Arbois, ville ambassadrice du Pasteurdon : une vitrine pour un désengagement général ?
Le 12 octobre, la mairie d’Arbois a signé son partenariat avec le Pasteurdon, le programme de collecte de fonds de l’Institut Pasteur. Sur la place de la Mairie, entre les étals de vin jaune et les affiches des fêtes de la vigne, un panneau rouge et blanc annonce fièrement : « Ensemble, soutenons la recherche. » Comme si c’était une évidence. Pourtant, en France, les dons aux associations et fondations scientifiques ont chuté de 15 % en trois ans, selon les dernières données de la Fondation de France (2023). Arbois, avec ses 4 000 habitants et son image de ville « savante » (merci Pasteur, merci Louis Pasteur), joue aujourd’hui les ambassadrices. Mais à quoi bon si le modèle est en panne ?
Pourquoi Arbois, et pas ailleurs ?
La réponse est simple : parce que ça ne coûte rien. La commune a obtenu le label « Ville Ambassadrice » sans investissement. Pas de subvention, pas de risque financier. Juste une affiche, un mail aux habitants, et hop : la mairie peut se targuer d’agir pour la science. Surtout quand on sait que l’Institut Pasteur, lui, ne communique presque plus sur ses besoins en fonds propres. En 2022, seulement 3 % de son budget (soit 30 millions d’euros) provenaient de dons privés, contre 97 % de subventions publiques. Le Pasteurdon, c’est l’exception qui confirme la règle : la recherche française mise sur l’État, pas sur le citoyen.
Et puis, Arbois, c’est pratique. Ville touristique, elle a l’habitude de vendre du rêve. Le vin, le patrimoine, maintenant la science. Problème : les touristes ne donnent pas. Les dons viennent des habitants, or ceux d’Arbois sont déjà sollicités par les vignobles, les écoles, les associations locales. Résultat ? Entre janvier et septembre 2024, le Pasteurdon n’a récolté en France que 1,2 million d’euros, soit 0,002 % du budget de l’Institut Pasteur. Une goutte d’eau. Mais une goutte médiatisable.
Le Pasteurdon : une opération marketing plus qu’un appel aux dons
L’Institut Pasteur a lancé le Pasteurdon en 2019 avec un argument choc : « Sans vous, la recherche s’arrête. » Sauf que non. La recherche continue, financée par l’argent public. Le Pasteurdon, c’est avant tout un outil pour contourner les coupes budgétaires sans avoir à justifier ses dépenses devant les citoyens. En 2023, le ministère de la Santé a réduit de 8 % les crédits de recherche, et l’Institut Pasteur a compensé en relançant ses campagnes de dons.
À Arbois, on fait comme si de rien n’était. La mairie a même organisé une « journée Pasteur » avec dégustation de vins locaux et conférence sur les vaccins. Un mélange parfait entre promotion touristique et altruisme de façade. Mais quand on demande à la mairie pourquoi elle a choisi ce partenariat plutôt qu’un autre, la réponse est floue : « C’est une belle initiative pour notre territoire. » Belle initiative, oui. Utile ? Moins sûr.
Le vrai problème : personne ne veut vraiment des dons
Le Pasteurdon repose sur un paradoxe : on demande aux gens de donner, mais on ne leur explique pas à quoi ça sert vraiment. En 2022, l’Institut Pasteur a publié une étude révolutionnaire sur un nouveau traitement contre la tuberculose. Résultat ? Zéro communication sur le Pasteurdon pour financer ce projet. Pourquoi ? Parce que les dons, ça ne rapporte pas assez pour justifier l’effort.
Prenez le cas de la Fondation ARC, qui finance la recherche contre le cancer. Elle a réussi à lever 120 millions d’euros en 2023, soit 4 fois plus que le Pasteurdon. Leur secret ? Un storytelling agressif. « Sans nous, votre proche meurt. » Pas de demi-mesure. L’Institut Pasteur, lui, mise sur la discrétion. « Soutenez la science, c’est noble. » Sauf que les nobles, aujourd’hui, ont d’autres priorités.
Arbois, laboratoire d’un échec annoncé ?
La ville du Jura pourrait devenir le symbole d’une stratégie de communication qui échoue parce qu’elle ment à demi-mot. On vend du Pasteurdon comme un geste citoyen, alors qu’en réalité, c’est un filet de sécurité pour un institut qui compte surtout sur l’État. Et quand l’État sera moins généreux, ce qui arrivera, tôt ou tard, qui paiera ?
À Arbois, on préfère ne pas y penser. La mairie continue de distribuer ses affiches, les vignerons trinquent à la santé de la science, et les habitants, eux, regardent ailleurs. Parce que donner, aujourd’hui, c’est comme voter : on a l’impression que ça change quelque chose, mais en réalité, ça ne change rien.
La vraie question n’est pas « Comment donner ? », mais « À quoi bon ? »
L’Institut Pasteur a besoin de 200 millions d’euros par an pour maintenir son niveau de recherche. Les dons en couvrent à peine 1 %. Alors oui, Arbois peut devenir ambassadrice, afficher ses panneaux, organiser ses journées portes ouvertes. Mais tant que le modèle économique du Pasteurdon reposera sur l’illusion, « Vous pouvez sauver des vies avec 20 euros », il ne servira qu’à une chose : donner bonne conscience à ceux qui ne veulent pas voir que la recherche française est déjà à genoux.