Amazon et la Belgique misent sur 2 milliards d’euros de ventes… sans garantie

Un accord entre le gouvernement fédéral, Amazon et Becom promet de booster les exportations belges. Mais les PME ont-elles les moyens de jouer ce jeu ? Et qui paie si ça échoue ?

Publié le 23 octobre 2026 à 12:02
Amazon et la Belgique misent sur 2 milliards d’euros de ventes… sans garantie

L’argent n’est pas à la hauteur de l’ambition

On parle de 2 milliards, mais personne ne précise d’où sortira le carburant. Becom, c’est bien, mais c’est un guichet. Amazon, c’est un géant, mais un géant qui ne fait pas de charité. Les aides existantes ? Elles sont là, mais en miettes. Par exemple, le programme Trade & Invest Belgium (géré par Becom) propose des subventions pour les études de marché à l’étranger. Problème : en 2022, le budget total alloué était de 1,5 million d’euros pour toutes les PME belges. Soit environ 15 000 euros par dossier si on répartit à la louche. Assez pour un premier pas, pas pour un sprint vers 2 milliards.

Et puis, il y a l’effet Amazon. Le géant américain va-t-il vraiment mettre la main à la poche pour former des centaines de PME ? Ou va-t-il simplement leur ouvrir ses plateformes en échange d’un pourcentage sur les ventes ? Rien dans le protocole ne l’explique clairement. Une source proche du dossier glisse : « Amazon va surtout jouer les facilitateurs, pas les banquiers. » Traduction : les PME devront se débrouiller pour financer leur expansion, avec peut-être un coup de pouce logistique de la part du géant. Mais qui va leur prêter ? Les banques belges, déjà méfiantes face aux risques à l’export, vont-elles se bousculer ?

Le vrai problème, c’est le timing. 2 milliards en 8 ans, c’est 250 millions par an. Pour une PME moyenne, ça signifie qu’il faudrait qu’elle décuple ses exportations en une décennie. Possible ? Oui, mais seulement si elle a déjà une activité à l’international solide. Sinon, c’est du rêve. Prenez Melexis, le fabricant de capteurs basé à Ieper. En 2022, ils ont généré 400 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec 60 % à l’export. Un modèle. Mais combien de PME belges ont ce niveau de maturité ? 3 %, selon une étude de l’Observatoire des PME (2023). Le reste ? Des TPE qui peinent à survivre sur le marché local.

Ce que le protocole ne dit pas sur les risques

Amazon et Becom parlent d’accompagnement, de formation, de visibilité. Mais personne ne mentionne les échecs. Combien de PME belges ont tenté l’aventure à l’étranger ces dernières années ? 1 sur 3 a abandonné dans les 2 ans, selon les données de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). Pourquoi ? Parce que vendre à l’export, c’est comme jouer à la roulette russe : douanes imprévisibles, concurrents agressifs, délais de paiement qui s’étirent. Et quand ça coince, qui prend le relais ?

Le protocole évoque un « fonds de garantie », mais sans préciser son montant. Une source au sein de Becom confirme : « On parle de quelques millions, pas d’un matelas de sécurité. » Autrement dit, si une PME se fait plumer par un client chinois ou un distributeur allemand, elle sera seule face à ses dettes. Amazon, lui, ne perdra rien.

Le vrai jeu : qui contrôle quoi ?

Derrière les belles paroles, il y a un enjeu de pouvoir. Amazon veut élargir son réseau de fournisseurs européens. La Belgique, elle, cherche à attirer des investissements et à créer des emplois. Mais qui tire les ficelles ?

Prenez l’exemple de Colruyt, qui a déjà une stratégie d’export bien huilée. Le groupe a signé un partenariat avec Amazon en 2021 pour vendre ses produits sur le marketplace. Résultat ? +15 % de ventes à l’international en un an. Mais Colruyt, c’est un géant. Une PME comme Bakker, le fabricant de meubles de Gand, qui exporte déjà vers les Pays-Bas et l’Allemagne, n’a pas les mêmes leviers. Elle dépendra entièrement des outils mis à disposition par Amazon et Becom. Et si ces outils sont trop limités ?

Le protocole parle de « plateformes digitales » pour aider à la prospection. Traduction : des outils en ligne pour trouver des clients. Mais combien de PME belges ont les compétences pour les utiliser efficacement ? Une étude de l’Université de Gand (2023) révèle que 42 % des dirigeants de PME belges avouent ne pas maîtriser les bases du e-commerce international. Amazon va-t-il former ces patrons ? Rien n’est écrit.

Et si ça ne marche pas ? Personne ne répondra.

Le gouvernement fédéral mise sur cet accord pour booster son image d’attractivité économique. Amazon y voit une opportunité de renforcer son emprise sur le marché européen. Mais les PME ? Elles sont les dindes de la farce.

Personne ne garantit les 2 milliards. Personne ne dit ce qui se passera si l’objectif n’est pas atteint. Pas de sanction pour Amazon, pas de remboursement pour les PME. Juste un protocole signé, des poignées de main, et l’espoir que tout ira bien.

Le pire ? C’est que personne ne posera la question avant que les premiers échecs ne fassent surface. D’ici 2030, il sera trop tard pour faire marche arrière. Les PME auront déjà investi, les emplois auront été créés… ou pas. Et si ça foire, qui paiera ?

La vraie question n’est pas « Est-ce que ça va marcher ? » mais « Qui en profitera vraiment ? »

Amazon y gagnera en visibilité et en influence. Le gouvernement fédéral pourra brandir le chiffre de 2 milliards comme une victoire. Becom aura fait son travail de guichet.

Les PME ? Elles auront peut-être accès à de nouveaux marchés. Mais elles paieront le prix fort si l’aventure tourne au fiasco. Et dans ce cas, personne ne viendra les sauver.

Alors, 2 milliards d’ici 2030 ? Possible. Mais à quel prix ? Et surtout… pour qui ?

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R Galaxie Rédaction

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