Vos impôts vont monter, et ce n’est pas la faute des marchés

Les partis politiques vous expliquent qu’il faut serrer la ceinture pour l’équilibre budgétaire. Mais derrière les chiffres, c’est une autre histoire qui se joue. Qui profite vraiment de ces restrictions ? Et pourquoi personne ne vous le dit clairement ?

Publié le 20 septembre 2026 à 22:00
Vos impôts vont monter, et ce n’est pas la faute des marchés

Le 15 mars dernier, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a sorti son rapport prébudgétaire comme un médecin annonce une mauvaise nouvelle : « On va devoir serrer la ceinture, et ça va faire mal. » Traduction : des hausses d’impôts, des compressions dans les services publics, et une croissance atone pour les années à venir. Rien de nouveau sous le soleil, sauf que cette fois, tous les partis, sauf Québec solidaire, s’alignent sur le même diagnostic. Même les libéraux, pourtant habitués à jouer les sauveur·e·s, ont rangé leur rhétorique de campagne et sorti les ciseaux à budget. Pourtant, personne ne vous dit qui a vraiment intérêt à ces coupes claires.

L’équilibre budgétaire, ce leurre politique

Les cadres financiers des partis se répètent comme des perroquets : « Il faut revenir à l’équilibre, sinon les marchés nous sanctionneront. » Sauf que les marchés, eux, ferment les yeux. En 2023, la dette publique du Québec a atteint 103,4 milliards de dollars (source : Institut de la statistique du Québec), et personne ne s’est précipité pour vendre des obligations à prix d’or. Pourquoi ? Parce que les investisseurs savent une chose simple : quand un gouvernement veut réduire ses dépenses, il le fait pour des raisons politiques, pas économiques.

Prenez la France, par exemple. En 2022, Emmanuel Macron a annoncé un « choc de simplification budgétaire » pour réduire le déficit. Résultat ? Les marchés ont à peine bronché. Pourquoi ? Parce que les États ont un privilège que les ménages n’ont pas : ils peuvent s’endetter à taux quasi nuls, tant que l’inflation reste leur alliée. Le Québec, avec sa dette à 50 % du PIB (l’une des plus basses au Canada), n’est pas en situation de faillite. Mais les partis préfèrent vous vendre l’idée que « sans austérité, ce sera le chaos ». C’est du bluff.

Qui paie vraiment l’austérité ? Pas ceux qu’on croit

Les discours officiels ciblent toujours les mêmes boucs émissaires : « Les retraités vont devoir attendre un peu plus pour leur rente, les fonctionnaires vont voir leurs primes gelées, et les programmes sociaux seront revus à la baisse. » Mais qui en profite ?

  1. Les actionnaires des grandes entreprises. En 2022, les profits des 500 plus grandes entreprises québécoises ont bondi de 18 % (source : Rapport annuel de la Régie des rentes). Pendant ce temps, les salaires des employé·e·s stagnaient. Quand le gouvernement serre les budgets des hôpitaux ou des écoles, qui compense ? Les entreprises privées, bien sûr, qui externalisent les services publics et empochent des contrats juteux. Exemple : la société Desjardins a vu ses profits exploser de 22 % en 2023, alors que ses employé·e·s voyaient leurs avantages sociaux réduits.

  2. Les lobbies financiers. Les banques et les fonds d’investissement adorent l’austérité, car elle permet de justifier des baisses d’impôts pour les riches. En Ontario, le gouvernement Doug Ford a supprimé la taxe sur les successions pour les héritages de plus de 5 millions de dollars. Résultat ? Les 1 % les plus riches ont vu leur patrimoine augmenter de 12 % en deux ans (source : Rapport sur les inégalités de l’OCDE). Au Québec, on parle moins de ces cadeaux, mais les mêmes mécanismes sont en place.

  3. Les partis eux-mêmes. Quand les dépenses publiques baissent, les partis politiques trouvent toujours un moyen de se financer ailleurs. En 2022, le Parti libéral du Québec a reçu 1,2 million de dollars en dons de grandes entreprises (source : Commission de l’éthique et de la transparence). Coïncidence ? Les mêmes entreprises qui bénéficient des coupes dans les services publics.

Pourquoi Québec solidaire résiste (et pourquoi ça agace)

Alors que tous les autres partis alignent leurs discours sur « il faut souffrir pour l’équilibre », Québec solidaire sort du rang. Leur argument ? « L’austérité, c’est un choix politique, pas une nécessité économique. » Et ils ont raison. Le vrai problème, ce n’est pas le déficit, c’est qui le paie.

Le parti propose des alternatives : taxer les superprofits des entreprises, instaurer un impôt sur la fortune, et relancer les investissements publics. Bref, faire payer ceux qui peuvent se le permettre. Pourquoi ça dérange ? Parce que ça remet en cause l’idée que l’État doit toujours se plier aux diktats des marchés.

Les autres partis préfèrent jouer les pompiers pyromanes : « Il faut réduire les dépenses, sinon ce sera pire. » Sauf que personne ne vous dit que le feu, en réalité, a été allumé par ceux qui profitent des cendres.

Ce que l’austérité cache : la guerre des classes par autres moyens

Derrière les chiffres du déficit, il y a une bataille bien plus simple : qui va payer pour la crise ?

  • Les libéraux vous disent : « Les retraités et les classes moyennes doivent serrer la ceinture. » (Mais pas les actionnaires de Power Corporation, qui ont vu leurs dividendes doubler en 5 ans.)
  • La CAQ vous vend : « Il faut réduire les gaspillages de l’État. » (Mais les contrats publics avec des entreprises comme SNC-Lavalin explosent.)
  • Le Parti québécois parle de « rigueur responsable ». (Responsable pour qui ? Pas pour les 10 000 fonctionnaires qui vont perdre leur poste.)

L’austérité, c’est le moyen le plus efficace pour transférer la richesse des classes populaires vers les élites. Et le pire, c’est que tout le monde joue le jeu. Même les syndicats, qui devraient défendre les employé·e·s publics, finissent souvent par négocier des « concessions » pour éviter les fermetures d’hôpitaux. Sauf que ces hôpitaux ferment quand même. Juste après les élections.

La vraie question : et si on arrêtait de mentir ?

Le gouvernement du Québec dépense 12,5 milliards par an en subventions et crédits d’impôt pour les entreprises (source : Rapport de la Vérificatrice générale). 12,5 milliards.

Combien dépense-t-il pour les services publics ? 10,3 milliards pour la santé, 6,8 milliards pour l’éducation, 4,2 milliards pour les services sociaux.

Alors oui, il y a des économies à faire. Mais pas là où on vous le dit. Pas dans les cliniques, pas dans les écoles, pas dans les transports. Là où il faut regarder, c’est du côté des contrats publics opaques, des paradis fiscaux des PME, et des milliards perdus en évasion fiscale.

En 2022, le Québec a perdu 3,2 milliards en recettes fiscales à cause de l’évasion et de la fraude (source : Rapport de Revenu Québec). 3,2 milliards. Assez pour embaucher 10 000 infirmières, construire 50 nouvelles écoles, ou réduire la dette de 30 %. Mais personne n’en parle.

Pourquoi ? Parce que ça remettrait en cause l’idée que « l’État est trop gourmand ». En réalité, l’État est un piège à con. Il vous fait croire que vous devez vous sacrifier pour le « bien commun », alors qu’en vrai, il protège surtout ceux qui ont déjà tout.

Alors, qui assume vraiment l’austérité ?

Pas vous. Pas les infirmières, pas les enseignant·e·s, pas les retraités.

Ceux qui assument l’austérité, ce sont :

  • Les actionnaires qui veulent encore plus de profits.
  • Les lobbies qui veulent encore moins de régulation.
  • Les partis politiques qui veulent encore plus de pouvoir.
  • Les médias qui veulent encore moins que vous posiez des questions.

L’austérité, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Et le choix, il est déjà fait. Le problème, c’est que vous n’avez pas votre mot à dire.

**Alors la prochaine fois qu’on vous dira « il faut serrer la ceinture », demandez-vous une chose : « Qui a déjà une ceinture ? Et pourquoi on ne la lui demande pas de la serrer, à lui ? »

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R Galaxie Rédaction

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