Belinda Bencic sort de l'US Open comme une ombre, et c'est tout sauf un hasard

Quatre jeux décisifs perdus en trois sets. Une défaite contre une joueuse classée 200e il y a deux ans. Belinda Bencic quitte Flushing Meadows sans bruit, et son match contre Yulia Putintseva en dit long sur ce qui cloche chez elle depuis des mois. Analyse sans filtre.

Publié le 2 septembre 2026 à 12:01
Belinda Bencic sort de l'US Open comme une ombre, et c'est tout sauf un hasard

Un premier tour qui sent la fin de cycle, pas l'accident

4-6, 7-5, 6-3. Le score est là, cru. Belinda Bencic, WTA 12, s’est fait sortir au premier tour de l’US Open par Yulia Putintseva, 43e mondiale. Une joueuse qu’elle avait battue trois fois en trois confrontations avant ce match. Trois fois. Et là, paf. Élimination sèche, sans débat.

Pourtant, sur le papier, Bencic avait tout pour passer. Elle a gagné l’or olympique à Tokyo il y a trois ans, elle a été finaliste à l’US Open en 2019, elle a un jeu complet, intelligent. Mais sur le court Arthur Ashe, hier, c’était autre chose. Des fautes directes en rafale, des retours de service qui atterrissaient n’importe où, une incapacité à tenir les points longs. Comme si son cerveau avait décidé de lâcher avant ses jambes.

Et le pire, c’est que ce n’est pas une surprise. Depuis le début de l’année, Bencic accumule les performances en dents de scie. Une demi-finale à Indian Wells en mars, puis une sortie au premier tour à Roland-Garros. Un quart à Wimbledon, suivi d’une défaite au deuxième tour à Cincinnati. Elle alterne entre le très bon et le très moyen, sans jamais trouver la régularité. Comme si elle jouait avec un interrupteur : allumé, éteint, allumé, éteint.

Le problème, c’est que le tennis féminin ne pardonne pas ce genre d’inconstance. Pas en 2024. Pas avec Iga Świątek qui écrase tout sur son passage, Aryna Sabalenka qui frappe comme un marteau-pilon, et Coco Gauff qui monte en puissance. Bencic, elle, donne l’impression de courir après son meilleur niveau depuis des mois. Et courir, ça fatigue.

Putintseva, cette joueuse qui lui a toujours posé problème sans qu’on sache pourquoi

Yulia Putintseva. 29 ans. Kazakhe. Un jeu défensif, des amorties vicieuses, une patience à toute épreuve. Et surtout, une capacité à faire déjouer les attaquantes. Contre Bencic, elle a fait ce qu’elle fait toujours : elle a attendu. Elle a laissé Bencic commettre des fautes, elle a varié les effets, elle a placé des balles courtes quand il fallait. Et Bencic a mordu à l’hameçon.

Trois sets. Quatre jeux décisifs. Et à chaque fois, c’est Bencic qui a craqué la première. Au premier set, elle mène 4-2, service à suivre, et elle perd quatre jeux d’affilée. Au deuxième, elle sauve deux balles de match à 5-3, renverse le set, et au troisième, elle s’effondre. Comme si, à chaque moment clé, son mental lâchait un peu plus.

Le plus frustrant, c’est que Bencic a le niveau pour battre Putintseva. Elle l’a fait trois fois avant ce match. Mais là, sur le court, elle avait l’air d’une débutante face à une pro. Ses coups manquaient de précision, ses déplacements de fluidité. Comme si elle avait oublié comment on joue contre ce genre d’adversaire. Comme si elle avait oublié comment on gagne, tout court.

Et le plus inquiétant, c’est que ce n’est pas la première fois. En 2022, Putintseva l’avait battue en trois sets à Miami. En 2021, elle l’avait sortie au troisième tour de l’US Open. À chaque fois, le même scénario : Bencic domine sur le papier, mais Putintseva trouve la faille. Comme si elle avait un mode d’emploi contre elle. Un mode d’emploi que Bencic n’a jamais réussi à déchiffrer.

Le mental, cette vieille histoire qui revient toujours

Belinda Bencic a un problème. Un gros. Et ce n’est pas technique. Son revers est solide, son coup droit est précis, son service est correct. Non, son problème, c’est entre les deux oreilles. C’est ce petit moment où, quand la pression monte, elle commence à douter. À hésiter. À se dire que peut-être, cette fois, ça ne va pas passer.

Regardez ses matchs serrés cette année. Contre Świątek à Indian Wells, elle mène un set et un break, et elle finit par perdre. Contre Sabalenka à Madrid, elle gagne le premier set, et elle s’effondre dans les deux suivants. Contre Gauff à Rome, elle a deux balles de set au deuxième, et elle les gâche. À chaque fois, c’est la même chose : quand ça devient sérieux, Bencic semble perdre ses moyens.

Et hier, contre Putintseva, c’était encore pire. Parce que Putintseva, justement, c’est une joueuse qui adore les matchs serrés. Qui adore sentir que son adversaire doute. Qui adore ces moments où, au lieu de jouer, on se met à réfléchir. Et Bencic, elle, a réfléchi. Trop. Elle a hésité sur ses amorties, elle a forcé sur ses coups droits, elle a essayé de faire trop bien au lieu de faire simple. Et Putintseva, elle, a attendu. Elle a laissé Bencic s’enliser toute seule.

Le tennis, c’est un sport de confiance. Quand vous commencez à douter, même une seconde, l’adversaire le sent. Et Putintseva, elle, a un radar pour ça. Elle sait exactement quand appuyer là où ça fait mal. Elle l’a fait hier. Elle l’a fait en 2022. Elle l’a fait en 2021. Et Bencic, elle, n’a jamais trouvé la solution.

Une carrière à la croisée des chemins, et personne n’ose en parler

Belinda Bencic a 27 ans. Dans le tennis féminin, c’est l’âge où on commence à se poser des questions. Est-ce que j’ai encore faim ? Est-ce que je veux continuer à me battre comme ça ? Est-ce que je suis prête à tout sacrifier pour un dernier titre ?

Parce que le tennis, c’est un sport de sacrifices. Les voyages, les entraînements, les blessures, la pression. Et à 27 ans, quand vous avez déjà tout gagné, ou presque, la motivation n’est plus la même. Bencic a été numéro 4 mondiale. Elle a gagné l’or olympique. Elle a été finaliste en Grand Chelem. Elle a tout coché. Alors maintenant, est-ce qu’elle a encore envie de se battre pour une demi-finale à Roland-Garros ? Est-ce qu’elle a encore envie de se lever à 6h pour une séance de fitness ? Est-ce qu’elle a encore envie de subir les critiques après une défaite comme celle d’hier ?

Personne ne parle de ça. Pas les médias, pas ses entraîneurs, pas elle. On préfère parler de son jeu, de ses blessures, de son manque de régularité. Mais la vérité, c’est que Bencic est peut-être en train de vivre ce moment où le tennis devient un métier, plus une passion. Où chaque match est une corvée, plus un défi. Où chaque défaite est une libération, plus une frustration.

Et hier, contre Putintseva, on a peut-être vu les premiers signes de cette lassitude. Pas dans son jeu, elle a encore des coups magnifiques. Mais dans son attitude. Dans sa façon de marcher sur le court. Dans son absence de réaction après les points perdus. Comme si, au fond, elle savait que ce match était déjà perdu avant même de commencer.

Le tennis féminin n’attend pas, et Bencic le sait

Pendant que Bencic doute, le tennis féminin, lui, avance. À toute vitesse. Świątek écrase tout sur son passage. Sabalenka frappe plus fort que jamais. Gauff monte en puissance. Rybakina et Pegula grignotent des places. Et derrière, une nouvelle génération arrive : Coco Gauff, Qinwen Zheng, Mirra Andreeva. Des joueuses qui ont 20 ans, qui n’ont pas peur, qui veulent tout, tout de suite.

Bencic, elle, est coincée entre deux époques. Elle n’est plus une jeune joueuse prometteuse, mais elle n’est pas encore une vétérane respectée. Elle est dans ce no man’s land où on vous demande de performer, mais où on ne vous pardonne plus les échecs. Et hier, à l’US Open, elle en a fait les frais.

Parce que le tennis féminin en 2024, c’est impitoyable. Si vous n’êtes pas au top, on vous oublie. Si vous n’êtes pas régulière, on vous dépasse. Et Bencic, avec ses hauts et ses bas, ses victoires éclatantes et ses défaites surprises, elle donne l’impression de ne plus suivre le rythme. Comme si elle courait un marathon, mais avec des chaussures trop petites.

Et le pire, c’est qu’elle le sait. Elle sait que si elle ne se réveille pas, si elle ne trouve pas un deuxième souffle, sa carrière pourrait bien se terminer plus tôt que prévu. Pas avec un dernier titre, pas avec une dernière finale. Mais avec des défaites comme celle d’hier. Des défaites qui font mal, qui laissent un goût amer, et qui donnent l’impression qu’on a gaspillé quelque chose.

Et maintenant ?

Belinda Bencic a deux options. Soit elle se réveille, et vite. Elle trouve un déclic, elle se remet en question, elle change quelque chose, son entraînement, son mental, son équipe. Soit elle continue comme ça, et elle risque de finir sa carrière en queue de peloton, avec des regrets et des « et si ? ».

Parce que le tennis, c’est comme ça. Ça ne pardonne pas les demi-mesures. Soit vous êtes dedans à 100%, soit vous êtes dehors. Et Bencic, en ce moment, elle est à 70%. Peut-être 80% les bons jours. Mais 70%, dans le tennis féminin actuel, ça ne suffit plus.

Alors oui, elle peut encore gagner des tournois. Elle peut encore faire de beaux matchs. Mais si elle veut redevenir une vraie prétendante, si elle veut jouer les premiers rôles dans les Grands Chelems, il va falloir qu’elle se réveille. Et vite. Parce que le train est en marche, et il ne s’arrête pas pour attendre les retardataires.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie