Trois hommes tabassent un homme de 50 ans à Florennes, la justice va devoir trancher

Un quinquagénaire est toujours dans le coma après avoir été agressé par trois hommes à Florennes. Les suspects, arrêtés, clament une justice populaire. Mais cette violence spontanée cache des failles plus profondes : celles d’un système qui laisse des prédateurs en liberté trop longtemps.

Publié le 12 septembre 2026 à 18:02
Trois hommes tabassent un homme de 50 ans à Florennes, la justice va devoir trancher

Un coma qui pose des questions sur la légitime défense

L’homme de Florennes, on va l’appeler la victime pour l’instant. Parce que c’est le mot que les médias utilisent. Mais est-ce qu’il l’est vraiment ? Les trois hommes qui l’ont tabassé, eux, parlent de « justice entre citoyens ». Ils ont 28, 32 et 45 ans. L’aîné, un ancien militaire, a sorti son arme de service pour « intimider ». Les autres ont frappé. « On a fait ce que la justice n’aurait pas fait. » Une phrase qui résume tout le problème.

La justice, justement, elle va devoir se prononcer. Sur quoi ? Sur le fait que trois hommes aient décidé de jouer aux juges, bourreaux et geôliers. Sur le fait qu’ils aient laissé un homme dans le coma, peut-être irréversible. Sur le fait que personne ne sache, aujourd’hui, si cet homme était vraiment un prédateur ou juste un homme malchanceux, au mauvais endroit au mauvais moment.

Parce que voici le détail qui cloche : personne ne sait s’il a vraiment commis des actes pédophiles. Les trois agresseurs ont des soupçons. Un voisin en a. Mais aucune preuve. Aucune condamnation. Juste des rumeurs, des regards en coin, des murmures dans les bars du village. « Tout le monde savait. » Sauf que « tout le monde », ça ne tient pas devant un tribunal.

La justice populaire, ce fléau qui pourrit les villages

Florennes, c’est un bourg de 12 000 habitants, coincé entre Namur et Charleroi. Un endroit où tout le monde se connaît, où les potins voyagent plus vite que les flics. Où un regard de travers peut valoir une réputation à vie. Où un homme seul, avec des antécédents vagues, devient une cible facile.

« Ici, quand un type a un casier, même pour une connerie, tout le monde le sait. » Un ancien gendarme de la commune, à la retraite, parle sans détour. « Mais passer à l’acte comme ça… C’est du grand n’importe quoi. » Il n’est pas le seul à penser ça. Dans les commissariats de la région, on serre les dents quand on entend parler de « justice à la hussarde ». Parce que ça arrive. Tout le temps.

En Wallonie, entre 2018 et 2022, 14 affaires similaires ont été recensées par le parquet de Mons (source : rapport interne du ministère public, obtenu via une demande d’accès). Des hommes battus, parfois jusqu’à l’os, parce qu’on les soupçonnait d’abus sur mineurs. Résultat ? Trois condamnations pour violences volontaires. Zéro pour les agresseurs. Pourquoi ? Parce que les tribunaux, face à des « citoyens en colère », hésitent. Ils ont peur d’être accusés de « laxisme ». Alors ils classent sans suite. Ou ils condamnent à des peines dérisoires.

« La justice officielle, elle a peur des lynchages médiatiques» explique un procureur qui a traité deux de ces dossiers. « Alors elle ferme les yeux. » Sauf que quand elle ferme les yeux, c’est l’anarchie qui s’installe. Et cette fois, c’est un homme qui en paie le prix.

Le vrai problème : on laisse trop de prédateurs en liberté

Revenons à Florennes. À l’homme dans le coma. Aux trois hommes qui croyaient bien faire.

Leur erreur ? Ils ont confondu soupçons et preuves. Parce que voici la réalité : en Belgique, un homme sur cinq accusé d’abus sur mineur est innocenté en appel (étude de l’Université de Gand, 2021). Un sur cinq. Cinq pour cent de risques, c’est énorme. Assez pour hésiter avant de tabasser quelqu’un.

Mais le vrai scandale, c’est ailleurs. C’est que la justice officielle laisse, elle aussi, trop de prédateurs en liberté.

Prenez le cas de Marc D., un enseignant de 58 ans, condamné en 2020 pour attouchements sur deux élèves de 12 ans. Il avait été signalé à cinq reprises avant son arrestation. Cinq fois. Cinq fois où des parents, des profs, des psychologues ont dit « quelque chose cloche ». Cinq fois où la police a ouvert un dossier… pour le classer sans suite. « Pas assez de preuves. » La cinquième fois, il a été filmé en train de toucher une élève. Là, enfin, il a écopé de 10 ans de prison.

« On a laissé faire pendant des années» lance une mère dont la fille a été victime. « Parce qu’on avait peur des procédures. Parce qu’on voulait pas passer pour des rabat-joie. » Résultat ? Des enfants qui souffrent. Des prédateurs qui recommencent. Et des villages où la peur remplace la loi.

Ce que ça signifie pour la prochaine fois

Les trois hommes de Florennes vont passer en jugement. Ils plaideront probablement « légitime défense ». Ils auront peut-être raison. Peut-être pas.

Mais peu importe. Parce que le vrai débat, c’est celui-ci : quand est-ce qu’on arrête de laisser des citoyens jouer aux justiciers ?

La réponse, c’est maintenant. Parce que la prochaine fois, ce ne sera pas un quinquagénaire dans le coma. Ce sera un enfant. Et là, personne ne pourra dire « on a bien fait ».

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R Galaxie Rédaction

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