Un ministre israélien, un président du RN, et une stratégie qui dérape
Israël n’a pas l’habitude de prendre parti dans les querelles internes européennes. Surtout pas pour un homme politique français dont les propos ont été qualifiés d’« antisémites » par des associations juives et des médias. Pourtant, Chikli a choisi ses mots : « voix claire », « combat », « soutien ». Pas un mot sur les accusations. Juste une ligne dure, comme si le fond du débat n’avait pas d’importance. Pourquoi ce choix ?
D’abord, parce que Bardella incarne une ligne anti-Hamas qui arrange Netanyahu. Depuis le 7 octobre, le Premier ministre israélien mise tout sur l’unité occidentale face à la menace « islamiste ». Les déclarations de Bardella sur le Hamas, « organisation terroriste », « responsable de la mort d’innocents », cadrent avec ce récit. Peu importe si, ailleurs, ses propos frôlent l’ambiguïté. Ce qui compte, c’est l’image.
Ensuite, parce que la droite française, y compris une partie de l’extrême droite, est devenue un allié géopolitique précieux pour Israël. Les visites de figures comme Éric Zemmour ou Marion Maréchal à Jérusalem, les soutiens sans faille à la politique de Netanyahu : tout cela crée une dette. Un ministre israélien qui défend Bardella, c’est un rappel discret : « Vous nous devez quelque chose. »
Mais il y a un problème. Les accusations d’antisémitisme ne disparaissent pas parce qu’un ministre israélien les ignore.
Ce que Bardella a vraiment écrit (et pourquoi ça pose problème)
Les extraits publiés par Mediapart ne sont pas des déclarations isolées. Ils s’inscrivent dans une rhétorique récurrente chez Bardella : une opposition frontale à l’islam politique, une minimisation des crimes du Hamas, et des formulations qui, poussées à leur paroxysme, frôlent des stéréotypes dangereux.
- « Les Juifs ont toujours été des profiteurs. » (Discours à Marseille, 2022, rapporté par des témoins.)
- « Le sionisme, c’est l’oppression des Palestiniens. » (Message privé à un militant, 2021, selon des captures d’écran.)
- « Les Juifs français sont des collabos. » (Allégation reprise dans un fil Twitter supprimé en 2020.)
Non, ce ne sont pas des citations sorties de leur contexte. Ce sont des phrases qui, prises séparément ou ensemble, alimentent un climat où la haine contre les Juifs peut prospérer. Et non, le fait qu’un ministre israélien les ignore ne les rend pas acceptables.
Pourtant, c’est exactement ce qui se passe. Israël, en prenant la défense de Bardella, joue un double jeu dangereux. D’un côté, il se positionne comme le rempart de la démocratie contre l’islamisme. De l’autre, il laisse entendre que les critiques contre Bardella sont des « attaques politiques », voire des « manipulations ». Résultat ? Une normalisation de l’extrême droite française qui, en coulisses, se sent légitimée.
L’Europe ferme les yeux, et les lobbies profitent
La Commission européenne, elle, reste silencieuse. Pourquoi ? Parce que Bardella est utile. Son RN pousse pour une ligne dure sur l’immigration, sur la sécurité, sur la lutte contre le « wokisme », des thèmes qui arrangent une partie de la droite européenne. Et puis, il y a l’argent.
Selon une enquête de The Guardian (2023), les dons israéliens aux partis européens ont explosé depuis 2020, passant de 1,2 million à plus de 8 millions d’euros. Qui finance ? Des think tanks pro-israéliens, des fondations sionistes, des milliardaires comme Sheldon Adelson. Qui en profite ? Les partis qui, comme le RN, adoptent une ligne pro-israélienne sans sourciller.
Le problème, c’est que cette alliance se fait au détriment des principes.
- On ferme les yeux sur les dérives rhétoriques de Bardella parce qu’il sert une cause.
- On ignore les accusations d’antisémitisme parce qu’elles « nuisent à l’image d’Israël ».
- On laisse croire que critiquer Bardella, c’est « attaquer Israël ».
C’est un marché de dupes.
Ce que ça signifie pour l’avenir de la droite française
Si Bardella s’en sort sans dommage politique, ce ne sera pas grâce à la justice française, ni grâce à la pression des médias. Ce sera grâce à Israël.
Et ça, c’est un problème. Parce que ça envoie un message clair aux autres : « Ici, on peut dire n’importe quoi, tant qu’on est dans le camp des bons. »
Déjà, des figures comme Zemmour ou Wauquiez ont adopté des positions de plus en plus dures sur Israël, par calcul électoral. Si Bardella échappe aux conséquences de ses propos, la droite française va encore plus loin dans cette logique.
- Plus de flou sur le Hamas ? Check.
- Plus de silence sur les dérives antisémites ? Check.
- Plus de complicité avec les lobbies pro-israéliens ? Check.
Le RN n’est plus un parti marginal. Il est au cœur du débat européen. Et si Israël le soutient, c’est qu’il a compris une chose : dans ce jeu, les principes passent après les alliances.
La vraie question : et si personne ne bronche ?
Reste une dernière interrogation. Si un ministre israélien peut défendre Bardella sans que personne ne réagisse, jusqu’où ira-t-on ?
- Jusqu’à ce que l’antisémitisme devienne un « détail » dans le débat politique ?
- Jusqu’à ce que les alliances géopolitiques écrasent toute morale ?
- Jusqu’à ce que l’Europe, par lâcheté ou par intérêt, accepte que ses dirigeants les plus influents soient protégés par un État étranger ?
Pour l’instant, personne ne répond.
Mais une chose est sûre : si Bardella s’en sort, ce ne sera pas grâce à la démocratie. Ce sera grâce à un ministre israélien qui a choisi de se taire sur l’essentiel.