu le courage de dire : Il faut repenser tout, depuis le début.
Et c’est ça, la vraie victoire de Ben Laden. Faire en sorte que ses ennemis renoncent à se battre.
La dernière erreur : croire que ça peut continuer comme ça
En 2023, un rapport du RAND Corporation (un think tank américain) estimait que les attentats en Europe seraient au moins aussi fréquents qu’en 2015, voire plus meurtriers, à cause de la radicalisation en ligne et de l’affaiblissement des services de renseignement. Les États savent. Les citoyens savent. Mais personne n’agit.
Pourquoi ? Parce que la peur est un business. Les contrôles aux frontières rapportent. Les lois antiterroristes donnent des pouvoirs. Les débats sur l’identité nationale font vendre des livres. Personne ne veut d’une vraie solution, parce qu’une vraie solution, ça implique de remettre en cause des décennies de politique sécuritaire. Ça implique de dire : On a gaspillé 20 milliards d’euros en surveillance, et on a rien gagné.
Ben Laden, lui, il n’avait pas besoin de milliards. Il avait juste besoin de temps. Et aujourd’hui, le temps est à lui.
La dernière question : et si on arrêtait de mentir ?
En 2001, le monde entier a regardé les tours s’effondrer. En 2015, les Français ont regardé les images du Bataclan en se disant : Ça, c’est la guerre. En 2024, on regarde les attentats comme on regarde les accidents de la route. Ça arrive. On fait avec.
La vraie défaite, ce n’est pas d’avoir perdu une bataille. C’est d’avoir arrêté de croire qu’on pouvait gagner.
Et ça, Ben Laden l’a compris avant tout le monde.