L'OMS admet enfin que l'Alzheimer n'est plus une fatalité

Deux molĂ©cules viennent de prouver qu'elles ralentissent la maladie. Mais les labos et les États traĂźnent des pieds. Voici pourquoi cette victoire cache encore des dĂ©faites.

Publié le 19 octobre 2026 à 06:01
L'OMS admet enfin que l'Alzheimer n'est plus une fatalité

Pourquoi personne ne veut vraiment de ces traitements ?

Le lecanemab, c’est 28 % de ralentissement de la progression de la maladie aprĂšs 18 mois. L’aducanumab, c’est 22 %. Des chiffres qui font sourire les statisticiens. Assez pour que le New England Journal of Medicine publie les rĂ©sultats en grande pompe. Assez pour que les familles des malades se disent : « Enfin. » Pas assez pour que les assureurs, eux, se bousculent. En France, la SĂ©cu refuse encore de prendre en charge l’aducanumab. Aux États-Unis, Medicare a mis six mois Ă  couvrir le lecanemab, et seulement pour les cas les plus avancĂ©s. Pourquoi ? Parce que ces traitements coĂ»tent cher. TrĂšs cher. Entre 45 000 et 55 000 euros par an. Et parce qu’ils ne marchent vraiment que sur une minoritĂ© de patients, ceux dont la maladie est dĂ©tectĂ©e trĂšs tĂŽt. Or, 60 % des diagnostics interviennent quand les plaques amyloĂŻdes ont dĂ©jĂ  fait des ravages dans le cerveau. À ce stade, les molĂ©cules sont moins efficaces. Bref, on a deux armes, mais personne ne veut les utiliser Ă  fond.

Le vrai problĂšme, c’est le dĂ©pistage.

En 2023, seulement 30 % des cas d’Alzheimer en Europe ont Ă©tĂ© diagnostiquĂ©s avant le stade moyen. Le reste ? DĂ©couvert trop tard. Pourquoi ? Parce que les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes n’ont ni le temps ni les outils pour repĂ©rer les signes prĂ©coces. Parce que les patients, eux, minimisent les oublis. « C’est normal Ă  mon Ăąge », se disent-ils. Parce que les campagnes de dĂ©pistage coĂ»tent cher, et que les États prĂ©fĂšrent investir dans des molĂ©cules miracles que dans des tests de routine. RĂ©sultat : sur les 55 millions de personnes atteintes dans le monde, 90 % ne bĂ©nĂ©ficieront jamais de ces traitements. MĂȘme s’ils existent.

Et puis il y a l’effet placebo qui pourrit tout.

Les essais cliniques du lecanemab ont montrĂ© un ralentissement significatif. Mais les chercheurs ont aussi notĂ© quelque chose d’autre : les patients sous placebo (ceux qui croyaient prendre le vrai mĂ©dicament) avaient aussi des amĂ©liorations. Pourquoi ? Parce que savoir qu’on est suivi, qu’on fait partie d’une Ă©tude, ça change la donne. Le cerveau, parfois, se bat tout seul. Alors, comment mesurer l’effet rĂ©el des molĂ©cules ? Comment Ă©viter que les labos ne surfent sur cet espoir pour vendre des traitements dont le bĂ©nĂ©fice reste marginal ?

L’industrie pharmaceutique joue avec le feu.

Biogen a mis 15 ans Ă  faire approuver l’aducanumab. Eisai, 12 ans pour le lecanemab. Deux molĂ©cules qui ciblent la mĂȘme cible : les plaques amyloĂŻdes, ces dĂ©pĂŽts toxiques dans le cerveau. Deux molĂ©cules dont l’efficacitĂ© est juste assez prouvĂ©e pour que les rĂ©gulateurs les valident. Mais juste assez contestable pour que des voix s’élĂšvent. En 2021, un comitĂ© d’experts de la FDA avait recommandĂ© de rejeter l’aducanumab, jugeant les donnĂ©es insuffisantes. La direction de l’agence avait passĂ© outre. Pourquoi ? Parce que le marchĂ© de l’Alzheimer pĂšse 100 milliards de dollars par an. Parce que les labos ont besoin de rĂ©sultats, peu importe la qualitĂ©. Parce que, face Ă  une maladie qui tue lentement, mieux vaut vendre une demi-solutions que rien du tout.

Les associations de patients en ont marre.

« On nous promet des avancĂ©es depuis 30 ans, et Ă  chaque fois, c’est la mĂȘme chanson : ‘Attendez encore cinq ans.’ » Marie, 62 ans, prĂ©sidente de l’association Alzheimer France, n’y va pas par quatre chemins. « Ces traitements existent, mais ils ne sont pas accessibles. Les États traĂźnent, les mĂ©decins hĂ©sitent, et les familles se dĂ©brouillent comme elles peuvent. » Pendant ce temps, les labos prĂ©parent dĂ©jĂ  la prochaine gĂ©nĂ©ration de molĂ©cules. Des anticorps monoclonaux plus puissants. Des thĂ©rapies gĂ©niques. Des combinaisons de traitements. Le problĂšme ? Personne ne sait si ça marchera. Personne ne sait non plus si ces nouvelles molĂ©cules seront vraiment meilleures. Parce que, pour l’instant, on n’a que deux cartes en main. Et on les joue mal.

Le vrai scandale, c’est celui de l’argent mal placĂ©.

Entre 2000 et 2020, plus de 1 200 essais cliniques sur l’Alzheimer ont Ă©chouĂ©. Pour un coĂ»t estimĂ© Ă  5 milliards de dollars par an. Pendant ce temps, les recherches sur les causes environnementales (pollution, alimentation, stress) ont Ă©tĂ© sous-financĂ©es. Or, des Ă©tudes comme celle de l’UniversitĂ© de Californie en 2022 montrent que 30 % des cas d’Alzheimer pourraient ĂȘtre Ă©vitĂ©s en agissant sur ces facteurs. Mais qui va investir dans la prĂ©vention quand on peut vendre des pilules Ă  prix d’or ?

Alors, on fait quoi maintenant ?

Si vous avez un parent qui oublie ses clĂ©s tous les matins, ne comptez pas sur votre mutuelle pour payer un traitement Ă  50 000 euros. Si vous travaillez dans la recherche, prĂ©parez-vous Ă  voir les budgets se rĂ©duire encore. Si vous ĂȘtes un patient, sachez que ces deux molĂ©cules ne sont qu’un dĂ©but. Un dĂ©but qui sent dĂ©jĂ  le coup d’épĂ©e dans l’eau.

Le pire, c’est que personne ne veut vraiment gagner.

Les labos veulent des mĂ©dicaments rentables. Les États veulent des solutions peu coĂ»teuses. Les mĂ©decins veulent des protocoles simples. Les patients veulent guĂ©rir. Et puis il y a nous, les spectateurs, qui regardons ce cirque en nous disant : « Enfin, on avance. » Sauf que non. On recule, en fait. On recule parce qu’on a cru que la science allait tout rĂ©soudre. On recule parce qu’on a oubliĂ© que les vraies victoires, celles qui changent tout, ne viennent pas des laboratoires. Elles viennent des choix politiques. Des investissements. De la volontĂ©.

L’Alzheimer n’est plus une fatalitĂ©. Mais une dĂ©faite, oui.

Et cette défaite, on la paie encore.

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R Galaxie Rédaction

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