Sophie Adenot revient sur Terre, l'ESA minimise les risques

Après 235 jours dans l'ISS, l'astronaute française Sophie Adenot prépare son retour. Mais les défis de la réadaptation, souvent sous-estimés, restent un casse-tête pour l'agence spatiale européenne. Voici pourquoi cette mission révèle les limites des programmes spatiaux actuels.

Publié le 7 octobre 2026 à 20:06
Sophie Adenot revient sur Terre, l'ESA minimise les risques

L’atterrissage, c’est le début des vrai problèmes

Le 27 février, Sophie Adenot et ses coéquipiers vont amerrir dans le golfe du Mexique. 27 heures de voyage dans le Soyouz, serrés comme des sardines, avec le mal de mer en bonus. Pas le moment de se plaindre : la descente est brutale. Même avec un entraînement intensif, le corps n’est pas prêt. Les vertiges, les nausées, cette sensation de chute permanente, c’est le space motion sickness, un classique. Mais ce n’est qu’un avant-goût.

Ce qui attend Adenot après, c’est la réadaptation. Trois mois minimum, selon l’ESA. Des séances de kiné, des machines qui simulent la gravité, des exercices pour réapprendre à marcher droit. Sauf que personne ne mesure vraiment l’impact psychologique. Vous passez six mois à flotter, à voir la Terre comme une boule bleue suspendue dans le vide, et puis paf : vous retombez dans le quotidien. Les bruits, la foule, les embouteillages. Certains astronautes dépriment. D’autres développent des troubles anxieux. L’ESA parle de « readaptation », mais c’est un euphémisme.

En 2019, l’astronaute italien Luca Parmitano avait décrit ça comme « un deuil ». Un deuil de l’espace. Vous quittez un monde où tout est contrôlé, où vous êtes une pièce essentielle d’une machine ultra-précise, et vous retombez dans un système qui, lui, ne vous attend pas. L’ESA forme les corps, mais pas les esprits.

Les sorties extravéhiculaires, un sport extrême sous-estimé

Sophie Adenot en a fait quatre. Six heures par sortie, dans un scaphandre qui pèse 130 kg sur Terre, mais qui devient ingérable dans le vide. La pression, les températures extrêmes, les outils qui se bloquent, c’est du travail de forçat. Pourtant, personne ne parle des séquelles physiques.

En 2021, un rapport de la NASA (source : NASA Human Research Program) avait révélé que 40 % des astronautes revenaient avec des douleurs articulaires chroniques après des sorties extravéhiculaires. Les gants des scaphandres, conçus dans les années 1970, sont trop rigides. Les mouvements répétitifs abîment les poignets, les épaules. Adenot a-t-elle mal quelque part ? L’ESA ne communique pas là-dessus.

Et puis il y a l’exposition aux rayonnements. Pas ceux des ceintures de Van Allen, non, ceux, bien plus insidieux, des particules solaires. Même protégée par la station, Adenot a absorbé des doses bien au-dessus des limites terrestres. Combien de temps avant que ça se manifeste ? Dix ans ? Vingt ans ? Personne ne sait. L’ESA classe ça sous « risques acceptables ».

Pourquoi l’ESA cache ses échecs ?

L’agence spatiale européenne a un problème : elle ne veut pas admettre que ses protocoles de retour sont obsolètes.

Prenez le cas de Thomas Pesquet, en 2017. Après six mois dans l’ISS, il avait mis trois semaines à retrouver une marche normale. Trois semaines. Pas trois jours. Pas une semaine. Trois semaines. Pourtant, l’ESA avait annoncé qu’il serait « opérationnel en 48 heures ». Mensonge par omission.

Pourquoi ce silence ? Parce que reconnaître ces failles, c’est reconnaître que l’espace reste un milieu hostile, même avec toute la technologie du monde. Et ça, ça narrange pas les budgets.

En 2022, une étude publiée dans Scientific Reports (source : University College London) avait montré que les astronautes mettaient en moyenne 18 mois à retrouver un équilibre musculaire complet. 18 mois. Pas 18 jours. Pas 18 semaines. 18 mois. L’ESA en parle comme d’une « période de transition ». En réalité, c’est une handicap temporaire, avec tous les coûts sociaux que ça implique.

Ce que personne ne dit sur les missions longues

Sophie Adenot fait partie d’une génération d’astronautes qui vont passer plus de temps dans l’espace que leurs prédécesseurs. La NASA et l’ESA préparent des missions vers la Lune, puis Mars. Mais personne ne se demande ce qui arrive à ceux qui reviennent.

En 2018, l’astronaute américaine Sunita Williams avait dû être évacuée en hélicoptère après son retour, incapable de marcher sans assistance. Elle avait passé 195 jours dans l’ISS. Son cas avait été classé « exceptionnel ». Sauf que depuis, d’autres astronautes ont connu le même sort. L’ESA minimise. La NASA aussi.

Pourquoi ? Parce que l’espace est un business. Plus vous envoyez d’astronautes, plus vous justifiez les budgets. Plus vous parlez des difficultés, plus vous risquez de faire fuir les candidats. Sophie Adenot est une star médiatique. Si elle avouait ses douleurs, ça poserait des questions.

Le vrai défi, ce n’est pas l’atterrissage

Le 27 février, quand Sophie Adenot touchera enfin le sol, elle aura l’impression d’avoir survécu à un marathon. Mais ce sera le début d’une autre course.

Celle contre la machine administrative de l’ESA, qui va lui demander de « rebondir » rapidement. Celle contre son propre corps, qui a oublié comment fonctionnait la gravité. Celle, surtout, contre l’indifférence générale.

Personne ne s’intéresse aux astronautes après leur retour. Personne. Pas les médias, pas le grand public, pas même les politiques. Pourtant, ce sont eux qui paient l’addition.

L’ESA dépense des millions pour envoyer des humains dans l’espace. Mais elle économise sur ce qui compte vraiment : les faire revenir en un seul morceau.

Et Sophie Adenot, elle, sait très bien que la vraie mission ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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