Badevel transforme son concert en opération marketing

Un concert contre le cancer, oui. Mais surtout une vitrine pour la commune. Analyse d’une opération où le symbolique l’emporte sur le concret.

Publié le 11 octobre 2026 à 06:14
Badevel transforme son concert en opération marketing

Un concert, mais pas pour les malades

La Ligue contre le cancer, c’est 1 200 employés en Suisse. 1 200 personnes qui courent après des dons, qui organisent des événements, qui tapent sur les tables quand les politiques ferment les yeux sur les crédits. À Badevel, ce jour-là, ils seront en retrait. Derrière la scène, peut-être. Pas devant. Parce que le vrai spectacle, ce n’est pas la lutte contre le cancer. C’est la commune qui se met en scène.

Regardez les affiches : « Badevel s’engage ». Non, Badevel se met en avant. Le message est clair. Ce n’est pas une opération caritative, c’est une opération de communication. Et ça, c’est un problème. Pas parce que Badevel a le droit de se vanter. Mais parce que le vrai combat, lui, il est ailleurs. Et personne ne semble s’en soucier.

Et puis, il y a le prix des places. 25 francs. Pour un concert « solidaire ». Solidaire avec qui ? Avec la Ligue ? Avec les malades ? Ou avec l’image de la commune ? Parce que 25 francs, c’est le prix d’une bière dans un bar du centre. Pas celui d’un geste fort. Pas celui d’une prise de conscience. C’est le prix d’une entrée pour un spectacle où tout le monde sortira en se disant : « Badevel a fait un effort ». Sans jamais se demander : « Et nous, on fait quoi, nous ? »

Le piège des partenariats municipaux

La Ligue contre le cancer, elle, elle a des comptes à rendre. Des malades à soigner. Des recherches à financer. Pas des photos à prendre pour les réseaux sociaux. Pourtant, elle joue le jeu. Parce que refuser, ce serait passer pour une rabat-joie. Ce serait dire : « Non, on ne veut pas de votre argent, même si c’est sous forme de visibilité ». Alors elle accepte. Elle signe. Elle met son logo sur l’affiche. Et après ? Après, elle touche peut-être quelques centaines de francs. Assez pour dire : « On a fait notre part ». Assez pour se taire quand la commune se vantera d’avoir « sauvé des vies » avec son concert.

Le problème, c’est que ce genre d’opération, ça ne change rien. Absolument rien. À part donner bonne conscience à ceux qui y participent. Et mauvaise conscience à ceux qui ne s’y collent pas. Parce que 25 francs par tête, ça fait une cagnotte. Mais une cagnotte qui ne paiera pas une séance de chimio. Qui ne financera pas un nouveau laboratoire. Qui ne sauvera pas une vie. Non. Ça financera peut-être un nouveau projecteur pour le temple. Ou une affiche plus joliment imprimée.

Et puis, il y a le détail qui tue : personne ne sait combien cet événement va rapporter. Personnes ne sait non plus comment cet argent sera utilisé. Parce que Badevel, comme beaucoup de communes, elle a ses priorités. Et la santé, souvent, elle n’est pas en tête de liste. Pas quand il faut payer les salaires des employés, les routes, les écoles. Pas quand il faut faire semblant de faire quelque chose sans vraiment s’engager.

Octobre Rose, le mois où tout devient rose… sauf les comptes

La Ligue contre le cancer, elle, elle a des chiffres. Des vrais. Pas ceux des entrées de concert. Ceux des décès. Ceux des diagnostics tardifs. Ceux des budgets qui manquent. En Suisse, le cancer tue 28 000 personnes par an. 28 000. Et pendant ce temps-là, on organise des concerts. Des défilés. Des opérations marketing. Parce que c’est plus facile de vendre une image que de vendre un combat.

À Badevel, ce dimanche, on va applaudir. On va rire. On va boire un verre. Et après ? Après, on rentrera chez soi en se disant : « On a fait notre part ». Sans jamais se demander si cette « part » était vraiment nécessaire. Si elle changeait quoi que ce soit. Si elle sauvait ne serait-ce qu’une vie.

Parce que voici la vérité : un concert, ça ne guérit pas. Ça ne soigne pas. Ça ne finance pas les hôpitaux. Ça ne forme pas les médecins. Ça ne fait que donner l’illusion d’agir. Et c’est ça, le vrai danger. Parce que tant qu’on aura des opérations comme celle-là, on croira que le cancer, on peut le battre. Avec des concerts. Avec des affiches. Avec des bonnes intentions.

Sauf que non. Le cancer, lui, il ne s’en fiche pas. Il continue. Il tue. Il attend. Et pendant ce temps-là, Badevel, elle, elle continue de faire semblant.

Ce que personne ne vous dira

La Ligue contre le cancer, elle a besoin d’argent. Beaucoup. Pas des miettes des concerts municipaux. Des vrais fonds. Ceux qui viennent des grandes entreprises. Ceux qui viennent des dons sérieux. Pas ceux qui viennent de 25 francs par tête.

Alors oui, allez au concert. Si vous voulez. Si ça vous fait plaisir. Mais ne vous trompez pas : ce n’est pas pour la cause que vous y allez. C’est pour Badevel. Pour son image. Pour son petit coup de pub. Et après ? Après, rien ne changera. Sauf peut-être la couleur des murs du temple. Qui, elle, redeviendra grise dès le lendemain.

Parce que voici la question que personne ne pose : et si, au lieu de concerts, on parlait vraiment des vrais problèmes ? Des vrais besoins ? Des vrais manquements ? Parce que le cancer, lui, il ne fait pas de pub. Il ne fait pas de concerts. Il tue. Et tant qu’on fera semblant de lutter avec des opérations marketing, il continuera.

Badevel a le droit de faire ce qu’elle veut. Mais ne vous y trompez pas : ce concert, ce n’est pas pour vous. C’est pour elle.

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R Galaxie Rédaction

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