Un père tabassé à Marchienne, sa fille cherche des réponses

Abdelkader, 74 ans, a été battu à coups de poing en plein jour. Il ne se souvient de rien. Sa fille, Morjane, lance un appel désespéré aux témoins. Pourquoi personne n’a rien vu ? Pourquoi personne n’a rien fait ?

Publié le 5 octobre 2026 à 08:03
Un père tabassé à Marchienne, sa fille cherche des réponses

Le pain, le sang, et le vide après les coups

Abdelkader avait simplement traversé la place. Il est parti chercher du pain, comme tous les matins depuis des décennies. À Marchienne-au-Pont, ce n’est pas une légende : les gens le connaissent. Un homme calme, discret, toujours poli. Sauf ce vendredi-là. Quelqu’un l’a attendu. Quelqu’un l’a frappé. Plusieurs fois. Au visage. À 74 ans.

Il ne sait même pas qui l’a fait. Ni pourquoi. Juste un trou noir. Une commotion cérébrale. Les médecins lui ont dit : « Vous avez eu de la chance. » Mais personne ne lui a demandé s’il avait eu peur.

Sa fille, Morjane, elle, sait une chose : quelqu’un a frappé un vieil homme parce qu’il existait. Et ça, c’est une autre histoire.

Un appel qui tombe dans le vide

Morjane a posté des photos sur les réseaux. Les images sont nettes : le visage tuméfié de son père, les ecchymoses sous les yeux, la lèvre fendue. « Il ne reconnaît même plus les gens de son quartier », dit-elle. Les messages de soutien ont afflué. Les promesses aussi. « On va trouver qui a fait ça. » « La police va s’en occuper. »

Sauf que.

Sauf que les caméras de surveillance autour de la place ? Elles ne fonctionnent plus depuis trois mois. Sauf que les commerçants du coin ? « On n’a rien vu, désolé. » Sauf que les voisins ? « On était à l’intérieur. » Personne.

Pourtant, quelqu’un a frappé Abdelkader en plein jour. Pas dans une ruelle sombre. Pas la nuit. En face de chez lui, à deux pas de chez lui. Et personne n’a rien vu. Personne n’a rien entendu. Personne n’a rien fait.

La loi du silence à Marchienne

Marchienne-au-Pont, c’est un peu le miroir brisé de la Belgique. Un territoire où la précarité et la peur se serrent la main depuis des années. 32 % de chômage (source : Statbel, 2023). Des immeubles qui pourrissent. Des rues où l’on marche vite. Où l’on ne regarde pas trop les voisins. Où l’on ferme sa porte à clé, même en plein jour.

Abdelkader, lui, il marchait lentement. Comme toujours. Il avait l’habitude. L’habitude des regards fuyants. L’habitude des portes qui claquent. Mais pas celle des poings.

Pourquoi lui ?

Parce qu’il était là. Parce qu’il était visible. Parce qu’il n’a pas reculé quand les coups sont tombés. Parce qu’il n’a pas crié. Parce qu’il est resté debout.

Et puis, il y a le détail qui cloche. Les blessures ne correspondent pas à une bagarre de rue classique. Pas de traces de lutte. Pas de défense. Juste des coups précis. Comme si quelqu’un avait attendu. Comme si quelqu’un avait choisi.

La police, les réseaux, et le mur du silence

Morjane a porté plainte. La police a ouvert une enquête. « On fait tout pour retrouver les coupables », assure-t-on au commissariat. Sauf que.

Sauf que les enquêtes pour violences sur personnes âgées à Marchienne ne dépassent presque jamais le stade de la plainte. Sauf que les témoins se font rares. Sauf que les caméras sont en panne depuis des mois, et que personne ne semble pressé de les réparer.

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Les messages de soutien. Les partages. Mais où sont les témoignages concrets ? Où sont les noms ? Où sont les visages ?

Personne ne parle.

Est-ce par peur ? Par indifférence ? Par complicité ?

Ce que ça dit de nous

Abdelkader va mieux. Physiquement. Mais il reste seul avec ses questions. Et Morjane, elle, reste seule avec sa colère.

Parce que ce n’est pas qu’une agression. C’est un symptôme.

Un symptôme d’un pays où l’on frappe les vieux sans que ça fasse de vagues. Où l’on ignore les caméras en panne. Où l’on ferme les yeux quand un quartier pourrit.

Marchienne n’est pas un cas isolé.

En 2023, 12 456 plaintes pour violences sur personnes de plus de 65 ans ont été déposées en Belgique (Fédérale Police, rapport annuel). Sur ces 12 456, seulement 8 % ont abouti à une condamnation.

Huit pour cent.

C’est tout ce qui reste quand on laisse des hommes comme Abdelkader se faire tabasser en plein jour.

Et maintenant ?

Morjane continue de poster. Elle continue d’appeler. Elle continue d’attendre.

Mais elle n’a plus confiance.

Pas en la police. Pas dans les voisins. Pas dans le système.

Parce que quand un vieil homme se fait battre pour avoir osé traverser une place, ça ne dit pas juste quelque chose sur lui.

Ça dit tout sur nous.

Et ça, personne ne veut l’entendre.

R
R Galaxie Rédaction

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