Un département où le vote ne se lit pas comme ailleurs
Kolda, c’est 1,2 million d’habitants (INS, 2023), un département rural à 70 %, et un taux d’alphabétisation qui stagne autour de 38 % (Banque mondiale, 2022). Les dynamiques politiques y sont différentes de celles de Dakar ou de Thiès. Ici, le vote se négocie autant qu’il s’exprime. And Jeef/PADS le sait. En misant sur les 15 collectivités, communes, communautés rurales, villes, le parti vise à contrôler les leviers locaux : marchés, écoles, routes. Mais le risque est de se disperser. À Kolda, les élections locales, c’est souvent une question de réseaux, pas de programmes. Et les réseaux, ça se construit en années, pas en mois.
Le détail qui cloche : le parti n’a pas encore annoncé de noms. Pourquoi ? Parce que désigner un candidat, c’est aussi prendre le risque de le voir trahi par sa propre base. À Kolda, les défections sont fréquentes. Un maire ou un conseiller qui bascule de camp peut tout faire basculer. Et And Jeef/PADS n’a pas la réputation d’une machine bien huilée.
Pourquoi Kolda, et pas un autre département ?
Kolda, c’est le cœur historique du mouvement Yéné, cette frange radicale de l’opposition qui a longtemps fait trembler le pouvoir. Aujourd’hui, le parti tente une normalisation. Mais le pari est osé : transformer une base militante en électorat stable. Problème : les populations rurales de Kolda ont peu confiance dans les partis. Elles votent moins par conviction que par récompense ou punition. Un maire qui ne distribue pas assez de riz ou qui laisse les routes pourrir se paie cher en urnes.
Le chiffre qui parle : lors des dernières législatives (2022), And Jeef/PADS n’a remporté que 3 sièges sur 15 dans le département. Soit moins de 20 % des voix. Une performance médiocre, même pour un parti en reconstruction. Alors pourquoi insister ? Parce que Kolda, c’est aussi un laboratoire. Si le parti arrive à percer ici, il pourra ensuite étendre son modèle ailleurs. Mais si ça rate, ce sera un signal clair : l’opposition sénégalaise reste un phénomène urbain, incapable de séduire les campagnes.
Le vrai défi : gérer les attentes après l’élection
And Jeef/PADS mise sur l’effet de surprise. En se présentant partout, le parti force ses adversaires à répartir leurs forces. Mais attention : une victoire électorale ne se transforme pas automatiquement en gouvernance efficace. À Kolda, les collectivités locales manquent cruellement de moyens. 80 % des budgets dépendent de l’État central. Un maire ou un conseiller d’And Jeef/PADS aura les mains liées si Dakar ne débloque pas les fonds.
Et puis, il y a la question des alliances. À Kefcis, par exemple, le maire sortant (Bénéteau) a su monopoliser les aides sociales. Comment un candidat d’And Jeef/PADS peut-il rivaliser ? En promettant plus ? Risqué. En accusant son adversaire de corruption ? Efficace à court terme, dangereux à long terme.
Le piège : les populations de Kolda attendent des résultats concrets en 3 ans. Si rien ne change, le mécontentement sera immédiat. Et And Jeef/PADS n’a pas encore prouvé qu’il pouvait tenir ses promesses.
Ce que personne ne dit sur cette stratégie
Tout le monde parle de la conquête des 15 collectivités. Personne ne parle des conséquences. Un parti qui contrôle trop de communes peut se retrouver submergé par ses propres responsabilités. Gérer 15 mairies, c’est comme diriger une entreprise avec 15 filiales différentes, sauf que les filiales, ici, ne répondent pas aux mêmes règles.
Autre angle mort : la division interne. And Jeef/PADS n’est pas un bloc uni. Certains cadres du parti estiment que cette stratégie dilue les forces. D’autres y voient une opportunité. Mais si les résultats sont mauvais, les tensions pourraient éclater.
Le vrai test ne sera pas le jour du scrutin, mais après. Un parti qui gagne mais ne gouverne pas bien perd plus qu’il ne gagne. Et à Kolda, les populations n’ont pas la patience pour les échecs.
La leçon de Kolda pour l’opposition sénégalaise
And Jeef/PADS joue son va-tout. Soit ça marche, et le parti devient une force incontournable. **Soit ça rate, et ce sera la preuve que l’opposition sénégalaise reste un mirage urbain, incapable de s’enraciner dans les campagnes.
Le problème, c’est que personne ne sait encore comment ça va se terminer. À Kolda, les élections locales ne se gagnent pas avec des discours, mais avec des sacs de riz et des promesses de bitume. Et And Jeef/PADS n’a pas encore prouvé qu’il maîtrisait ce jeu-là .
La dernière question : et si le parti gagnait, mais ne pouvait pas tenir ses engagements ? Le risque de déception serait alors bien plus grand que celui de la défaite.