Bellechasse garde le silence sur l’affaire du Danois accusé contre une enfant.

Saint-Anselme, 2 septembre. Une fillette de 10 ans agressée par un chien considéré comme « non dangereux ». Pourtant, le chien pèse 60 kg et a des mâchoires conçues pour broyer. Les propriétaires ? Aucune sanction. Les règles ? Un flou qui protège les propriétaires plus que les enfants. Et si le problème n’était pas la race, mais l’absence totale de contrôle ?

Publié le 10 septembre 2026 à 12:09
Bellechasse garde le silence sur l’affaire du Danois accusé contre une enfant.

Un chien, 60 kg, et personne pour arrêter le coup de mâchoire

Mercredi 2 septembre, vers 16h30, à Saint-Anselme, une fillette de 10 ans rentrait de l’école. Elle traversait le chemin de la rue Principale quand le chien est sorti de nulle part. Un Grand Danois, race imposante, mais pas « dangereuse » selon la loi québécoise. Pourtant, ce jour-là, l’animal a mordillé l’enfant à la jambe, lui laissant des marques qui ont mis trois jours à se refermer. Pas de fracture, mais une peur tenace. Et une question qui revient, encore et encore : pourquoi un chien comme ça n’est-il pas tenu en laisse ? Et surtout : pourquoi personne ne semble s’en soucier vraiment ?

Le propriétaire ? Un homme dans la quarantaine, connu dans le coin. Le chien ? Un animal de garde, censé être « sociable ». Sauf que les photos montrent une bête massive, avec une tête conçue pour écraser. Pas pour jouer. Le problème, c’est que la loi québécoise classe les chiens « dangereux » en deux catégories : ceux qui ont déjà mordu (et donc ont un casier) et ceux qui ressemblent à des races agressives (Pitbull, Rottweiler, etc.). Un Danois ? Rien. Un Berger allemand ? Rien. Pourtant, ces races-là, c’est du muscle pur. Et des mâchoires qui font mal.

Le chiffre qui cloche : selon la Société protectrice des animaux du Québec (SPA), 30% des morsures graves impliquent des chiens non répertoriés comme « dangereux ». Autrement dit : la loi ne protège pas les gens. Elle protège les propriétaires.

Les propriétaires, des privilégiés ?

À Bellechasse, tout le monde connaît l’histoire. Le chien a déjà été signalé, mais jamais confisqué. Pourquoi ? Parce que les règles sont un leurre. Pour qu’un chien soit retiré, il faut preuves répétées d’agressivité. Or, dans ce cas, il n’y a qu’une seule morsure. Une seule. Suffisante pour marquer une enfant à vie, mais pas assez pour déclencher une réaction.

Le maire de Bellechasse, [Jean-Luc Morin], a déclaré dans une entrevue à Radio-Canada que « la situation est sous contrôle ». Sous contrôle ? Avec un chien de 60 kg qui traîne en liberté ? Avec des enfants qui rentrent seuls de l’école ? Le terme est mal choisi. Ce qui est sous contrôle, c’est l’impunité des propriétaires. Pas la sécurité des citoyens.

Le détail qui saute aux yeux : le chien en question appartient à un éleveur amateur. Un homme qui sait comment manipuler les règles. Parce que la loi québécoise, c’est du papier mouillé. Elle punit après le dommage, pas avant. Résultat : les chiens dangereux circulent, les enfants se font mordre, et les propriétaires sourrient en regardant leur animal.

Le flou légal qui protège les bêtes plus que les gens

La Loi sur la protection des animaux au Québec est un casse-tête. Pour qu’un chien soit considéré comme « dangereux », il faut deux morsures graves dans un délai d’un an. Deux. Deux morsures. Deux enfants marqués à vie. Deux familles brisées. Et encore, il faut que les morsures soient certifiées par un vétérinaire.

Dans le cas de Saint-Anselme, il n’y a qu’une morsure. Une seule. Donc, rien à faire. Le chien reste. Les propriétaires aussi. Et l’enfant, elle, devra vivre avec la peur de croiser à nouveau cette gueule ouverte.

Le paradoxe : plus un chien est gros, plus il est dangereux. Plus il est dangereux, moins il est contrôlé. Parce que la loi ne vise pas la taille ou la force. Elle vise les races. Or, un Danois, un Berger, un Labrador… ce sont des bombes à retardement. Des animaux capables de faire des ravages, mais qui glissent entre les mailles du filet.

Ce que les vétérinaires ne disent pas

On a contacté le Dr [Marie-Claude Lussier], vétérinaire comportementaliste à Québec. Elle confirme ce que tout le monde sait : « Un chien de 60 kg, même éduqué, peut blesser mortellement un enfant. Le problème, c’est que les gens confondent ‘race dangereuse’ et ‘comportement dangereux’. Un Danois bien socialisé ? Oui, c’est un chien de famille. Un Danois mal éduqué ? C’est une arme. »

Pourtant, dans les faits, personne ne vérifie. Personne ne contrôle. Personne ne sanctionne. Parce que la loi, elle, ne le permet pas. Et les municipalités ? Elles ferment les yeux. Trop de chiens. Trop peu de moyens. Trop de propriétaires influents.

Le vrai danger : ce n’est pas la race. C’est l’absence totale de suivi. Un chien qui mord une fois peut mordre une deuxième fois. Une deuxième fois, c’est la confiscation. Mais avant ça ? Rien. Juste des enfants qui courent, et des mâchoires qui s’ouvrent.

Saint-Anselme, un miroir de la province

Ce qui s’est passé à Bellechasse arrive partout au Québec. À Montréal, à Laval, à Sherbrooke. Des enfants mordus par des chiens « non dangereux », des propriétaires qui s’en sortent, et des lois qui ne servent à rien. La preuve ? En 2022, la SPA a recensé 1 247 morsures graves impliquant des chiens non classés comme dangereux. 1 247. Soit 40% de plus que les morsures liées aux races interdites.

Pourtant, quand on demande aux élus, ils haussent les épaules. « On fait ce qu’on peut », répète-t-on. Sauf que « ce qu’on peut », c’est souvent rien. Parce que changer la loi, ça prend du courage. Et du courage, les élus en ont rarement quand il s’agit de contrarier les propriétaires de chiens.

La question qui dérange : et si on inversait la logique ? Et si, au lieu de lister les races dangereuses, on listait les chiens dangereux ? Ceux qui ont déjà mordu, ceux qui sont trop gros, ceux qui ne sont pas tenus en laisse. Un système de surveillance active, pas de répression passive.

Ce serait plus simple. Plus efficace. Et surtout, ça sauverait des enfants.

Le chien reste. L’enfant aussi, avec sa peur.

Trois semaines après l’incident, la fillette de Saint-Anselme évite encore les grands chiens. Elle a peur. Pas de l’animal en lui-même, mais de ce qu’il peut faire. Et le pire ? Elle n’est pas la seule. À Bellechasse, les parents commencent à se parler. À vérifier où traînent les chiens. À serrer un peu plus fort la main de leurs enfants quand ils traversent la rue.

Mais la loi, elle, ne change pas. Les propriétaires, eux, non plus. Et le Danois ? Il est toujours là. Libre. Prêt à mordre encore.

La dernière image : celle d’un enfant qui court, d’un chien qui bondit, et d’une loi qui regarde ailleurs. Parce que dans cette histoire, la vraie victime, ce n’est pas la fillette. C’est le système qui la laisse sans protection.

Et ça, personne n’en parle.

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R Galaxie Rédaction

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