Un vendeur de Jamaâ El-Fna arnaque un touriste et finit au commissariat

À Marrakech, un marchand de cacahuètes et de dattes a poussé le vice jusqu’à réclamer 200 dirhams pour une poignée de cacahuètes et trois dattes. Résultat : il finit en garde à vue. Mais derrière cette anecdote, c’est tout un système qui se révèle. Voici pourquoi cette affaire en dit long sur les dérives du tourisme de masse et l’impunité des petits escrocs.

Publié le 13 septembre 2026 à 20:00
Un vendeur de Jamaâ El-Fna arnaque un touriste et finit au commissariat

200 dirhams pour trois dattes, c’est du vol pur et simple. Pourtant, ça arrive tous les jours à Jamaâ El-Fna.

Le scénario est connu : un touriste, souvent un peu éméché ou ivre de soleil, se fait refiler des cacahuètes à prix d’or. Cette fois, c’est un vendeur de la place qui a dépassé les limites. Après avoir réclamé 200 dirhams (environ 18 euros) pour quelques cacahuètes, trois dattes et deux morceaux de… quelque chose, le touriste a refusé de payer. Le marchand a insisté, a menacé, et a fini par se faire interpeller par la police. Voilà le tableau.

Mais ce qui cloche, ce n’est pas seulement l’arnaque. C’est le fait que ça arrive sans que personne ne bronche vraiment. À Jamaâ El-Fna, les touristes se font plumer comme des volailles, et les autorités ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que ces petits escrocs font partie du paysage. Ils sont visibles, mais invisibles.

Le tourisme de masse a transformé Marrakech en terrain de chasse

Jamaâ El-Fna, c’est le cœur battant de Marrakech. C’est aussi un piège à touristes. Les prix y sont décuplés, les arnaques systématiques, et les contrôles inexistants. Selon une étude de l’Office National du Tourisme marocain (ONMT) en 2022, 30% des visiteurs déclarent avoir été victimes d’au moins une escroquerie pendant leur séjour. 30%.

Et les autorités ? Elles savent. Elles voient. Mais elles ne font rien. Parce que ces petits escrocs rapportent.

Un vendeur de cacahuètes qui arnaque un touriste, c’est un touriste qui va encore revenir en racontant sa mauvaise expérience à ses amis. Ou pas. Mais surtout, c’est un touriste qui va dépenser encore plus pour compenser : un massage de plus, un souk de plus, une bouteille de thé à la menthe de plus.

Le système est rodé. Les escrocs sont protégés.

Pourquoi la police n’intervient-elle que quand c’est trop gros ?

Ce vendeur a fini au commissariat. Pourquoi lui et pas les autres ? Parce qu’il a dépassé les limites. 200 dirhams pour trois dattes, c’est trop même pour les standards de Jamaâ El-Fna.

Mais la plupart du temps, les touristes paient. Parce qu’ils ont peur, parce qu’ils sont perdus, parce qu’ils ne veulent pas faire de vagues.

La police marocaine intervient rarement dans ces affaires. Pourquoi ? Parce que ces escrocs sont souvent liés aux réseaux locaux, et que les forces de l’ordre n’ont pas les moyens de tout contrôler.

Et puis, il y a la corruption. Officiellement, bien sûr, ça n’existe pas. Mais sur le terrain, les petits flics ferment les yeux en échange de quelques dirhams. C’est comme ça.

Ce que cette affaire révèle : un tourisme qui pourrit tout

Ce qui est ironique, c’est que Marrakech en a besoin. Le tourisme représente plus de 8% du PIB marocain (source : Banque mondiale, 2023). 8%. Sans les touristes, des milliers de familles crèveraient de faim.

Mais à force de laisser faire, le Maroc se tire une balle dans le pied. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos de touristes se faisant arnaquer. Une simple recherche sur TikTok ou Instagram suffit pour voir des centaines de cas.

Le problème ? Personne ne veut entendre parler de régulation.

Les autorités marocaines préfèrent fermer les yeux plutôt que de risquer de faire fuir les touristes. Les guides locaux tirent profit du système. Et les touristes ? Ils continuent à venir, à dépenser, et à se faire plumer.

La solution ? Arrêter de jouer les aveugles

Si le Maroc veut vraiment protéger ses visiteurs, il faut arrêter de tolérer ces pratiques. Pas de demi-mesures.

  • Des contrôles policiers réguliers sur Jamaâ El-Fna. Pas une fois par an, mais tous les jours. Avec des amendes lourdes pour les escrocs récalcitrants.
  • Des affiches en plusieurs langues (français, anglais, espagnol, allemand) expliquant les prix réels des produits et les sanctions encourues en cas d’arnaque.
  • Une hotline dédiée où les touristes peuvent signaler les escrocs sans crainte de représailles.
  • Une collaboration avec les plateformes de voyage (Booking, Airbnb, GetYourGuide) pour blacklister les guides et commerçants récurrentement signalés.

Mais ça, le Maroc n’en a pas envie.

Parce que le statu quo rapporte. Et tant que les touristes continueront à dépenser, personne ne bougera.

Le dernier mot : et si on arrêtait de faire semblant ?

Ce vendeur de cacahuètes, celui qui a fini au commissariat, n’est qu’un symptôme. Le vrai problème, c’est que personne ne veut voir la maladie.

Le tourisme marocain pourrit de l’intérieur. Et tant que les autorités fermeront les yeux, les touristes continueront à se faire plumer. Point.

La question n’est pas de savoir si ça va continuer. C’est déjà le cas. La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?

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R Galaxie Rédaction

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