Le 12 mars dernier, la mairie de Baldenheim a validé le plan local d’urbanisme (PLU) révisé. Sur le papier, c’est une mise à jour technique. Dans les faits, c’est l’autorisation officielle de raser 12 hectares de terres agricoles et de friches autour du village pour y construire 450 logements. Un chiffre qui claque : 12 hectares, c’est l’équivalent de 17 terrains de football. À Baldenheim, où les zones vertes se comptent sur les doigts d’une main, ça fait mal. Surtout quand on sait que 60 % des habitants ont signé une pétition pour bloquer le projet. Pourtant, le PLU est adopté. Sans concertation. Sans débat public. Juste un vote en conseil municipal, à huis clos, avec trois élus absents, dont le maire, qui avait promis « d’écouter la population » lors de la dernière réunion publique. Promesse tenue ? Non. Écoute ? Jamais vraiment.
Les riverains ont tout essayé, rien n’y fait
Le Collectif Citoyen pour la Qualité de Vie à Baldenheim n’est pas une bande de nostalgiques du bon vieux temps. Ce sont des agriculteurs, des retraités, des jeunes familles, et même des anciens du village qui reviennent s’installer. Leur problème ? Le projet immobilier n’est pas une option, c’est une décision unilatérale.
Ils ont organisé des assemblées. Ils ont écrit des courriers. Ils ont bloqué les engins de chantier lors des premières fouilles, en décembre 2023. Résultat ? Des PV pour « entrave à l’exercice d’une activité professionnelle ». Des menaces de la part du promoteur, la société Alsace Habitat, qui a sorti l’artillerie lourde : « Ce projet est vital pour le renouvellement urbain. » Traduction : vos terres valent moins que nos marges.
Le pire ? La mairie joue les arbitres. En janvier, le collectif a demandé un référendum local pour consulter les habitants directement. Réponse de la préfecture d’Alsace : « La procédure est trop complexe. » Traduction : on ne veut pas que vous votiez. Pourquoi ? Parce que 70 % des Baldenheimois sont contre ce projet. Une étude de l’INSEE de 2022 le confirme : dans les communes de moins de 2 000 habitants, 85 % des habitants souhaitent préserver les espaces naturels. À Baldenheim, on est à 92 %. Alors pourquoi on force ?
L’argument qui tue (et que personne ne veut entendre)
Le promoteur et la mairie sortent toujours le même argument : « Il faut des logements pour les jeunes. » Sauf que les jeunes de Baldenheim ne veulent pas de ce genre de logements. Ils veulent des maisons avec des jardins, pas des immeubles mitoyens sans air. Ils veulent des écoles à proximité, pas des bus qui les emmènent à 30 minutes de Strasbourg. Ils veulent vivre à Baldenheim, pas dans une banlieue déguisée.
Le vrai problème ? L’artificialisation. Selon l’ONF (Office National des Forêts), 10 000 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année en France. En Alsace, le rythme est deux fois plus rapide. À Baldenheim, on va en perdre 12 d’un coup. Pour quoi faire ? Pour des logements qui se vendront à prix d’or, hors de portée des locaux. Les jeunes que la mairie prétend sauver ? Ils seront relogés en périphérie, ou ils iront ailleurs. Parce que Baldenheim, ce n’est pas que des pavillons. C’est un village avec une âme.
Et puis, il y a la pollution. Le projet prévoit une route de contournement pour les camions. Les riverains savent déjà ce que ça donne : à deux kilomètres de là, à Mundolsheim, les nuits sont devenues insupportables depuis l’ouverture de la ZAC. Le collectif a calculé que les nouveaux logements ajouteraient 15 % de trafic en plus sur la RD 424. Personne ne leur répond.
La mairie et le promoteur jouent à cache-cache
Voilà le vrai scandale : tout le monde sait que ce projet est une mauvaise idée. Mais personne ne veut assumer.
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La mairie : elle a voté le PLU en urgence, sans étude d’impact environnemental complète. Elle invoque « l’urgence sociale », mais refuse de publier les études de trafic ou de pollution. Pourquoi ? Parce que les chiffres ne mentent pas.
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Le promoteur : Alsace Habitat est une filiale du groupe Action Logement. Un acteur public. Pourtant, ils agissent comme une entreprise privée : ils achètent les terres à prix cassés, ils négocient en coulisses avec les élus, et ils sortent les gros mots, « rénovation », « mixité sociale », pour faire taire les opposants. Sauf que la mixité sociale, à Baldenheim, ça veut dire : des HLM à côté de maisons de 300 000 euros.
Le pire ? Les promesses non tenues. En 2021, le maire avait annoncé un « grand débat citoyen ». Résultat : trois réunions en six mois, avec des élus qui coupaient la parole, des techniciens qui parlaient dans le vide, et des riverains qui se faisaient hués par les partisans du projet. Un débat ? Non. Un monologue.
La pétition, dernier recours ?
Le collectif a lancé une pétition le 5 avril. En une semaine, elle a dépassé les 1 200 signatures. Objectif : 5 000. Pourquoi ce nombre ? Parce que c’est le seuil qui force la préfecture à relancer une enquête publique.
Sauf que… personne ne croit vraiment que ça changera quelque chose.
À Baldenheim, on a l’impression que les institutions ont déjà tranché. Les riverains sont traités comme des obstacles, pas comme des citoyens.
Alors la pétition sert à quoi ?
- À faire pression sur la préfecture. Si 5 000 personnes signent, l’État ne peut plus ignorer le projet. Mais est-ce que ça suffira ?
- À alerter les médias locaux. Le Dernier Hebdo et France 3 Alsace ont déjà couvert le sujet, mais en surface. Il faut creuser : qui finance vraiment ce projet ? Qui a intérêt à faire taire les opposants ?
- À montrer que Baldenheim n’est pas seul. D’autres villages alsaciens, Mundolsheim, Geispolsheim, Eckwersheim, font face aux mêmes abus. Si le collectif tient bon, d’autres le suivront.
Le vrai combat, ce n’est pas contre les logements. C’est contre l’idée que les citoyens n’ont pas leur mot à dire.
Ce qui se joue à Baldenheim, c’est bien plus que des terrains
À Baldenheim, on ne construit pas que des maisons. On enterre une façon de vivre.
- On enterre les potagers. Ceux des retraités qui cultivaient leurs légumes depuis 40 ans.
- On enterre les chemins de randonnée. Ceux que les enfants empruntaient pour aller à l’école.
- On enterre le silence. Celui des nuits sans camions, sans bétonneuses.
Ce qui est en jeu, c’est le droit des habitants à décider de leur territoire.
Et si la pétition ne suffit pas ? Alors il faudra passer à l’étape suivante. Manifestations devant la préfecture. Recours juridiques. Bloquages symboliques.
Parce que là où il n’y a plus de débat, il n’y a plus de démocratie.
Et à Baldenheim, la démocratie, on l’a déjà perdue.