Un mail circule depuis quelques jours dans les boîtes des commerçants. L’APEP y détaille les nouveaux plafonds d’interchange, ces fameuses commissions prélevées à chaque transaction par carte bancaire. Le ton est celui d’une clarification technique, presque rassurant. « Les ajustements sont limités, et dans la moyenne européenne », résume-t-on côté lobby. Sauf que ceux qui trinquent déjà savent très bien que la moyenne européenne, pour eux, ça signifie souvent « payer plus ». Et cette fois, c’est officiel : les plafonds montent. Pour les TPE, les cartes de crédit, les paiements en ligne. Même les petits commerces, ceux qui galèrent déjà avec l’inflation, vont devoir serrer les dents. Le détail ? Le plafond pour les cartes à débit différé (celles qu’on paie plus tard) passe de 0,55 % à 0,60 %. Pour les cartes à débit immédiat (les plus courantes), il reste à 0,25 %, mais avec un plafond absolu qui grimpe de 0,002 € à 0,005 € par transaction. Ça semble dérisoire. Sauf que multiplié par des millions de transactions, ça fait des centaines de milliers d’euros en plus sur l’année. Et personne ne vous dit que les banques ne vont pas en profiter pour ajuster leurs propres tarifs, comme elles l’ont toujours fait quand les régulateurs desserraient l’étau. Le vrai problème, c’est que personne ne contrôle vraiment. Les plafonds d’interchange, c’est comme une boîte noire : on sait qu’il y a des frais, mais on ne voit pas toujours qui les ponctionne, ni comment. L’APEP, c’est le lobby des banques et des assurances. Quand ils parlent d’équilibre, vous pouvez parier que c’est l’équilibre qui arrange leurs membres. Pourtant, les commerçants ne bronchent pas tous. Certains, surtout les gros réseaux, ont déjà négocié des contrats fixes avec leurs banques. D’autres, les petits, n’ont même pas le choix : ils prennent ce qu’on leur propose. Et les consommateurs ? Eux, on leur serinait depuis des années que « payer par carte, c’est gratuit ». Sauf que non. Le coût, c’est reporté sur le prix des produits. Alors, qui va payer ? Ceux qui achètent leur pain tous les matins, ceux qui font le plein à la station-service, ceux qui commandent en ligne. Personne ne va crier au scandale. Parce que 0,005 € de plus par transaction, ça se cache bien. Mais ça s’accumule. Et quand on sait que la France est déjà le pays d’Europe où les commerçants paient le plus cher leurs transactions par carte, ça fait mal. L’APEP parle de « transparence ». En réalité, c’est juste une nouvelle façon de justifier l’injustifiable : des frais qui augmentent, sans que personne ne soit vraiment responsable. Le vrai scandale ? C’est que tout le monde s’en fiche, jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Et ça, c’est déjà le cas pour beaucoup.