Les États-Unis vendent des missiles au Maroc sans dire combien

Un contrat de 105,6 millions de dollars pour des composants d’AMRAAM couvre 29 pays, dont le Maroc. Mais Washington garde sous silence le montant alloué à Rabat. Pourquoi ce flou ? Parce que ça cache une stratégie plus large, et plus risquée.

Publié le 24 septembre 2026 à 22:05
Les États-Unis vendent des missiles au Maroc sans dire combien

Pourquoi le Maroc est dans le flou ?

Parce que les États-Unis ne veulent pas que les chiffres circulent. Officiellement, le contrat couvre des composants, pas les missiles complets. Officieusement, tout le monde sait que ces pièces servent à maintenir en état des systèmes déjà livrés. Or, le Maroc a commandé des AMRAAM en 2021 pour 1,3 milliard de dollars (chiffre confirmé par des sources du secteur). Si Washington ne précise pas combien il vend en plus à Rabat aujourd’hui, c’est parce que ça révélerait une dépendance accrue, et ça donnerait des arguments à ceux qui critiquent les ventes d’armes aux régimes autoritaires.

Et puis, il y a l’Arabie saoudite. Les deux pays sont en froid diplomatique depuis 2022, après la normalisation des relations entre Riyad et Israël, soutenue par le Maroc. Si les États-Unis détaillaient leurs ventes d’armes à Rabat, ça pourrait irriter l’Arabie saoudite, qui, elle, achète aussi des AMRAAM, mais à un autre prix. Le flou évite les tensions inutiles. Sauf que ça crée un autre problème : personne ne contrôle vraiment ce qui part.

Le Maroc achète, mais à quel prix ?

Les AMRAAM coûtent entre 4 et 6 millions de dollars l’unité. Le Maroc en a déjà au moins 24 (selon des rapports de l’Institute for the Study of War). Si on ajoute les pièces détachées, les mises à jour logicielles et la formation des pilotes, le budget réel dépasse largement les 1,3 milliard annoncés. Mais personne ne le dit.

Pourquoi ? Parce que le Maroc paie en devises fortes (dirhams, dollars), et parce que les États-Unis ont besoin d’un allié stable en Afrique. Sauf que cette opacité a un coût : les risques de corruption. En 2021, un rapport du Congrès américain (via le Foreign Military Sales program) avait pointé des détournements dans des contrats similaires en Afrique. Personne n’a vérifié si le Maroc échappe à cette règle.

Ce que cache la stratégie américaine

Les États-Unis ne vendent pas des missiles par altruisme. Ils veulent verrouiller le marché. En fournissant des pièces détachées, Washington s’assure que ses clients restent dépendants. Pas d’alternative : la Chine et la Russie proposent des systèmes moins chers (comme le PL-15), mais sans le réseau logistique américain. Le Maroc, lui, a choisi le camp occidental. Problème : il ne peut plus revenir en arrière.

Et puis, il y a l’Ukraine. Les AMRAAM sont aussi utilisés par Kiev. Si le Maroc en achète trop, ça pourrait réduire les stocks disponibles pour l’Europe. Personne ne veut en parler, mais c’est une équation simple : plus le Maroc en a, moins l’Ukraine en aura.

Le vrai jeu : qui contrôle quoi ?

Le flou sur le montant destiné au Maroc n’est pas un oubli. C’est une stratégie. Les États-Unis ne veulent pas que leurs alliés se sentent serrés de près. Ils préfèrent que les contrats passent en silence, sans débat public. Résultat ? Personne ne sait vraiment ce que fait le Maroc avec ses missiles.

Est-ce qu’ils servent à dissuader ? À montrer les muscles face à l’Algérie ? À préparer des frappes en cas de conflit ? Les États-Unis ne posent pas la question. Ils vendent, et ils ferment les yeux.

Ce qui est sûr, c’est que le Maroc paie cher, pas seulement en dollars, mais en crédibilité. Un pays qui achète des armes sans transparence finit par perdre le contrôle de ce qu’il achète. Et ça, personne ne le lui reprochera. Pas encore.

La dernière question reste entière : et si demain, ces missiles servaient à autre chose qu’à faire la guerre ?

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R Galaxie Rédaction

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